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<?xml version="1.0" encoding="utf-8" ?><Search><Pages Count="196"><Page Number="1">1</Page><Page Number="2">2</Page><Page Number="3">3</Page><Page Number="4">4 r ecueil de nouvelles</Page><Page Number="5">5 sommaire 1. enfants 8-14 ans : nouvelles individuelles a mie ou ennemi page 6 m eurtre pour un amour page 15 u ne kermesse annulée page 31 2. enfants 8-14 ans : nouvelles collectives c ambriolages page 40 m onsieur chaussette mène l’enquête page 52 q ui a kidnappé le chat de la mamie ? page 59 3. adultes et jeunes de 15-18 ans : i ntrigue au pays du sel page 69 l a vieille page 86</Page><Page Number="6">6 l e trésor convoité du saulnois page 95 l es inconnues de lindre basse page 104 m eurtre à l’arsenic page 123 v engeance d’outre-tombe page 137 l ilah page 159 l e virage de la mort page 176</Page><Page Number="7">7 e nfants 8-14 ans nouvelles individuelles</Page><Page Number="8">8 amie ou ennemie? de colline richard alors que laure sarenza s'ennuie tristement dans son bureau, son téléphone mobile se met à sonner. - oui, allo? dit laure - c'est le commandant delort, yves delort. - oui, lieutenant sarenza à l'appareil. - je n'arrivais pas à vous joindre, deux personnes ont été retrouvées mortes, l'une portait le nom de marion nidalte, et l'autre était son mari, nicolas nidalte. ils ont été jetés dans une rivière, et tout porte à croire qu'on leur a planté un couteau dans la cuisse pour qu'ils se vident de leur sang, pour agoniser pendant des heures, puis, finir noyés. je précise que nous les avons trouvés dans la seille, à 1751 mètres du château des armoises. oh, désolé, j'ai un double appel, je vais voir qui c'est. (au bout d'un court moment). - allô! vous êtes toujours là? - oui! qu'y a-t-il? je vous écoute, dit mademoiselle sarenza. - et bien, on vient de retrouver les deux filles du couple, mortes de la même façon, d'après madame dinatoska, le médecin légiste, leur mort date de, pour la mère 24h00, pour le père 23h30, pour l'ainée des deux filles 22h00 et pour la cadette 21h45. tout porte à croire que le</Page><Page Number="9">9 tueur était entraîné, car il n'y a aucune trace d'a.d.n. ni d'empreintes digitales sur la scène de crime. - j'arrive tout de suite, contactez le reste de l'équipe, je les veux sur la scène de crime dans moins d'un quart d'heure. mais au fait, où ont été retrouvées les deux filles? - a l'église de lemoncourt, le nez dans le bénitier. celle qui date du xiiie siècle. c'est à la limite du blasphème, si ce n'en n'est pas. - ramenez-moi ziuz, l'informaticien ! - c'est moi le chef, ou c'est vous?! s'exclama le commandant avant de raccrocher. un quart d'heure plus tard, tous étaient réunis à l'église de lemoncourt. - alors, si je comprends bien, présuma linda strasoskys, ces quatre personnes ont été tuées par une même personne, les deux parents dans un vieux château, les deux sœurs dans une vieille église. - moi, ce que je propose, intervint le commandant, c'est qu'on rentre au bureau où on a le matériel, et que l'on réfléchisse au calme à tout ça, en pouvant mettre les indices les uns à côté des autres, et peut-être que comme ça, on trouvera une idée. - moi, je suis tout à fait d'accord, dit linda. - moi aussi, approuva ziuz. - et moi de même! termina laure. alors tout s'installèrent dans la voiture du commandant qui les</Page><Page Number="10">10 conduisit au bureau. - on dirait de quelque chose vous tracasse, sarenza. c'est à cause des meurtres? - oui, si c'était un meurtre prévu, la personne aurait agi ainsi, mais pourquoi tuer une famille toute entière? et dans ce cas-là, pourquoi la personne n'a pas agi sous le coup de la colère? - peut-être par rancune? avança linda. - oui! mais pourquoi à ces endroits-là, et … - laure!? pourquoi vous ne dites plus rien tout-à-coup, s'inquiéta ziuz. - tout à l'heure, commandant, dit laure en ignorant le génie informatique, vous m'avez dit que la personne avait l'air entrainée, alors qu'aucun meurtre du genre n'a été commis auparavant. cela veut dire que ces morts étaient prévues de longue date. alors dans ce cas, l'on parlerait d’une très vieille rancune. quelque chose de suffisamment ancien et douloureux pour pouvoir être un motif pour tuer quelqu'un, pourtant, l'on ne dirait pas que c'était réfléchi, car un meurtre en plein air, et avec un terrain si peu rempli d'arbres, c'est dangereux pour un meurtre. c'est à la fois sur-intelligent et irréfléchi. tellement étrange, conclut laure. tous rentrèrent au bureau, et laure alla voir le génie informaticien. - ziuz, j'aurais besoin que tu me trouves l'adresse de cette famille. si possible très rapidement. - c'est-à-dire ?</Page><Page Number="11">11 - dans moins de deux minutes. - un jeu d'enfant. mais êtes-vous sure que nous avons les bons noms des personnes? - qu'entends-tu par-là? - est-ce que ce ne sont pas des faux noms? - impossible. - ah bon et pourquoi? - parce que j'ai trouvé leurs papiers d'identité, et que je les ai fait vérifier. - bon. je ne dis plus rien, et je me mets au travail. - excellente initiative, approuva le commandant qui passait par là. on dirait moi. c'était pour rire! ajouta-t-il face aux regards noirs de ses collègues. - lieutenant? - oui, qu'y a-t-il? - j'ai trouvé leur adresse. ils habitent dans le nouveau lotissement à delme, et ils ont acheté la maison la plus humble, qui reste correcte : elle est très spacieuse, elle a un étage, quatre chambres, une cuisine, une salle à manger et un salon. - ils n'avaient pas l'air riches, mais non plus pauvres. des gens normaux!</Page><Page Number="12">12 - prenons la voiture du commandant et allons-y! - donc, si je résume, ils ne peuvent pas avoir été tués pour une affaire de drogue, j'ai vérifié. par contre, l'argent reste un mobile parfait, réfléchit laure. ils avaient peut-être des dettes à payer. mais, ce qui est étrange, c'est que d'après les recherches de ziuz, ils n'empruntaient pas d'argent, pas même pour payer leur maison. - lieutenant ? - qu'y a-t-il commandant ? - vous avez évoqué tout à l'heure un désir de vengeance d'une personne extérieure, qui aurait pu se transformer en mobile infaillible. - c'est vrai, mais il me semble qu'il est bon de garder les autres options entête même si celle-ci paraît plus réaliste. au moment même, la voiture s'arrêta devant la maison. - c'est la dernière fois que je monte dans cette voiture avec vous au volant, commandant, affirma laure. - si vous voulez, je ne vous ramène pas au poste, proposa ironiquement yves delort, son chef - je pense que je vais prendre un taxi pour le retour, dit laure. - moi aussi, dit ziuz. - je ne conduis pas aussi mal que ça! s'exclama le commandant, faussement vexé. - je peux me permettre? intervint linda. on est là pour perquisitionner</Page><Page Number="13">13 ou pas? - on y va, déclara le commandant. - bien. je m'occupe du dernier étage, déclara linda. - c'est parti! s'exclama laure arrivée en haut, elles éventrèrent les tiroirs mais ne trouvèrent rien à part un ordinateur dans lequel ziuz ne trouva rien, et une petite feuille, indiquant une messe en l'église de lemoncourt, avec une marque derrière : « venez les filles ». - et elles y sont allées! soupira laure. - c'est triste, mais elles n'avaient aucune méfiance ou quoi? s'énerva le commandant. elles n'avaient jamais appris à se méfier de ce genre de lettres!?! - attendez! s'exclama laure, peut-être qu'elles connaissaient cette écriture! peut-être qu'elles l'identifiaient comme appartenant à une ou un ami! - et que dans ce cas, il eut été logique d'y aller. logique. termina le commandant. mais pourquoi n’ont-ils pas reçu d'invitation, les parents? - peut-être qu'on leur en a envoyé une, mais que le tueur l'a récupérée! s'exclama laure. - qu'entends-tu par-là? demanda le commandant. - qu'il n’y a que quelqu'un ayant une clef et nous qui aurions pu entrer. or, les gardes nous ont assuré que personne d'autre que nous</Page><Page Number="14">14 avait eu accès à la maison. - donc c'est quelqu'un de notre service? s'exclama le commandant horrifié. - c'est forcé, dit seulement linda. - mais maintenant, il n'y a plus qu'à savoir qui c'est dit le commandant, qui, levant les yeux remarqua que laure était partie depuis cinq minutes. soudain, elle réapparut avec une enveloppe marquée : « venez prendre un bon pique-nique au bord de la seille! » - où as-tu trouvé ça ? demanda le commandant delort. -dans le tiroir de gauche du bureau de linda. - n'est-il pas censé être fermé à clef ? intervint ziuz. laure baissa la tête repentante. - je lui ai volé ses clefs. son blouson était accroché et elles étaient dans la poche, et je les lui ai prises pour m'ôter d'un doute. mettez-moi en garde à vue si vous voulez, mais j'aimerais l'interroger. deux heures plus tard en garde à vue : - je ne comprends pas pourquoi vous m'avez fait interroger s'énerva linda. devant elle, laure, calme l'observait. soudain ziuz apparut, posa une boîte et des documents imprimés sur la table, avant de sortir. laure regarda la caméra et demanda:</Page><Page Number="15">15 - ziuz, qu'est-ce que c'est que ça? - le compte rendu du laboratoire qui a trouvé des traces d'adn et ses empreintes digitales sur le couteau qui a été retrouvé dans sa maison avec le sang de la famille dessus. en comparant les traces d'adn, et en faisant une petite recherche sur le web, j'ai remarqué que linda était la troisième fille du couple. - merci ziuz dit laure. puis se tournant vers linda: - demandez-vous la présence d'un avocat, ou avouez-vous vous être rendue coupable du meurtre de la famille nidalte. vous pouvez garder le silence jusqu'à l'arrivée de votre avocat, ou faire vos aveux. - pourquoi donc demanderais-je un avocat, de toute façon je sais comment ça marche. - bien. reconnaissez-vous avoir tué les nidalte, car vous êtes leur troisième fille mais orpheline car née sous x d'une mère âgée de quatorze ans qui n'a pas pu avorter. et après avoir pendant toutes ces années, cherché et retrouvé vos parents, (les années sont au nombre de sept) vous avez décidé de vous venger de ces filles. pour cela, vous vouliez faire le meurtre parfait, étudié depuis toujours. vous êtes entrée au service de la police criminelle pour en savoir plus, mais les personnes de votre service se sont chargées de l'enquête, et là, j'entre en jeu. le génie qui vous a toujours tout caché, qui vous a suspecté dès le début de l'enquête, mais dont vous ne pouviez pas vous débarrasser. alors, vous avez décidé d'en finir, et vous avez laissé le double de vos</Page><Page Number="16">16 clefs dans votre blouson. trop curieuse, je suis allée tout fouiller, mais ce n'est pas moi qui dirige, c'est vous qui aviez toutes les cartes, et qui aviez décidé de me faire gagner, car vous vous repentissiez au fur et à mesure de l'enquête. vous avez choisi un château classé monument historique car c'est là que les parents aimaient pique-niquer. et l'église pour fausser les pistes, mais ça n'a pas fonctionné car j'ai retrouvé l'invitation avant vous, et moi, j'ai reconnu votre écriture ainsi que sur plusieurs lettres que vous m'avez également laissé trouver, vous repentissant. j'ai tout dit? - oui, dit simplement linda. oui, c'est vrai. elle garda la tête haute, et le commandant entra pour lui passer les menottes.</Page><Page Number="17">17 meurtres pour un amour d’anastasia weiler nous sommes en l'an 2000 dans le beau petit village de bénestroff. c'est là que vit emmanuelle dard, une jeune détective privée de 26ans aux cheveux roux, aux yeux vert amande et au doux visage. ce jour-là, elle avait rendez-vous avec un client à morhange. une fois sur place, le poste de police se dressa devant elle. un jeune officier l'attendait sur le pas de la porte, cheveux blonds, la vingtaine, des yeux noisette et un visage sérieux. elle se présenta devant lui et il lui demanda: - mademoiselle dard? - c'est moi, répondit-t-elle, c'est ici qu'on m’a appelée si je ne me trompe pas. - exactement. le commissaire vous attend. suivez-moi. elle le suivit jusqu'au bureau du commissaire qui lui dit avec hâte: - mademoiselle dard emmanuelle! ravi de vous voir. asseyez-vous, cette affaire et complexe. elle met tout le commissariat sur les nerfs. - dites-moi tout, commissaire. - nous avons un meurtre sur les bras, mais aucun suspect, peu d'indice, mais ceci pourrait peut-être nous donner un début de piste. mais faible malgré tout. il lui montra un sachet fermé</Page><Page Number="18">18 hermétiquement, contenant un cheveu noir de jais. elle l'examina avec attention, puis demanda au commissaire: - une piste de votre côté? - aucune. - parlons plus en détail de ce meurtre; pouvez-vous m'en dire plus? - bien sûr. la victime est une femme qui avait entre 20 et 30ans, elle se nomme valérie médiane. cheveux brun clair, yeux bleu-gris, inoffensive. - je la connais, c'est la fïlle de ma voisine. elle avait 26ans et venait de finir ses études. elle n'a pas de chance si je puis dire. - étrange coïncidence. quoi qu'il en soit, elle a été assassinée. morte par une blessure en plein cœur, surement provoquée par un poignard ou un couteau. elle est morte dans sa chambre, chez elle. aucun petit-ami, elle n'avait que sa mère laurana médiane et sa meilleure amie, morgana latina. - une piste qui commence à pointer au bout de votre nez, ou rien? - nous avons deux suspects, la mère et la meilleure amie. - impossible, elles n'ont pas les cheveux noirs. la fille a les mêmes cheveux que sa mère, sa meilleure amie les a roux-blond. - roux avec des mèches décolorées, vous voulez dire? - c'est cela. - alors, nous sommes dans une impasse?</Page><Page Number="19">19 - non, je ne pense pas que ce soit un cheveu. - les tests montrent que c'est un cheveu, nous avons de l'adn, mais c'est vraiment tout. - pas de trace d'empreintes digitales sur la scène de crime? - aucune, juste un bleu qu'elle s'est fait en tombant. elle était très maladroite. - très bien, je suis sur l'affaire. un policier entra en trombe en criant; - commissaire, on nous annonce un deuxième meurtre! madame médiane laurana a été retrouvée morte ce matin par mademoiselle latina morgana. - quoi? vite, à la voiture, il n'y a pas une minute à perdre! - je vous suis commissaire. une fois sur les lieux du crime, emmanuelle fut étonnée; la scène avait été nettoyée avec beaucoup d'attention. pas une trace de sang, pas une empreinte digitale, juste un cheveu noir. envoyé sur le champ au laboratoire, le cheveu correspondait parfaitement à celui trouvé chez valérie médiane, même l'adn était identique. de retour au poste de police, morgana latina attendait dans l'entrée. en voyant le commissaire et la détective entrée, elle se précipita à leur rencontre: - commissaire! oh, je suis heureuse de vous voir. je devais vous parlez à tout prix, c'est urgent, . . . je pense que ça à un rapport avec les meurtres de valérie et sa mère.</Page><Page Number="20">20 - venez dans cette salle d'interrogatoire. mademoiselle dard, venez aussi. installez-vous je vous en prie. alors, dites-nous tout ce que vous savez. - cela remonte à un mois, valérie a fait la connaissance d'un homme aux cheveux noirs s'appelant gaël angels. ii avait l'air gentil quand elle me l'a présentée, mais quelque chose clochait dans sa manière de parler, de se comporter, il paraissait tout le temps mal à l'aise. valérie m'a dit qu'il avait un secret qu'elle essayait de percer, or voilà il y a quelques jours, elle a réussi. elle l'a percé, et ça ne lui a pas plu du tout. elle l'avait dit à sa mère et à moi, à personne d'autre…. mais maintenant qu'elles sont mortes toutes les deux, j'ai peur que ça ait plus d'importance qu'elles ne le pensaient, et que je sois la prochaine sur la liste de ses victimes. - quel est ce secret? il peut-être important pour avancer dans notre enquête. - elle m'a dit qu'il... qu'il avait un frère qui avait fait de la prison pour meurtre avec préméditation il y a quelques années, mais il s'est évadé. je me sens mal tout à coup... (tousse) qu'est-ce qui m'arrive? elle tombe sur le sol. emmanuelle cria: - elle s'est évanouie! la détective prend rapidement la tension de la jeune femme, mais ne sens rien. elle cria à un agent dans le couloir: - appelez une ambulance; elle ne respire plus! - vous avez entendu vous autres, bougez-vous! elle va s'en sortir?</Page><Page Number="21">21 - ii ne doit pas avoir prévu qu'on serait avec elle. il pensait qu'elle serait chez elle, toute seule comme à son habitude. ce gaël a un rapport avec toute notre affaire. récapitulons, la fille est morte d'une blessure au cœur tout comme ça mère, et la meilleure amie a failli, ou va mourir empoisonnée. mais empoisonnée à quoi? - ça, on va vite le savoir. le commissaire prit une pochette qui contenait une seringue pour un prélèvement sanguin et un garrot, qu'il mit autour du bras de la victime. ii tapota un peu le bras pour voir la veine et enfonça la seringue dans le bras, puis enleva le garrot en mettant un petit flacon à prélèvement au bout que emmanuelle venait de lui passer. une fois le prélèvement fait, il enleva le tube et la seringue avant de mettre le flacon dans une pochette plastifiée qu'il confia à un jeune policier d'une vingtaine d'années. il dit avec le plus de calme possible: - apportez ce prélèvement au labo. quand arrivera l'ambulance? - dans quelques minutes monsieur le commissaire. je m'occupe de ce prélèvement sur le champ. - bien, en attendant essayons de réfléchir... le criminel est peut-être gaël angels, un homme qui a un frère qui s'est évadé de prison il y a peu, donc il peut plonger dans la même folie que son frère. mais il y a toujours l'hypothèse que c'est un ami ou une amie de la mère ou la meilleure amie qui a tué les deux femmes et fait une troisième tentative, qui jusqu'à présent, est vouée à l'échec puisque nous allons la sauver. si ce n'est pas angels gaël, on sera à nouveau dans l'impasse.</Page><Page Number="22">22 - si je vous dis qu'on a de la chance de déjà avoir une piste à explorer, ça vous réconforte? - commissaire, je sais quelle est cette piste, et comme j'envisage toujours toutes les possibilités, je n'exclue pas celle que ce n'est pas angels gaël. et si ce n'est pas lui, peut-être qu'il pourra nous fournir une autre piste exploitable. - et si ce n'est pas le cas? - alors ce sera le retour à la case départ. quand l'ambulance arrivera, j'irais chercher quelques informations sur angels gaël à mon bureau. ensuite je reviendrais pour qu'on aille fouiller chez lui avec une perquisition. - malheureusement, ils ne voudront pas me la donner. il faut des preuves incriminantes suffisantes pour demander une perquisition, et on n'a aucune preuve contre lui. trouvez un autre plan mademoiselle. - vous oubliez que c'est notre seul et principal suspect, et qu'étant le seul suspect de toute cette affaire ils vous donneront une perquisition pour essayer de faire avancer cette enquête, pour le bien de la population! - c'est vrai, mais rien ne garantit qu'ils m'autoriseront à faire cette perquisition, même pour le bien de la population. - dans ce cas, c'est à moi de jouer. et oui, un bon détective, en l'occurrence une bonne détective pour moi, se doit de faire face à n'importe quelle situation. y compris celle-ci, si vous voyez ce que je</Page><Page Number="23">23 veux dire. le sourire d’emmanuelle paraissait bien fade, comme si elle allait devoir recourir à une méthode peu appréciée par la loi. - pourquoi vous faites une tête pareille? - je devrais utiliser deux solutions, et j'espère grandement que la première fonctionnera. je ne veux pas utiliser la deuxième, elle n'est pas très… . comment dire? légale? vous comprenez? - s'il vous faut entrez par effraction, je n'ai rien entendu. vous connaissez votre travail et je sais garder un secret, mais j'espère aussi que la première solution que vous mentionnez marchera. - voilà l'ambulance. je dois vous laisser commissaire. j'ai un suspect à faire parler… ou à cambrioler marmonna-t-elle. au revoir commissaire. - au revoir mademoiselle dard. emmanuelle sourit en prenant son sac sur la table, qu'elle mit sur son épaule avant de quitter le commissariat. une fois à sa voiture, elle l'ouvrit et s'asseyant elle démarra le moteur. dans sa tête, elle cherchait le poison qui aurait pût être à l'origine de l'arrêt cardiaque de morgana latina. un poison à effet lent mais efficace, qui doit être utilisé de préférence quand on n'est sûr que la victime est seule d'habitude à un certain horaire, qui doit être assez long pour que le poison se propage, et assez dosé pour faire croire qu'elle a juste fait un petit arrêt cardiaque. en clair, le tueur voulait juste donner un avertissement pour qu'elle ne parle pas, mais la supprimer ne l'aurait pas dérangé! le tueur est un vrai malade mental, il n'a pas de cœur! il</Page><Page Number="24">24 doit être sûr de lui pour prendre le temps de nettoyer les scènes de crimes et avoir de bons contacts pour trouver un poison aussi meurtrier. c'est horrible, il faut l'arrêter. et vite! pensa emmanuelle horrifiée dans sa voiture. une fois arrivée chez le suspect n1, gaël angels, elle descendit de voiture et alla toquer à la porte. un homme âgé d'une vingtaine d'années lui ouvrit. il avait les cheveux noir de jais, des yeux bleu-ciel et portait un tee-shirt jaune avec un pantalon bleu mer. il dit de sa voix douce: - bonjour, puis-je savoir qui vous êtes et ce que vous me voulez? - je suis emmanuelle dard, êtes-vous bien monsieur gaël angels? - oui, c'est valérie qui vous a parlé de moi. vous êtes inspectrice, c'est ça? - non, mais pas loin. je suis détective privée pour le compte d'un commissariat. je suis sur une affaire de meurtres, puis-je vous poser quelques questions? - quelle affaire de meurtre? - les meurtres de madame laurana médiane, mademoiselle valérie médiane et la tentative de meurtre sur mademoiselle morgana latina. - quoi'? qui est l'imbécile qui a osé...'?! valérie... il paraissait triste et désemparé. - dites-moi que vous avez une piste! - la seule piste mène à vous, la seule connaissance autre des victimes. accepteriez-vous de répondre à mes questions'?</Page><Page Number="25">25 - bien sûr, entrez je vous en prie. ils entrèrent et il l'invita à s'assoir avant de s'assoir lui-même. - posez vos questions, j'y répondrais du mieux possible. - ou étiez-vous hier? - avec mes amis, louis et jean, à morhange, à l'étang de la mutche précisément. - que faisiez-vous là-bas? - mes amis et moi on faisait du camping entre nous, cela faisait depuis notre enfance qu'on n'en avait pas fait. écoutez, je l'aime... je veux dire... je l'aimais, ma pauvre petite valérie. elle était téméraire, courageuse, elle et moi on s'aimait vraiment beaucoup depuis un bon moment. il avait la tête baissée et pleurait. emmanuelle lui demanda: - vous avez une idée de qui aurait pu vouloir la tuer? elle, sa mère et sa meilleure amie? - il y a bien cet yvan walewski... c'est l'ex-petit-ami de morgana, il ne s'entendait pas bien du tout avec valérie et sa mère, et quand je suis arrivé, il n'avait pas l'air beaucoup m'aimer. - quelque chose à noter dans son comportement qui vous parait étrange? - oui, un jour je l'ai suivi jusqu'à un entrepôt abandonné dans une usine. je ne suis pas entré, je ne voulais pas savoir ce qu'il y avait à l'intérieur, je craignais pour ma vie et celles de valérie, sa mère et morgana.</Page><Page Number="26">26 - je vous remercie pour ces renseignements. autre chose? - oui, il a souvent un comportement très violent. je vous en prie, trouvez qui a osé faire ça à valérie. - c'est promis, monsieur angels. mais si vous savez quoi que soit concernant la fuite de votre frère, je voudrais que vous me le disiez immédiatement. - oui, promis. même si je ne me suis jamais très bien entendu avec mon frère, entre nous, je le déteste. il est cinglé, murmura-t-il à emmanuelle. j'espère vraiment que vous trouverez le coupable, et aussi mon frère car il mérite une peine alourdie. au revoir, même si honnêtement je préfèrerais ne plus être impliqué dans ce style d'affaires, je déteste les meurtres comparé à mon frère. ravi d'avoir fait votre connaissance, détective. - moi aussi je suis ravie d'avoir fait votre connaissance. au revoir. elle sortit de la maison et entra dans sa voiture. emmanuelle prit son portable et composa un numéro, celui de notre commissaire. elle dit d'une voix calme: - commissaire? oui, c'est emmanuelle dard. il y a du nouveau, angels gaël n'est pas le coupable, il aimait valérie. il m'a aiguillé sur la piste d'un homme violent, l'ex petit-ami de morgana. interrogez-la si vous le pouvez, pour qu'on en sache plus. moi je vais visiter un entrepôt abandonné dans une usine désaffectée aux abords de la ville.</Page><Page Number="27">27 - ne prenez pas trop de risques détective. on n'a besoin de vous. pour les renseignements que vous me demandez, je vous rappelle. n'entrez-pas dans cet entrepôt tant que je ne vous aie pas rappelé. - c'est compris commissaire. elle coupa la communication et partit vers l'entrepôt en voiture. mais elle se rendit compte qu'on la suivait. une fois à l'entrepôt, elle s'arrêta et attendit. gaël angels descendit de voiture et alla la rejoindre. il dit: - je vais vous aider, j'ai un train à prendre, direction vengeance-city. - si vous le dites, c'est que c'est vrai. une voiture noir aux vitres teintées arrivait d'en face, et il dit avec rage: - le voilà, on va lui faire sa fête! - j'ai pour ordre de n'intervenir que si ça tourne mal, pas d'entrer. son portable sonna. elle décrocha: - al1o, oui? - c'est le commissaire, la victime m'a dit que son ex petit-ami était très gentil, mais il est devenu violent du jour au lendemain. vous avez ma permission pour intervenir, soyez prudente emmanuelle. - cela tombe bien, j’ai monsieur angels à côté de moi, et il a envie de venger valérie. on n'est parti, voilà le suspect. au revoir commissaire. - ne vous blessez pas, emmanuelle. au revoir et bonne chance. - c'est parti. ils se dirigèrent vers la voiture, dont un homme aux cheveux noir de jais sortit. il avait les yeux bleu-ciel, portait un</Page><Page Number="28">28 débardeur blanc, un pantalon bleu foncé et des baskets noirs. il ressemblait à l'image parfaite que l'on pouvait se faire du parfait délinquant. couvert de tatouages sur les bras, le torse où on n'en voyait une partie, et son pantalon troué par le temps semblait avoir décoloré. il cria: - eh, bonjour! qu'est-ce que vous faites ici? - vous êtes bien l'ex petit-ami de morgana latina, yvan walewski? - ouais, c'est moi pourquoi? il est arrivé quelque chose à morgana? - oui, et vous êtes notre suspect principal. - oh, vous ne devez pas être au courant alors, j'ai un frangin, mon jumeau jonathan adore se faire passer pour moi. c'est sa moto là-bas, vous voyez? il est violent, et s'est fait passer pour moi avec morgana pour qu'on rompe et qu'il gagne son cœur. je vous conseille d'y aller par surprise, parce que j’ai une revanche à prendre avec cet imbécile. ça vous dérange pas trop j'espère? - non, j'ai moi-même un mort à venger, et je suis prêt à tout. lui répondit gaël. - moi, j'ai une enquête à boucler! plus on n'est de fous, comme on dit... . rétorqua emmanuelle. - bien dit. jonathan nous attends! ils avancèrent vers l'entrepôt et ouvrirent la porte. un homme aux cheveux noirs de jais, aux yeux bleu ciel, portant des tatouages aux bras, un tee-shirt et un pantalon noirs et des baskets rouge sang. le rouge était en fait le sang des</Page><Page Number="29">29 victimes, exposé comme un trophée. il souriait comme un dément, il se rapprocha en disant: - je vois que vous avez finalement décidé de vous joindre à ma petite fête. vous voyez, ces photos montrent ce que je leur ai fait, bientôt morgana mourra et ira les rejoindre, mais vous allez mourir, et moi je serais son héros. elle n'aura pas le choix, quand je la demanderais en mariage et elle acceptera, un plan parfait. vous ne pourrez pas m'en empêcher, et si je n'arrive pas à temps pour la sauver, alors nous mourons tous les quatre ici même. ce couteau tranchera vos gorges une à une, je savais que vous viendriez m'arrêter et j'avais tout prévu. regardez derrière moi. il s'écarta et ils virent avec effroi quatre tombes, une pour chacun. emmanuelle dégaina son pistolet et demanda: - posez votre arme, vous ne voudriez pas être le seul à mourir? - mais moi aussi j'ai un pistolet, détective. il le dégaina et tira un coup en l'air. il cria: - j'ai une dizaine de balles dans le chargeur, assez pour tuer qui je veux, même si je préfère mon couteau. c'est plus douloureux, et tellement plus efficace à mon gout, car on peut tuer la victime d'un coup fatal dans le cœur. - vous ne nous aviez pas dit que votre frère était un vrai démon. - il a toujours été méchant de nature, mais il va beaucoup trop loin. arrête, tu peux encore te rattraper, pose tes armes, jonathan. - pourquoi je ferais ça frangin?</Page><Page Number="30">30 - parce que t'as encore une chance qu'on ne te condamne pas à la prison à vie. mais je te verrais bien apte à mourir sur la chaise électrique, même si la peine de mort a été abolie, tu la mériterais. pose tes armes! - tu crois que j'ai encore un peu de bon sens? c'est le cas, c'est pour ça que je préfère mourir que d'aller en prison à vie, t'y as réfléchi frangin? - mieux vaut vivre, même en prison! écoute-moi, je t'en prie! pose tes armes! emmanuelle continua, suivit de gaël: - vous avez encore une chance. saisissez-là, je vous en prie! posez vos armes! - tu peux encore rattraper la mort de valérie, et t'as un peu intérêt à le faire! - vous avez déjà fait deux morts, arrêtez cette folie, vous pouvez encore vivre. nous pouvons encore tous vivres. continua la détective en sueur. - pose tes armes. allez, sois gentil. mon frère... - vous croyez vraiment que j'allais vous écouter? jamais, c'est vous ou moi, voire tout le monde ici. une ombre se profile lentement derrière jonathan:</Page><Page Number="31">31 - et moi je pense que vous êtes en état d'arrestation pour meurtres avec préméditation. posez vos armes et levez vos mains en l'air, vous êtes fait! - commissaire! toujours au bon endroit au bon moment, je commençais à m'impatienter. - je lui passe les menottes et on l'emmène au poste, il est bon pour la prison à perpétuité. désolé, mais on ne se fait pas avoir comme ça dans la police. jonathan posa ses armes au sol, vaincu il leva les mains en l'air, le tout très lentement. le commissaire lui passa les menottes et l'emmena au poste de police, suivi par les trois voitures d'emmanuelle, yvan et gaël. une fois au poste, on mit jonathan sous haute surveillance dans une cellule. dans son bureau, le commissaire dit avec joie: - ravi de vous voir en un seul morceau détective! on va lui faire faire des tests psychiques. encore une fois, cette enquête a été résolue en une journée. nous avons une détective qui sait tenir sa réputation! toutes mes félicitations détective emmanuelle dard. emmanuelle rougit et répliqua: - tout le plaisir était pour moi, commissaire. je serais ravie de partager d'autres enquêtes comme celle-là avec votre commissariat et vous-même. le sourire du commissaire s'agrandit et il dit: - moi de même! - il faudrait qu'on devienne les assistants d’emmanuelle, on pourrait en vivre d'autres de comme ça.</Page><Page Number="32">32 - j'ai trouvé ça marrant. j'adore le danger! peut-être qu'on pourrait devenir ses assistants. bonne idée, yvan. tu en pense quoi, emma? - eh bien, passez un test de détective, et nous verrons. vous êtes deux grands jeunes hommes forts et qui n'ont peur de rien, alors je vous souhaite bonne chance. yvan sourit et dit: - avec plaisir! - imaginez que c'est déjà fait! ajouta gaël. le commissaire, emmanuelle dard, gaël angels et yvan walewski repartirent chacun de leurs côtés, gaël angels et yvan walewski attendant de passer un test pour devenir les assistants pour une détective professionnelle, le commissaire qui attendait une autre enquête qui, il le sait, ne tardera pas, et emmanuelle dard attendant que l'on réclame ses services et ses prochains associés, et peut-être aussi un dîner avec le commissaire. ils savent que l'avenir sera dur, mais jonathan walewski est entre de bonnes mains.</Page><Page Number="33">33 une kermesse annulée de perrine bernat bonjour. je m'appelle margot, j'ai dix ans et je vais te raconter mon histoire. c'était le vingt-cinq juin 2012, à l'école primaire de delme. le jour était celui de la kermesse de l'école, mais celle-là n'a pas eu lieu car le directeur a disparu ! le club des détectives de l'école a été convoqué pour élucider ce crime. la femme du directeur arriva en pleurant. - j'ai des idées de ce qui ça peut être : la voisine, le nouveau maître, la professeure de piano de ma fille ou le moniteur de basket de mon fils. - pourquoi ? - car la voisine dit qu'on fait trop de bruit - et les autres ? - le nouveau maître a toujours été jaloux de lui. la professeure de piano, il ne l'a pas payée, et le moniteur de basket est amoureux de moi! - nous allons aller leur rendre visite. une fois arrivés chez monica, la prof de piano de julia, la fille du directeur, nous sonnons, mais elle ne répond pas. - elle est peut-être allée chez quelqu'un pour donner un cours. - peut-être, mais bon …. - bref, allons à aulnois-sur-seille, peut-être que le moniteur de basket saura nous renseigner.</Page><Page Number="34">34 nous reprenons nos bicyclettes et nous allons chez sébastien, le moniteur de jordan. une fois arrivés, nous frappons. il répond très gentiment. - bonjour les enfants. - bonjour. nous sommes le club des détectives. - alors, entrez. - d'accord. clara et victor passent en premier. - vous avez des enfants ? - non, mais ma femme est enceinte. - vous avez une femme ! - oui, mais pourquoi ? - car il paraît que vous êtes amoureux de la femme du directeur, non ? - oui, elle est super belle. sa fille joue du piano, et son fils est le meilleur de son équipe de basket. tout le monde rêve d'une femme pareille ! - c'est vrai pour le coup, lui répond yohann. - yohann, je te rappelle qu'on n'est pas là pour parler de filles ! -pourquoi pas ? toi, olivia, tu serais en dernière ! - quoi ? moi en dernière ? tu te moques de moi, je serais la première ! - ca m'étonnerait, en rajoute victor. - c'est bon, disons clara et moi en cœur. vous n'êtes plus des enfants de six ans que je sache. puis ils se taisent tous. - bon, sébastien, samedi entre 13 heures et 14 heures, que faisiez-vous? - je vais voir sur mon calendrier...</Page><Page Number="35">35 il consulte son calendrier, puis revient. - j'achetais des jouets pour mon futur enfant. - on peut voir ce calendrier ? - oh ! tenez ! - vous avez une réunion dans une heure. - oui. - alors on va partir. au revoir ! - au revoir, et revenez quand vous voulez pour parler de filles. - oui, peut-être un jour. au revoir. une fois partis de chez sébastien - j'ai faim, lance yohann. - moi aussi, répondit olivia. - si on prenait une pizza, dit victor. margot et clara, qu'en dites-vous ? clara et moi, nous nous regardons dans les yeux. - pourquoi pas ! - moi, j'en prendrai une avec des olives. - c'est pour ça que tes parents t'ont appelée olivia. moi, je prends une mexicaine. - yohann, tu en as trop mangé. ca a brûlé ton cerveau ! - moi, je vais prendre une romaine, clara, une quatre fromages et victor une pizza aux escargots. une fois arrivés au parc : - ma pizza aux escargots est excellente. - beurk ! comment tu fais pour manger ça ? - tiens, en voilà un. sauf que celui-ci à sa coquille, dit olivia.</Page><Page Number="36">36 - t'es dégoûtante, dit yohann. - arrêtez, vous allez me faire vomir, dit clara. - stop ! vous me coupez l'appétit! - margot à raison .et si on reprenait l'enquête ? lance victor. - yes! -alors, regardons notre carnet de notes. - c'est quand même bizarre que monica n'était pas là dimanche. - surtout un matin à huit heures. - c'est vrai ça. le dimanche, on ne donne pas de cours de piano. - c'est louche. allons voir le nouveau maître. une fois arrivés chez le nouveau maître clovis... nous sonnons à la porte, puis quelqu'un ouvre : un homme maigrichon et surtout grincheux. je n'avais jamais vu quelqu'un d'aussi grincheux que lui. - bonjour monsieur. - qu'est-ce-que vous voulez les minus? - on fait une... - barrez-vous, dit-il, en nous claquant la porte au nez. olivia coince son pied dans la porte. - monsieur, on veut vous parler. - non !!!!! - s'il vous plaît, monsieur. - bon, d'accord ; mais vite alors. - que faisiez-vous le 25 juin 2010, de 13 heures à 14heures. - j'allais acheter mes cigarettes, puis je suis allé faire mes cours. - d'accord, c'était notre seule question.</Page><Page Number="37">37 - vous m'avez dérangé pour une seule question ! c'est du foutage de tête là ! bon, au-revoir. -au-revoir. -allons chez la voisine ! - cela ne sert à rien. -pourquoi ? - je te le dirai après, je vais aux toilettes, dit victor. - tu vas faire pipi ou caca ? ricane yohann. - t'as zéro d'âge mental, répond-il. victor est allé aux toilettes. il y a réfléchi. cette enquête est bizarre, trouve-t-il. une fois sorti des toilettes, il nous lance : - j'ai trouvé la solution. il nous suffit d'aller sur l'ordi pour trouver des informations sur le directeur… - comment tu as eu cette idée ? je lui demande. - moi, je parie qu'il a rencontré une fille trop belle qui lui a demandé? balance yohan. - non, c'est juste qu'il y avait des ordis dessinés sur le papier toilette, dit victor. - c'est juste ça, demanda yohann. je croyais que c'était plus palpitant. - désolé ! j'ai un coup de téléphone ! dis-je. - allo. bonjour, c'est toi tayllers? - oui. c'est moi ma margounette. je veux t'inviter le mercredi 30 septembre. - où ?</Page><Page Number="38">38 - au bowling de l'etoile. - quand ? - mercredi 30 septembre, à dix heures, devant le cinéma. je viendrai te chercher à 9 heures si tu veux. - d'accord. je serai prête. au revoir. - au revoir, bisous. - c'était qui ? me questionne olivia. - c'était tayllers. - qu’est-ce qu'il t'a dit ? - tu sais olivia que la curiosité est un vilain défaut, lui répondis-je. - s'il-te-plaît, dis-le nous, on est des amis ! - d'accord. il m'a invitée au bowling de l'etoile. -y a la classe ! j'appelle jordan moi ! s'exclame olivia. - allo ? jordan ? c'est toi ? - ouille ! eh ! ça fait mal ! - tu t'es fait mal ? - non, ça va. mais une casserole m'est tombée dessus. - je voul.... - désolé, je dois te quitter. - alors ? la taquinais-je. - il s'est pris une casserole sur la tête. - il n'a pas de pot. - toi victor, tu vas sur ton ordi. carla, tu prends ton téléphone, moi, yohann et olivia on cherche dans l'annuaire le numéro de téléphone portable du directeur. nous cherchons désespérément pendant deux heures cinquante-trois</Page><Page Number="39">39 minutes et vingt-six secondes, puis, nous trouvons. - voilà, j'ai trouvé ! s'exclame victor. - alors, raconte ! qu'est-ce-qui s'est passé. - ben, en fait je crois que c'est la femme du directeur qui l'a emprisonné parce qu'ils sont divorcés. - mais c'est illogique, répondit margot. - eh les mecs ! ça vous dit qu'on aille jouer à faire une bataille de marrons dans la cave de l'école ? y'a paul qui dit qu'ils veulent en faire une lança yohann. - tu es hors-sujet, mais pourquoi pas, dis-je. - d'accord, on y va ! nous prenons nos bicyclettes puis nous arrivons devant l'école. paul, ane, jessica, dylan et pauline nous y attendent déjà. - bon, on y va ? dit dylan. - d'accord ! répondons-nous tous en même temps. - que la bataille commence ! j'ai ramené ma réserve de marrons. hurle anne. - attendez, il y a quelqu'un là, dans le coin ! s'exclame olivia. - mais ? c'est le directeur ! nous dit pauline. - ah ouais ! tu as raison, crie yohann. - venez, on va voir ce qu'il fait là, dit carla. - mais, monsieur le directeur, qu'est-ce-que vous faîtes ici ? demande jessica. - attends, il a un bâillon sur la bouche. il ne peut pas parler lui fait remarquer paul.</Page><Page Number="40">40 - c'est vrai. on doit lui enlever répond jess. - ah ! monsieur le directeur, qui vous a mis ce bâillon ? dis-je. - bah, c'est ma femme. elle m'a enfermé ici. -mais, où est-elle ? - a l'heure qui est, elle est sûrement déjà arrivée à londres. - ah non! elle arrive ! vous avez du vous tromper. on va se cacher. dit olivia. au moment où elle arrive, ils prennent tous les deux un couteau et se poignardent en même temps....</Page><Page Number="41">41 e nfants 8-14 ans nouvelles collectives</Page><Page Number="42">42 cambriolages de tom savini, yohan bourguignon, lucas et paul wallpott je m'appelle françois xavier, j'ai 52 ans et je vis dans le saulnois. j'ai les cheveux bruns et les yeux bleus. je mesure 1,90m, je suis barbu, un peu enveloppé et très curieux. moi, je suis facteur, ma maison est à bioncourt. ce matin, je prends le journal et j'apprends la nouvelle: le maire d'attilloncout s'est fait cambrioler. je me rends immédiatement sur les lieux du crime. en arrivant, je remarque la voiture du commissaire gordonne et celle du maire de bioncourt. j'ouvre la porte et je vois le couloir sens dessus-dessous. j'entre dans la première pièce où le commissaire est en train d'interroger le voisin du maire: - avez-vous vu ou entendu quelque chose, monsieur pardieu? - oui, j'étais en train de regarder paisiblement la télévision quand tout-à-coup j'ai entendu un bruit de moteur de voiture je me suis précipité sur mon balcon mais je n'ai eu que le temps de voir une silhouette. - pourriez -vous me donner des indications sur la voiture? - oui, c'est une bmw orange flashy. - rien d'autre?</Page><Page Number="43">43 - ben, non. - je vous remercie, vous pouvez disposer. » je m'approche du commissaire et j'écoute de toutes mes oreilles monsieur le maire qui dit au commissaire : - la porte a été forcée avec un pied-de-biche. on a volé beaucoup de mes affaires électroniques, les bijoux de ma femme et un tas d'autres choses. - a-t-il volé quelque chose en particulier? - non, mais je soupçonne laurent tigre, le fermier car il ne m'aime guère et aussi tim vader, mon 2ème adjoint, car il en a marre de remplir les dossiers à ma place. il y a aussi mao fignter qui est architecte, je le soupçonne de m'en vouloir car il voulait construire la mairie d'un certain style et moi d'un autre. comme nous n’étions pas d'accord, nous avons fait voter tous les habitants du village et ils ont choisis mon plan. et le dernier que je suspecte c'est rémi voltrixberge, l'instituteur, car il n'a pas été élu maire aux dernières élections, il y a 3 années de cela. - personne d'autre? - non, enfin je pense. je fais tomber un carton, le commissaire gordonne sursaute et se retourne brusquement. - que faites-vous ici, vous ne savez pas que c'est une scène de crime, interdite au public?</Page><Page Number="44">44 - euh...non je ne le savais pas. -alors dehors!!! après cette exclamation, il me prend par le bras et me met à la porte. je reste muet un instant et je pense qu'il vaudrait mieux que je retourne chez moi parce que ce n'est pas mon travail de trouver le coupable. le lendemain, je me précipite à ma boite aux lettres pour voir s'il y a des nouvelles du cambriolage. il n'y a rien mais à la place, c’est écrit que le maire de pettoncourt s'est aussi fait cambrioler. comme je le connais très bien, je suis allé le voir pour avoir un peu plus d'informations qu'avec le maire d'attilloncourt. malheureusement, il n'y avait pas de commissaire gordonne. il y avait deux gendarmes à la place. donc, je suis allé le voir à son bureau à château-salins. sur la route, je me dis que cette histoire de cambriolage de maison de maire va beaucoup trop loin. en arrivant au bureau, je vois le commissaire en train de discuter avec le chef de police. j'attends que la conversation se finisse pour m'approcher du commissaire gordonne et lui demande des informations sur le second cambriolage: - qu'est-ce qui vous intéresse autant sur les cambriolages. dites-moi? me répond- il. - ben... je suis comme qui dirait quelque peu curieux.</Page><Page Number="45">45 - mmm...je vois, je vais vous éclairer, d'accord ? ce que je peux vous dire c'est qu'il y a beaucoup de choses qui ont été volées. - qu'a-t-on volé, commissaire ? - on a volé du matériel électronique, des bijoux et plein d'autre choses. - c'est tout. - ben...oui pourquoi? - non, comme ça. - au revoir. je rentre chez moi, il est 10h du soir, je m'endors devant la télévision. je me réveille à 8h du matin, avant de monter dans ma voiture, je vois un morceau de papier plié en quatre sur le trottoir, je m'arrête, prends le papier, je l'ouvre et le lis. je reste quelques instants dans un silence consterné puis je saute dans ma voiture et je file vers le bureau du commissaire gordonne. je me précipite vers le commissaire. je lui tends le papier: - qu'est-ce que vous me tendez la? - c'est une lettre qui annonce un nouveau vol, cette fois la victime est le maire de grémecey. - qu'est-ce que vous me chantez là? - la pure vérité, commissaire gordonne!</Page><Page Number="46">46 - bon, admettons que vous avez raison. où avez-vous trouvé ce morceau de papier? - je l'ai trouvé sur le trottoir chez moi. il a dû tomber de sa poche quand il est passé par là. - allez prévenir le maire de grémecey qu'un vol va avoir lieu, chez lui, à 9h40. moi, je me charge de prévenir le chef de la police et mes meilleurs détectives! d'accord ? - d'accord. - mais je vous préviens, si c'est une fausse alerte, vous risquez gros. je sors du commissariat, je monte dans ma voiture et je jette un coup d'œil à ma montre. - mince! il est déjà 8h30, il faut que je me dépêche! j'arrive chez le maire .de grémecey. je frappe à la porte. un homme mince et moustachu se plante devant mon nez avec une brosse à dent dans la main. - qu'est-ce que vous voulez? - je veux vous prévenir d'un vol qui doit avoir lieu chez vous aujourd'hui, à 9h40. - que-est-ce que cette histoire? - je peux entrer? ce sera mieux pour vous l'expliquer.</Page><Page Number="47">47 - bien sui entrez! » je pénètre dans la maison et je vois un endroit très spacieux. je commence à raconter l'histoire. quand je m'arrête, le maire me regarde quelques instants d'un air étonné. je jette un petit coup d'œil sur ma montre et je vois qu'il est 9h10. - déjà neuf heures dix-!il faut qu'ils se dépêchent, ces gentlemans de la police! nous attendons. au bout de 15 minutes, ils arrivent. - ah vous voilà enfin! dis-je en ouvrant la porte en grand. - il ne faut pas nous en vouloir, nous sommes en retard car il fallait bien que nous emportions du matériel, s'excuse le chef de police. - ce n'est pas très grave, l'assurais-je. mais il faut se dépêcher, nous n'avons pas toute la journée. - nous commençons à mettre tous les objets de valeur dans un seul endroit, dans un coffre-fort sans aucun système d'alarme. ensuite, nous condamnons toutes les sorties possibles autres que la porte d'entrée. trois policiers sont cachés derrière la haie, deux autres dans la cuisine, un détective se fait passer pour le maire de gremecey en train de regarder la télévision et le reste se cache dans la maison voisine. a neuf heures trente gordonne arrive. - vous ici?! je croyais que vous ne vouliez pas venir ! - j'ai changé d'avis.</Page><Page Number="48">48 - pas de souci ! dépêchez-vous, le voleur va arriver dans dix minutes. - est-ce que vous pouvez me faire un schéma à main levée du plan de l'embuscade? - bien sûr ! bernard, peux-tu m'apporter une feuille et un crayon à papier ? - tout de suite monsieur, me répond-il. bernard arrive avec ce que je lui ai demandé. je commence à dessiner le plan à main levée. - alors, ici il y a le détective david qui joue le rôle du maire. là deux policiers se cachent dans la cuisine, deux autres sont derrière la haie et tout le reste dans la maison voisine. tout l'-argent a été déposé dans un coffre sans système d'alarme. - mmm… . quel plan très astucieux ! - n'est-ce pas ? dis-je en me vantant. j'entends sonner les cloches de l'église. - déjà 09h37 !!vite exécutez mon plan ! a 09h38, je fais le tour des positions des policiers et des détectives. tout va bien. mais je dois vite retourner dans ma cachette, il va arriver. une minute après, à 09h40, le voleur arrive. il entre par la porte d'entrée comme prévu, il pénètre dans le couloir. le commissaire me chuchote:</Page><Page Number="49">49 regardez la voiture, c'est la même que celle que l'on m'a décrite au premier vol: bmw orange flashy. vite! alfred ! relève le numéro de la plaque d'immatriculation - ok, chef. pendant ce temps, le voleur était dans le bureau en train de fouiller et de tout mettre sens dessus dessous. maintenant, il entre dans la pièce du coffre. - ah ! ah! voilà enfin l'argent, se réjouit l'inconnu. - mince ! crie le chef de police. - qu'est-ce qu'il y a? demande le commissaire - j'ai oublié mon képi et ma pipe sur le coffre! - laissez tomber le plan, tout le monde entoure la porte d'entrée. entrez un par un, il peut avoir déjà vu le képi et la pipe. si c'est le cas, il est sûrement en train d'échafauder un plan de fuit. zut, il a bloqué la porte d'entrée. pendant ce temps, les deux policiers et le détective qui sont restés dans la maison se dirigent vers la pièce où se trouve le coffre et le voleur. le détective entre en premier sans faire de bruit. puis il s'effondre sur le sol. les deux policiers se rapprochent de la victime et se demandent à voix étouffée: - qu'est-ce qu'il a ? - je ne sais pas ...on dirait qu'il est assommé! »</Page><Page Number="50">50 au même moment, les policiers s'effondrent à leur tour. le voleur s'empare alors du détective et commence à revêtir ses vêtements: le faux détective ouvre alors la porte d'entrée et dit à haute voix : le voleur a été capturé, les deux policiers lui ont mis des menottes - très bien david! le complimente le chef de police. - est-ce que je peux retourner chez moi commissaire, ma femme m'attend. - bien sûr. lui répond-il. et vous autres aussi. - merci commissaire. » mais tout à coup, le faux david sort un pistolet de sa poche et menace de tirer sur quelqu'un. il tire deux coups en l'air, s'approche de la bmw et dit d'un air menaçant - le premier qui bouge, je le descends. il commence à démarrer la voiture et s'en va. - tous dans vos voitures de police! poursuivons-le! le voleur tourne à gauche puis à droite et encore à gauche. il sort du village de gremecey par la rue principale et se dirige vers la forêt communale de gremecey. - vite chauffeur! il faut qu'on le rattrape. - comme vous voudrez xavier! » deux voitures de police le rattrapent.</Page><Page Number="51">51 - prenez des photos du conducteur! cela peut révéler sa vraie identité! - c'est fait françois. - hein? attention au virage et à l'arbre! !!! le chauffeur donne un grand coup de frein et laisse filer l'inconnu. - c'est fini, il nous a échappé, soupirai-je. - non... rappelez-vous que nous avons pu prendre des photos de son visage, me rassure le commissaire, - c'est vrai, retournons au commissariat. » arrivés au commissariat, nous commençons à faire un bilan de ce que nous avons pu constater ces derniers jours. le commissaire gordonne ouvre la discussion : bon. résumons. nous avons le numéro de sa plaque d'immatriculation... - mais il pourrait changer de voiture, répliquai-je. - je le sais bien, mais regardez sur l'ordinateur. nous avons pu prendre en photo son visage. il ne nous reste plus qu'à le trouver et l'arrêter. - c'est rémi voltixberg! m'exclamais-je. je sais 'où il est. il est en train de corriger des interrogations de mathématiques à l'école. - çà n'a aucun sens, et puis si c'était lui nous n'aurions pas de preuve. - je sais que c'est lui et j'ai des preuves!! - pouvez-vous nous expliquer? demande le chef de police.</Page><Page Number="52">52 - je vais vous expliquer, mais tout d'abord réunissons les suspects. il est 15h16rnin. les quatre suspects sont réunis dans la salle interrogatoire. - donc, nous soupçonnons rémi d'avoir commis ces dernier vols, commençais- je. - c'est faux!! hurle rémi voltrixberg - c'est ce que nous allons voir. tout d'abord nous avons ces photos fortement ressemblantes de votre visage. » j'appuie sur un bouton de l'ordinateur et les photos s'affichent. - cela peut être un sosie parfait de moi, proteste rémi. - c'est peut-être vrai, mais les trois autres suspects sont innocents. mao fignter était à nancy en train de faire construire un immeuble, ces ouvriers sont formels, laurent tieger était à l'autre bout de la forêt de gremecey, il était en train de couper du bois, il n'a pas pu traverser toute la forêt avec un tracteur, tim vader était en train de régler des papiers du maire. il est lui aussi formel. et vous, vous avez manqué l'école. i1.y a ici même quatre enfants qui le prouvent, n'est-ce pas les enfants? - oui m'sieur! répondirent-ils d'une seule voix. - bon d'accord c'était moi depuis le début. j'ai volé cette bmw dans un magasin de voitures. je voulais me venger de ces vauriens, avoue rémi.</Page><Page Number="53">53 - maintenant vous pourrez vous venger autant que vous voulez mais en prison. il faudra aussi rembourser tout ce que vous avez volé ou endommagé. - vous êtes bien malin françois xavier », dit-il. deux policiers l'emmènent dans une voiture de police. un mois plus tard, tout était rentré dans l'ordre et rémi a pu avoir son poste de maire et moi je suis devenu détective privé grâce à mes exploits.</Page><Page Number="54">54 monsieur chaussette mène l'enquête de coline falk, marianne duval, tatiana louis et noémie lecaque aujourd'hui, en ce jeudi 2014, moi, monsieur chaussette, je vais vous raconter l'histoire sur laquelle j'enquête. la famille de france s'est fait cambrioler à grémecey pendant la nuit. les voleurs sont entrés par la porte du garage. leur maison est située 18 grand'ruelle. les victimes soupçonnent 3 villageois : madame poivron, monsieur tomate et madame champignon. madame poivron a 34 ans, elle est célibataire, habite une grande maison tout près de chez eux. chaque année, la famille de france organise une grande fête, ils invitent tout le quartier sauf la famille poivron. les poivrons n'apprécient pas vraiment cette discrimination. monsieur tomate, lui, a 53 ans. il est marié avec madame tomate, et a une petite maison qui touche la leur sur la gauche. chaque mois, monsieur tomate demande à l'entreprise de monsieur de france de laver sa voiture mais monsieur de france ne veut pas car il n'arrive jamais à se faire payer. c'est sans doute une bonne raison pour leur en vouloir. madame champignon, a 24 ans. elle est fiancée avec monsieur magnard et ils ont une maison gigantesque. un jour, monsieur et madame de france ont saboté le concert de madame champignon en lançant des tomates pourries. quand elle répétait, on l'entendait dans tout le quartier et cela les dérangeaient pendant leur sieste. madame poivron vit très difficilement à cause de nombreux problèmes financiers. monsieur</Page><Page Number="55">55 tomate n'a pas beaucoup d'argent à cause d'amendes nombreuses dues à sa mauvaise conduite sur la route. madame champignon est riche car elle produit des concerts dans toute la région. voici ce que je sais des suspects. aujourd'hui, je suis allé sur la scène de crime et j'ai observé qu'il y avait eu une effraction de la porte du garage qui mène à la maison. il y avait une caméra de surveillance dans la maison. le cambrioleur était habillé en noir mais on ne voit pas son visage sur l'enregistrement car il est cagoulé. la serrure du coffre où il y avait l'argent a été forcée avec un fil de fer. dans ce coffre, il y avait 150 000 euros (entre nous, c'est énorme). le voleur a volé un ordinateur portable, une tablette, une télévision, un portable galaxie s 4, des bijoux, tout l'argent du coffre et de l'or. quand je suis retourné à mon bureau, j'ai téléphoné à madame poivron, monsieur tomate, madame champignon et à la famille de france. j'attends que tout le monde soit là et je commence l'interrogatoire avec madame champignon. les autres suspects sont dans la salle d'attente. - qu'avez-vous fait hier soir? demandais-je. - hier soir? je suis allée au cinéma - est-ce que vous pouvez le prouver? - oui, car j'ai encore mon ticket. - alors montrez le moi. ,</Page><Page Number="56">56 - euh... je ne sais plus où il est! - ah bon?! vous ne savez plus où il est? c'est bizarre non? vous l'avez eu hier, vous devriez vous en souvenir pourtant, m'exclamais-je - ben... oui, je viens de vous le dire! - o.k. vous voulez jouer à ce petit jeu! demain à 10h00 pile, je viens perquisitionner votre maison!!! sortez et appelez monsieur tomate. madame champignon sortit et monsieur tomate entra 5 secondes plus tard. - où étiez-vous hier soir? - hier soir, je suis allé chez un copain à château- salins avec ma femme jacqueline. - quel est le nom de votre copain? - mon copain? euh… ii s'appelle emmanuel, répondit-il avec hésitation. - mmm? emmanuel dites-vous? où habite-t-il ? - il habite 53 rue brigade alsace-lorraine me répondit-il. - d'accord .vous y étiez de quelle heure à quelle heure? - j'y étais de 17h30 à 23h49 et 5 secondes et 29 centièmes. - vous êtes très précis. - oui car la précision, c'est mon domaine. maintenant, je dois rentrer chez moi car le directeur de mon entreprise m'attend à 15h25 minutes</Page><Page Number="57">57 18 centièmes précisément. car, comme je vous l'ai dit, la précision est mon domaine. - oui… .oui... j'ai compris que la précision est votre domaine! dis-je d'un air blasé. bon d'accord, allez-y. vous allez être en retard, et puis j'ai d'autres personnes à interroger, moi! je suis allé chercher madame poivron. - bonjour! me dit-elle avec entrain. - bonjour à vous madame poivron. je vais vous poser des questions. - d'accord, allez-y. - qu'avez-vous fait hier soir et où étiez-vous? - hier soir? j'étais dans mon salon et je regardais la télé. - vous en êtes sûre? - oui, bien sûr, pourquoi? - pour rien, pour rien. dis-je l'air pensif. qu'avez-vous regardé hier soir? - j'ai regardé « nestor burma ».c'est une série policière française. - vous pouvez sortir. - merci et au revoir monsieur l'inspecteur. puis elle est partie. ensuite, je suis allé récupérer mes affaires dans mon casier.</Page><Page Number="58">58 par la suite, je suis allé chercher ma voiture, et j'ai vu un petit papier glissé sous l'essuie-glace. je me suis dit - oh mince, j'ai eu un pv!!! je me suis approché et j'ai regardé de plus près le papier. voici ce qu'il représentait: « dans un… » je me suis dit que la suite devrait être au masculin car c'était marqué "un". ceci était peut-être un indice pour mon enquête. je rentre chez moi et, pendant mon repas, je repensais à ce mystérieux papier. plusieurs questions me tourmentaient. qui l'avait écrit? où était l'autre ou les autres morceaux? est-ce que je trouverai qui a volé la famille de france? en sortant de chez moi pour retourner au travail, je marche tranquillement quand tout à coup, j'ai vu un bout de papier étrangement identique à l'autre papier que j'avais ramassé peu avant. je le ramasse. il ressemblait vraiment à l'autre papier. il y était écrit: « étang de… » je sors l'autre papier de ma poche, ils s'assemblent. je me suis dit: etrange, étrange. puis, arrivé au bureau, je réfléchis: «si je demande aux suspects d'écrire, ils vont trouver ça bizarre mais en même temps ça me donnera peut-être des preuves. » je prends ma voiture et je vais à gremecey. je commence par demander à madame champignon d'écrire «monsieur chaussette mène l'enquête» sur un morceau de papier. pendant ce temps, je perquisitionne la maison comme je l'avais promis hier, grande</Page><Page Number="59">59 déception. en effet, je n'ai malheureusement rien trouvé. finalement, je suis revenu dans le salon pour regarder le papier. je remarque que c'est le même que ceux que j'ai trouvé par terre. puis, je lui demande de me le donner, pour pouvoir ensuite identifier l'ensemble des papiers. je suis allé ensuite chez madame poivron pour lui demander la même chose qu'à l'autre suspect. elle avait également le même papier. enfin, je suis allé chez monsieur tomate. mais lui, contrairement aux précédents, il n'avait pas le même papier et encore moins la même écriture que sur les deux autres morceaux que j'avais trouvé. en sortant de chez monsieur tomate, devinez ce que j'ai trouvé : un morceau de papier déchiré qui correspond aux deux autres. voici ce qu'il représente: « --in sur –ill- » bref, en tout il y avait écrit : « dans un étang de --in sur –ill- ». impossible de déchiffrer ce qu'il y avait d’écrit. je suis allé au laboratoire, puis en réfléchissant bien je me suis dit : « mais voyons, monsieur chaussette ! c'est de l'encre que l'on peut effacer ! ».puis, je prends un effaceur et efface l'encre. il y avait écrit : « brin sur seille ».ensuite, je suis sorti du laboratoire. manque de bol, j'ai pensé à voix haute, madame poivron était juste à côté de moi. j'espère qu'elle n'a rien entendu. je pris alors ma voiture à toute vitesse et démarra. ensuite, j'ai vu madame poivron démarrer elle aussi. «</Page><Page Number="60">60 vite, quitte à me prendre un pv, je m'en fiche ». j'ai accéléré jusqu'à brin sur seille. j'ai trouvé le dit étang. - zut, elle est arrivée avant moi je descends de la voiture. puis, une course poursuite commence ! nous sommes d'abord passés dans une rue qui était toute étroite puis j'ai eu de la chance, un policier assez costaud était au bord de la rue. j'ai alors crié - attrapez la ! le policier l'attrapa, affaire faite, je demande à madame poivron - pourquoi avez-vous fais ça ? -pourquoi j'ai fait ça ? cette famille ne m'invite jamais à leur grande fête. vous ne seriez pas en colère à ma place ? -un peu... le policier embarqua la voleuse. je me réjouis que ce soit terminé. j'ai ensuite contacté « plongée soumarine » (une industrie). la famille de france a retrouvé ses biens. tout est bien qui bien qui finit bien.</Page><Page Number="61">61 qui a kidnappé le chat de la mamie? de noémie skorka, sophie ardouin, flavie vigneron, zahra marques ce matin là, sophie nous a invité chez sa mamie pour le goûter. donc le soir, nous sommes toutes descendues chez la mamie de sophie. elle nous avait préparé deux tartes aux mirabelles parce que sophie mange une demi tarte à elle toute seule et nous, nous mangeons un quart de tarte chacune. dès notre arrivée, mamie est descendue à la cave nous chercher un ice tea chacune. elle a vu que la vitre était cassée. elle a crié: - gribouille où est-tu ? alors nous sommes descendues à la cave. - pourquoi cries-tu :gribouille, mamie? - la fenêtre est cassée et gribouille a disparu! - ne t'inquiète pas mamie, nous allons le retrouver, - super! merci les filles. nous avons décidé d'enquêter sur les lieux. nous avons trouvé des poils gris, c'était peut-être ceux de gribouille sur la vitre unique de la cave. après, nous sommes montées au 1er étage pour réfléchir. par exemple, gribouille avait peut-être été griffé ou mordu, nous ne</Page><Page Number="62">62 savions pas. nous sommes retournées dans la cave et cette fois, nous avons vu des petites gouttes de sang le long de la route. nous les avons suivi jusqu'au cimetière. nous nous sommes posées encore des questions: peut-être que c'est un kidnapping ou peut-être aussi qu'un animal l'a blessé (griffé ou mordu ) et l'a emmené au cimetière. nous sommes rentrées dans le cimetière voir si il y avait un corps. nous avons décidé de faire des équipes: sophie et flavie, zahra et noémie. sophie et flavie partent à gauche et zahra et noémie partent à droite. nous ne trouvons rien. au bout de l'allée principale du cimetière, près de la croix, on a trouvé une souris morte. nous nous sommes dit que gribouille l'avait peut-être dans sa gueule, et que quand quelqu'un l'a attrapé, la souris s'est échappée et était allée au cimetière. donc, on s'est dit que la personne qui a kidnappé gribouille l'a pris par le cou et des poils ont été arrachés, le chat s'est sauvé , le kidnappeur a courus après et l'a rattrapé. nous sommes retournées chez «mamie» et nous lui avons dit: - c'était juste une souris mamie. mamie soupira : - vous chercherez demain. le lendemain, nous nous sommes levées tôt. mamie dormait encore (on l'entendait !! ...) ,alors on lui a laissé un petit mot sur le frigo: «très chère mamie, nous partons dehors, enquêter sur la disparition de gribouille)). dehors, flavie trouve une petite souris en plastique:</Page><Page Number="63">63 - c'est exactement celle de gribouille, il y a son nom ! - c'est vrai! sauf que c'est un peu éparpillé dit noémie. - ce n'est pas grave, dit sophie ,regarde! il y a un g, r, i, b, o,u, i, 1,l et enfin un e! nous crions «mamie», nous avons trouvé la souris en plastique de gribouille. elle nous répond : - je sais; c'est moi qui l'avait mis pour voir si il viendrait jouer avec. après mamie regarde l'horloge et elle dit: - vite les filles, votre bus va partir sans vous. nous courons vite après le bus qui a déjà redémarré. les intellos (lucas, paul, yohan et tom) nous font des grimaces. nous ne sommes pas du tout contentes. nous courons après le bus. nous entendons un bruit. sophie dit: - vite les filles, le bus s'est arrêté. - pourquoi? - je ne sais pas! - moi je sais! - alors c'est quoi? - c'est un pauvre petit hérisson.» zahra s'est mise à pleurer alors nous l'avons réconfortée. gilles a dit:</Page><Page Number="64">64 - vous attendez quoi les filles, montez! nous montons dans le bus. le soir, nous avons passé la soirée chez noémie. le lendemain matin, sophie s'est réveillée à 7h00 du matin. zahra et noémie l'ont entendu. quant à flavie, elle dormait profondément. zahra et noémie décident de suivre sophie discrètement. elles ont vu sophie aller au cimetière. nous sommes allées chercher flavie. elle avait du mal à se réveiller parce qu'elle avait mal dormi. nous partons avec flavie voir ce que sophie faisait au cimetière. nous la surprenons en train d'examiner la souris. noémie a proposé : - et si nous faisons une petite blague à sophie ? - oui, c'est une excellenteidée. - et c'est quoi ta blague? - ma blague, c'est que nous allons lui faire croire que nous avons vu gribouille. - flavie et zahra disent: - compris ! zahra, flavie et noémie crient : - eh sophie, nous avons retrouvé gribouille. sophie s'est mise à crier:</Page><Page Number="65">65 - ouh ah tra la la houpi là, nous lui avons dit: - mais nous ne l'avons pas retrouvé c'est une blague! - ah, donc pourquoi vous m'avez dit ça. j'étais tellement contente. - nous t'avons dit ça car en ce moment tu n'as pas la banane. quand sophie s'est remise de ses émotions, nous rentrons chez noémie pour prendre le petit déjeuner. nous allons nous habiller, et faire nos devoirs avant de repartir au cimetière. pendant que sophie et flavie sont entrain de relever les empreintes sur la souris, zahra et noémie se sont mises à chercher d'autres indices. midi sonne, nous prenons notre sac de pique-nique et nous allons manger en compagnie de nos doubles poneys. le cheval de sophie s'appelle « caramel » , celui de noémie « lucky luke » et ceux de zahra et flavie « cannelle» et « twix ». après manger, nous décidons d'aller faire du cross dans la nature (forêt) pour prendre l'air mais avant nous échauffons nos chevaux.nous partons en forêt. au premier obstacle, nous sautons sans problème mais le cheval de zahra trébuche et s'arrête. nous lui demandons ce qui arrive. elle répond : - je ne sais pas, c'est cannelle qui a quelque chose. - qu'a-t-elle eu? - rien de grave elle s'est juste foulée lajambe.</Page><Page Number="66">66 - non !elle a aussi perdu des poils. - comment? - je ne saispas. - regardez les filles il y a quelque chose par terre. - c'est quoi? - je crois que c'est un couteau. - un couteau? pourquoi faire? sophie dit: - c'est peut-être pour couper ou égorger quelqu'un. regardez, il y a du sang sur la lame. - c'est vrai! et en plus, on pourrait relever des empreintes sur le manche. - regardez! les traces de sang sont sur le chemin de la seille. la chose a peut- être été jetée dans la seille. nous regardons au fond de l'eau et effectivement, on distingue à peine une forme sombre. on dirait que c'est une peluche. avec un bâton, on arrive à attirer la chose vers nous. ce n'est pas une peluche. c'est un cadavre de chien. nous nous sauvons le plus vite possible, dégouttées. nous retournons dans la cave de la mamie de sophie. sur les lieux, nous fouillons les moindres recoins. flavie dit:</Page><Page Number="67">67 - regardez,j'ai trouvé quelque chose par terre, c'est un petit bout de tissu. je crois qu'il y a quelque chose d'écrit mais je ne vois pas bien alorsje vais le donner à mamie pour qu'elle le lave. en croisant papi sur la route, nous lui demandons s'il pouvait nous emmenez chez fernand nourrir les poules. le soir, nous allons dormir chez la mamie de sophie. le matin, mamie avait lavé le petit bout de tissu. donc, nous arrivons à déchiffrer ce qu'il y avait marqué. il y avait marqué « gilles « .mais pourquoi « gilles »? nous ne savons pas. nous irons voir plus tard chez gilles, pour l'instant il faut déjeuner. sophie va chercher le journal, elle dit : - regardez, il y a pleins d'articles avec des chats disparus. - des chats disparus ? - mais pourquoi des chats disparus ? - je ne sais pas - j'ai une idée, dit noémie. quand gilles passera avec le bus, mamie dira : - noémie est en allemagne, sophie est malade, zahra est chez l'ophtalmologue et flavie est à londres. » pendant que nous, nous irons dans le jardin de mamie et nous passerons par dessus le grillage pour nous rendre chez gilles. après,</Page><Page Number="68">68 flavie prendra les clefs cachées sous le pot de fleur et nous rentrerons dans la maison de gilles. le lendemain, nous filons par derrière. nous pénétrons dans le jardin de gilles, nous exécutons notre plan :dans la cuisine, flavie dit : - il y a des poils sous le meuble, dans le couloir. - regardez il y a une poignée. nous poussons le meuble qu'il y avait au dessus de la trappe. nous soulevons la trappe et nous descendons dans la pièce, il y fait noir. sophie allume une lampe de poche. elle dit : - chut, je crois quej'ai entendu quelque chose. nous enlevons un drap qui pend pour faire une porte. derrière le drap, il y a pleins de petits chats et zahra dit : - ce sont les chats perdus dont parlait l'article du journal de ce matin. - regardez ! c'est gribouille. mais pourquoi a-t-onkidnappé ces chats? - je ne sais pas, - chut! gilles est rentré, il vient vers nous. nous avons qu'a prendre le drap et le lui jeté dessus.</Page><Page Number="69">69 quand gilles arrive à notre hauteur, nous lui jetons le drap et le jetons par terre. puis, nous rallumons la lampe de poche de sophie. sophie dit : - bah c'est papi ! - oui !et gilles. - mais pourquoi avez vous kidnappé des chats ? - nous avons kidnappé ces chats car ils ne font que de faire caca dans notre verger. - juste pour ça ? - oui, et ils mettent aussi plein de puces partout. l'après-midi, nous rendons les chats à tout le monde, mamie retrouve gribouille. gilles et papi, pour leur punition, travaillent à la spa. quant à nous, on a parlé de nous dans le républicain lorrain et nous sommes très fières.</Page><Page Number="70">70 a dultes et jeunes 15-18 ans</Page><Page Number="71">71 intrigue au pays du sel de bernard mouchot l'information n'a pas fait la une de notre unique journal local et régional, lorrain et républicain ou inversement autrefois appelé le « réplo » alors qu'il comportait au moins une coquille par édition et devenu désormais le « répu » . grain de sel, le bien nommé et bien informé, n'a pas fait d'article sur le sujet, bien que ses informations ne se limitent pas aux chemins carrossables et carrossés du petit village de moyenvic dont il est le site non officiel. pourtant de delme à dieuze, de bioncourt à givrycourt, la rumeur enflait depuis plusieurs jours: mais où était-il donc passé? personne ne croyait à sa disparition, mais il se faisait si rare que certains redoutaient de ne plus le revoir alors que nous souhaitions tous sa présence sans toujours le savoir, et que nous avions besoin de lui. cela ne pouvait durer plus longtemps, et les autorités communautaires décidèrent ce premier lundi de juin qu'il fallait le retrouver avant la fin de la semaine. tout le monde devait participer à sa recherche, qui devait s'étendre sur tout le territoire de notre vaste pays, trop vaste pour certains !</Page><Page Number="72">72 chaque racoin devait être fouillé, aucun site, aucun monument ne devaient être oubliés, il pouvait se trouver partout et n'importe où, et probablement là où on ne s'attendait pas à le rencontrer, il pouvait même s'être déguisé, pire on savait qu'il était silencieux et qu'il pouvait même se cacher. les plus jeunes avec leur optimisme naturel, se jetèrent sur leur téléphone vissé à1'oreille comme d’habitude, ou encore plus. de tous les coins du territoire, des mails, des sms et autres tweets s'échangèrent à la vitesse trop lente de notre réseau, dans 1'attente du très haut débit promis. a l 'habituel, «mais t'es où?», avait succédé «tu ne l'as pas vu?», et à cette question mille fois répétée, la réponse était toujours la même: non !, non ! et beaucoup se lassèrent vite d'une chasse au gibier apparent. on fit appel à 1'éducation nationale et les enseignants nombreux ici, désignèrent l'un d'entre eux, qui avait autrefois professé les mathématiques. désormais il enseigne notre ancienne langue, le patois lorrain, qu'on ne parle plus qu'aux retrouvailles à la source du saulnois, et encore un petit peu au bar des amis quand l'ancien professeur de sport « le b.s » est en forme ou a bien vendu ses lapins nourris avec du bon foin comme autrefois.</Page><Page Number="73">73 notre toujours fringant retraité, sourire aux lèvres, est resté évasif, lui pourtant qui a percé le secret de l'éternelle jeunesse, grâce, parait- il, à une potion à base d'une plante un peu secrète la salicorne, autrement appelée la passe-pierre qui pousse chez nous, à proximité des anciens marais salés, et qui peut guérir les maux de reins, mais rien, rien au sujet de notre recherche. l'église encore très présente en moselle, fut appelée à l'aide, et l'abbé jean-marie qui officia à l'église st. jean-baptiste et son orgue du dix-huitième siècle, s'unit à l'abbé jean-paul pour organiser une grande messe à la collégiale saint nicolas de munster, toujours aussi majestueuse malgré la perte de ses flèches envolées un jour de tempête, comme les prières faites ce jour-là, sans résultat ! au bar des amis, au bon coin, au bleu et encore au rouge, les discussions allaient bon train, chacun avait son avis sur cette disparition, les uns disaient qu'il n'était pas loin, et qu'il allait revenir pourvu qu'on sache le reconnaître, d'autres plus pessimistes l'avaient déjà enterré et juraient qu'on le reverrait quand les poules auront des dents. dans d'autres établissements le ton était plus feutré, autour d'un filet de perche élevée ici, arrosé d'un gris de la citée de georges de la tour, on échangeait sur le désormais seul sujet d'actualité.</Page><Page Number="74">74 il y avait là les plus hautes autorités du pays, réunies pour 1'occasion, et malgré leur grande expérience et leur intelligence contestées par personne, aucune réponse à la question mille fois posée: mais où pouvait-il être? plusieurs pensèrent trouver l'inspiration dans les bulles du breuvage d'un célèbre moine qui transforma un vin assez ordinaire de limoux en un produit connu dans le monde entier, et apprécié par tous. mais ayant déjà un peu abusé d'une autre boisson très alcoolisée à base de notre fruit régional et local, la mirabelle, ils se trompèrent de bouteille, et découvrirent une boisson délicieuse, fabriquée aussi chez nous, depuis très longtemps, la limonade des frères geyer de munster près des albestroffois. la lucidité retrouvée grâce aux fameuses petites bulles, ils découvrirent une aventure extraordinaire, qui s'est passée chez nous et que beaucoup ignorent. créée dès 1895 à munster (dans le saulnois), geyer frères fabrique toujours en 1995 sa fameuse limonade, mais l'entreprise n'a pas de repreneur et sa fermeture est annoncée, le propriétaire historique prenant sa retraite, sans successeur. c'est en lisant son acte de décès dans un journal économique, qu'un cadre dynamique et ambitieux d'une grande société française, taraudé par l'esprit d'entreprise, décide de s'y intéresser, il prend</Page><Page Number="75">75 contact avec notre communauté de communes naissante qui peut ainsi prouver son utilité au niveau économique. il fait de cette petite entreprise une grande entreprise internationale, qui vend désormais la limonade du saulnois devenu lorina, du nom d'un bateau américain dans près de 40 pays. notre limonade a gardé son gout traditionnel, mais son enveloppe de verre a été relookée, et elle a des petits frères, des sodas aux fruits, bio, light, pour sûr le grand coca cola a intérêt à bien se tenir, et tout cela dans le saulnois, et grâce à notre com.com trop discrète sur le sujet. mais revenons à notre chasse pour laquelle justement les chasseurs nombreux dans nos campagnes furent appelés à la rescousse. on leur demanda de poser leur arme pour fouiller les bois, bosquets et autres haies séparant encore de ci de là des champs et prairies contre l'avis de notre autre pays, l'europe, qui voulait tout raser. ils ne levèrent que des sangliers trop nombreux, quelques chevreuils trop rares et désormais bagués comme une fiancée, et des lièvres trop rapides pour espérer remplir les besaces. les agriculteurs se mobilisèrent, ils comptent encore dans nos villages, même s'ils sont de moins en moins nombreux à porter 1'écharpe tricolore. se souvenant de la fable de la fontaine, ils se mirent à remuer leurs champs, encore plus qu'à l'accoutumée, ne ménageant ni leur peine ni les moyens, le jour, la nuit, sans cesse et sans relâche.</Page><Page Number="76">76 finalement ils n'augmentèrent que leur profit, du moins en apparence, mais sans rien découvrir d'autre. les pêcheurs habituellement paisibles et silencieux pour ne pas effrayer leurs prises espérées, crièrent qu'on pouvait compter sur eux, et de l'albe à la rose, et tout au long de la seille, petite et grande, ils se multiplièrent au point d'affoler le pointilleux garde pêche chargé de les surveiller. sur tous les étangs, ne dit-on pas «au pays des etangs»? et même sur le grand lindre, les embarcations furent nombreuses, mais on ne ramena que quelques poissons, beaucoup d'herbe pourrie, et une vieille godasse peut être perdue par un marcheur de l'association du même nom? il fut, parait-il, aperçu sur la côte saint jean, venant du gr5 qui serpente la crête qui domine la seille vers vic. aussitôt chemin faisant, qui connaît et entretient tous les sentiers, se mobilisa, mais à part deux détecteurs de métaux tout rouillés, il ne fut rien ramené de ce qui resta une belle balade sur un site remarquable tant au niveau des vues naturelles qu'historiques. les gendarmes, plus nombreux sur notre territoire qu'ailleurs, furent mis à contribution. on leur demanda de déposer les jumelles dont ils sont désormais équipés, ou plutôt de les orienter ailleurs que vers les automobilistes qu'ils rançonnent avec excès au bord de nos routes.</Page><Page Number="77">77 madame la sous-préfète garante de la légalité hésita à donner son accord, craignant pour la sécurité, mais finalement se laissa convaincre. en pure perte puisque nos gendarmes ne virent rien dans leurs lunettes dorées. les jours passaient, mardi, mercredi, jeudi matin!... toujours rien, la situation devenait grave et le président de notre vaste pays aux 5 capitales, convoqua pour le soir même une réunion plénière à la salle polyvalente de la capitale administrative, autrement appelée bourg centre. la tension était palpable dans tous nos nombreux villages et le soir venu, la grande salle, habituellement trop vaste était pleine à craquer et chauffée à blanc grâce, mais pas seulement, à l'énergie venue justement du grand bâtiment d'à côté. le président qui n'avait pas eu beaucoup l'occasion de sourire au cours des réunions des délégués souvent chahutées, avait l'air sombre des jours difficiles. il prit la parole dans un joyeux brouhaha, déclara que le quota était atteint, ce qui n'avait pas toujours été le cas, et que l'assemblée pouvait légalement discuter puis décider à la majorité des délégués présents qui désormais exprimaient leur avis de façon électronique !</Page><Page Number="78">78 un homme vigoureux, à la crinière blanche, comme beaucoup de ses collègues, se leva et d'une voix soutenue, au fort accent des contrées les plus à l'est de notre pays déclara: « notre pays est trop vaste avec ses 128 communes, on ne peut rien entreprendre, et nous n'y trouverons jamais ce que nous cherchons, il faut le couper en deux ! » un grand chahut s'installa, les uns étaient pour la découpe du pays, les autres ne voulaient rien entendre, on finit par ne plus se comprendre et la machine à compter les voix s'emballa sans qu'une solution soit trouvée. on alla voir du côté de la préfecture, sans plus de résultat. c'est alors qu'un autre délégué plus petit, mais connu pour son fort caractère et qui dirige la ville la plus grande du pays, même sans ses militaires, prit la parole et d'un geste autoritaire fit taire ceux qui n'avaient pas compris qu'il fallait l’ é c o u t e r . «désignez 12 délégués dit-il, et qu'ils viennent demain dans ma ville, entre sel et ciel, je les recevrai dans mon bureau et leur donnerai une indication pour trouver ce que vous cherchez tous ! » certains n'en croyaient pas leurs oreilles, n'était-ce pas celui qui tout à l’ h e u r e encore soutenait la découpe à son profit du territoire qui maintenant proposait ses services et une solution pour retrouver enfin le disparu !</Page><Page Number="79">79 mais finalement tous applaudirent, le président qui avait retrouvé le sourire demanda s'il y avait des volontaire pour cette mission très spéciale, de nombreux bras se levèrent avec enthousiasme, denrée trop rare en ces lieux. il fallait un chef pour mener cette escouade, un autre petit homme se leva, plus rond que le premier, mais tout aussi fort en voix, et dit qu'il était l'homme de la situation, n'était-il pas dans l'assistance le seul qui avait pu vaincre ce que nous redoutons tous, la mort, tout en sachant que nous ne pouvons 1'éviter ? on lui demanda de parler de son histoire extraordinaire, et les larmes aux yeux il raconta comment il était resté mort pendant quinze minutes, il parla de son voisin infirmier et d'autres bienfaiteurs qui pendant 15 longues minutes n'ont pas cessé un massage cardiaque qui s'est terminé miraculeusement : son cœur redémarrant contre toute attente, à la plus grande joie de tous ses proches et amis. tous se quittèrent de façon plus joyeuse qu'à l'accoutumée, ils avaient le sentiment que demain enfin on allait retrouver ce que 1'on cherchait sans succès depuis une semaine, et qui pouvait changer notre vie. le lendemain notre équipe de chercheurs, partit vers la ville à la source du saulnois, emmenée par celui que beaucoup appelaient désormais «le ressuscité », d'autres le «che» comme cet ancien</Page><Page Number="80">80 ministre, maire d’une ville dont le mouton est un lion, revenu lui aussi de l'au-delà. c'était jour de marché, et ne sachant pas combien de temps durerait la recherche, ils décidèrent d'acheter quelques saucissons de porc de fabrication artisanale qu'on appelle le fuseau lorrain et dont la réputation dépasse nos frontières. plusieurs se dirigèrent vers 1'un des deux cafés qui bordent la place du marché encore animé ici, ils burent un café que certains remplacèrent par un verre de vin de vic, célèbre aussi pour son vin dont la cuvée georges de la tour, du nom d'un artiste peintre né ici et connu pour ses tableaux mêlant 1'ombre et la lumière. il était temps de se rendre au rendez-vous fixé par le maître des lieux, pour apprendre de sa bouche où trouver enfin ce que tous dans le saulnois désespéraient de retrouver. ils furent reçus avec chaleur, monsieur le maire leur fit servir un café, et on passa dans son vaste bureau au style dépouillé mais impressionnant, et sous 1'œil vigilant de l'artiste local, edmond about, on en vint à l'objet de la visite: «ce que vous cherchez dit-il d'un ton autoritaire, vous la trouverez dans le village qui me vit naître, il vous faudra la chercher, mais</Page><Page Number="81">81 c'est bien là qu'elle se trouve! » je vous le dit, paraphrasant un illustre prophète qu'il affectionne. mais objecta le «ressuscité» c'est une femme que nous cherchons?, vous dites la!, elle ! , nous pensions que c'était un homme qui avait disparu?, il faut être plus précis mr le maire, sinon nous n'avons aucune chance de le ... euh de la ramener? notre homme esquissa un léger sourire qui creusa son visage, prit soudain un ton plus doux, un rien mystérieux ajouta:« ne vous inquiétez pas, au moment où vous découvrirez ce que vous cherchez, vous la reconnaîtrez «. pas vraiment rassuré par cette prévision un peu biblique, ils prirent la route, en direction de ce beau petit village chargé d'histoire dont le monument en honneur de saint michel rappelle une bataille de la guerre de 1914 qui laissa au sol près de 1500 hommes sous une pluie d'obus. en passant devant notre saint aux bras tendus, un des chercheurs fit remarquer un rien ironique que la ville de dieuze et ce petit village, avaient déjà des héros communs pendant la grande guerre, pas étonnant selon lui qu'un enfant de ce village soit devenu le maître de la ville voisine ! après un grand virage, une descente sévère se présentait devant eux, ils décidèrent de mettre pied à terre, afin d'éviter une chute, et aussi</Page><Page Number="82">82 pour avoir le temps d'observer attentivement tout ce qu'ils pouvaient apercevoir, ne sachant finalement pas ce qu'ils cherchaient? arrivés en bas de la côte, ils avisèrent sur la droite une jolie petite place, et sur un banc une femme qui habitait manifestement ici. sympathique et volubile, celle qu'on peut appeler «la mère françois» répondit volontiers à leur interrogation: «qu'y avait-il de particulier ici?, qui pouvait cacher un secret, un mystère, peut-être un trésor » ?, et où ? sans hésiter, elle désigna le château dont on pouvait apercevoir les tours, il était de construction très ancienne, rénové récemment, inscrit aux monuments de france, ce qui causait bien du tracas aux malheureux qui voulait repeindre un volet, ou faire un trou dans sa façade. rassurés par cette bonne nouvelle, ils s'engagèrent d’un bon pas dans la grand rue qui s'ouvrait face à eux, et en effet, arrivés au bout de la rue, sur la gauche ils découvrirent le magnifique château dominé par trois tours rénovées comme il se doit, à l'ancienne, et de vastes bâtiments qui pouvaient cacher bien des secrets. se croyant en terrain conquis, ils entrèrent sans hésiter dans la cour du château, non sans une certaine émotion provoquée autant par la majesté des lieux que par la perspective maintenant toute proche de</Page><Page Number="83">83 trouver enfin ce qu'ils étaient venu chercher, et que personne à ce jour n'avait pu découvrir. soudain de violents aboiements les firent sursauter, deux molosses imposants se tenaient devant eux, leur faisant comprendre qu'ils n'étaient pas les bienvenus. ce château avait été rénové en grande partie aux frais des citoyens contribuables, pourtant jamais invités à le visiter, comme cela pourrait être le cas au cours de l'habituelle journée du patrimoine chaque année courant septembre. le châtelain vint se placer entre ses deux gardiens encore grommelant, les mains sur les hanches, le ton haut, les interpela « que cherchez- vous ici?, « savez-vous que vous êtes dans une propriété privée? et je vous demande de vous en aller! ou je préviens la maréchaussée menaça-t-il ! prenant un ton conciliant, le« che» tenta d'expliquer les raisons de leur présence en ces lieux majestueux, mais ne pouvant préciser ce qu'ils cherchaient vraiment, il ne fut pas pris au sérieux, et toute 1'équipe se retrouva en un tour de main en dehors de 1'enceinte historique, sous les aboiements intimidants des chiens. cette fois c'est la rue du milieu qui s'ouvrait devant eux, sans un mot, l'air sombre ils s'y traînèrent, ne sachant plus où aller, la faim</Page><Page Number="84">84 au ventre, midi avait sonné depuis plus d’ u n quart d'heure au clocher du village tout proche. arrivés au bout de la rue, un brouhaha parvint à leurs oreilles, sur la droite une maison d'où sortaient les bruits d'une discussion fort animée, ponctuée par des éclats de rire bruyants, ils pensèrent qu'on s'amusait bien ici ! ils décidèrent d'entrer, un chien placide barrait l'entrée de l'immeuble mais dès qu'ils ouvrirent la porte un autre chien, énorme d'un blanc lumineux se jeta sur eux, il bougeait la queue et ne manifestait à leur égard aucune agressivité. devant eux se tenait une longue tablée, une douzaine d'hommes et femmes, qui devisaient joyeusement, il y avait là un certain denis qui avait autrefois cherché des escargots au bord de nos routes, un parisien revenu au pays après avoir selon ses dires, un rien exagérés, inventé l'informatique, et plusieurs autres. les femmes étaient plus nombreuses, une certaine « malou » qui avait tenu autrefois un café chez les lunards, appelés ainsi car un jour de pleine lune plusieurs habitants qui avaient abusé de la dive bouteille, pensèrent pouvoir attraper avec un sac la lune au fond d’ u n e auge où elle se mirait. elle interpela les entrants, mais qui êtes-vous?, que cherchez-vous ici? si c'est une femme vous avez le choix ajouta-elle !mettant en</Page><Page Number="85">85 avant ses atouts féminins qui en avaient fait rêver plus d'un certains soirs un peu trop arrosés à l'époque où il n'était pas nécessaire de choisir entre boire et conduire. charitable, elle ne manqua pas de mettre aussi en avant les atouts de ses amies autour de la table. tout le monde partit d'un fou rire qu'on entendit jusqu'au bout de la rue, et on leva les verres à la santé des nouveaux arrivants. «vous avez l'air bien heureux ici osa le ressuscité, c'est donc un restaurant ? je ne le connaissais pas, pas étonnant, rien à l'extérieur ne le signalait. c'est à ce moment que la maîtresse des lieux, appelée affectueusement « la marie», entra chargée d'un plat d'où se dégageait une odeur fort appétissante, des bouchées à la reine, spécialité lorraine autrefois appelées vol-au-vent. elle avait le visage buriné des gens qui ont vécu, on devinait que la vie n'avait pas toujours été facile, mais elle irradiait cependant de bonheur qu'elle partageait avec ses clients qui lui rendaient bien. « que désirez-vous mes enfants leur lança-t-elle, d'un ton plein de bonté, vous n'avez pas réservé, mais asseyez-vous donc, je vais bien trouver quelque chose pour vous», quand il y en a pour 12, il y en a pour 24 lança le plus bavard !, celui-là même qui était revenu au pays après avoir percé le secret des ordinateurs.</Page><Page Number="86">86 au bout de quelques minutes, ils faisaient déjà partie de la petite famille qui se réunissait ici tous les vendredis, c'était le repas des veuves ! oui, toutes les personnes présentes avaient en commun d'être seules, et pour certaines avaient connu bien des malheurs, dans leur vie. pourtant les mines étaient réjouies, les sourires naturels, et on sentait que le partage du repas était l'occasion de partager bien plus, une vraie joie de vivre, une grande solidarité, et un moment de plaisir qui donnait un sens à leur vie. ici les difficultés d'un quotidien parfois difficile, les inévitables épreuves de la vie n'existaient plus, si les mets cuisinés à l'ancienne avaient de quoi ravir les palais les plus exigeants, le meilleur n'était pas dans les assiettes mais sur les visages et dans les cœurs, si tout cela n'était pas le bonheur, ça y ressemblait beaucoup. on ne faisait pas que manger, il fallait aussi arroser les gosiers et l'ambiance s'en ressentait, les derniers arrivés n'étant pas en retard pour faire honneur au bar, faut dire qu'ici les prix bas permettent de ne point économiser sur la quantité, même s'ils ne sont pas affichés, aussi règlementairement qu'un contrôleur l'a un jour constaté. puis « la marie » leur servit un plat de pommes de terre rôties, certainement les meilleures du saulnois et bien au-delà, accompagné d'un ragoût de jeune sanglier, celui-là même qui pour son malheur</Page><Page Number="87">87 s'était trouvé la veille dans le viseur du fils de la maison, et du petit fils, un champion de tir reconnu dans tout le pays. soudain !, le ressuscité, appelé aussi le« che» se leva l'air sérieux, un peu blême ce qui inquiéta son voisin qui le surveillait d'un œil, son cœur allait-il à nouveau lui jouer un mauvais tour? non!, le silence soudain se fit, et tous les regards se tournèrent vers celui qui maintenant arborait le sourire du chercheur qui enfin venait de trouver ce qu'il cherchait depuis si longtemps. mais nous l'avons trouvé cria-t-il, eureka! oui nous avons trouvé ce que nous cherchons et qui était devenu introuvable au pays du sel, le saulnois. oui mes compagnons ajouta-t-il, c'est bien ici qu'elle se trouvait la convivialite qui nous a tant fait défaut ces dernières années et dont nous voyons ici même les effets positifs. la joie illuminait les visages, des tonnes d'applaudissement couvraient maintenant ses paroles, on but un dernier verre, et on se dépêcha pour rentrer au bourg centre et ramener la bonne nouvelle, et avec elle la convivialite qui désormais allait devenir aussi la marque du saulnois ! du moins on se mit à le souhaiter et 1'espérer!</Page><Page Number="88">88 la vieille de nicolas dolisy la nuit était tombée sur l’étang de tarquimpol. il se tenait debout, face à l’étang. le vent lui traversait les cheveux. on aurait dit hugo en exil dans les îles anglo-normandes. la lune perçait le brouillard d’octobre. il se baissa pour se rincer les mains à l’onde noire et vaseuse. le sang se dissipa rapidement. il les avait tués. il ne pouvait faire autrement que les tuer. sachant qu’il n’avait que l’étang devant lui et qu’il fallait qu’il envisage de quitter les lieux rapidement, il se résolut à faire demi-tour et donc revenir sur ses pas. en sortant du village, il rejoignit la route principale qui menait vers dieuze. c’était cette période de l’année où les feuilles mortes commençaient à décorer les routes. il savait que c’était glauque et qu’il était déjà tard mais il tenta sa chance et se mit à faire de l’auto-stop. en voyant son imper jaune, le visage mal rasé, personne n’a daigné s’arrêter. il avait l’air d’un pêcheur, ou alors d’un psychopathe. il marcha alors jusqu’à dieuze et se coucha sur un banc vers cinq heures du matin non loin de la porte des salines. au petit matin, les passants, qui l’avaient reconnu bien qu’il était encore endormi, s’en éloignaient avec prestesse. tout le monde le connaissait dans le saulnois. jacques rabiaud, accusé du meurtre de jeanine guérin il y a 8 ans et dont on n’a jamais retrouvé le corps, était pour le républicain lorrain un individu vil et calculateur, froid et cynique, sadique et démoniaque. son avocat eugène martin parvint à obtenir une ultime révision du procès se soldant par sa remise en</Page><Page Number="89">89 liberté. les preuves, alors irréfutables au lendemain de la disparition de la mère guérin, étaient devenues, année après année, de plus en plus fragiles et controversées. rabiaud, personnage rustre et antipathique révulsait tous les habitants depuis l’affaire, et le fait qu’il fût en liberté terrorisait la population locale, qui n’avait pas manqué de manifester et de signer pétition sur pétition contre sa libération, car intimement convaincue de sa culpabilité. en se réveillant, la gueule pâteuse, rabiaud plongea immédiatement la main dans sa poche et en sortit un billet jauni. a la sortie du tribunal qui venait de l’innocenter, une vieille femme décharnée enveloppée dans un drap noir avait réussi à s’approcher de rabiaud pour lui tendre un morceau de papier sur lequel était écrit ce message « cette immortelle et morne entité terrestre invitait à l’errance. respirez, revivez enfin ! mon orage, nuisible et terrible, dévoilera l’ire de l’incommensurable erreur repentie ». il entra dans le café le plus proche, s’installa à une table, tandis que tous les clients fuyaient. il n’y prêta pas attention. il n’aimait pas les gens. il les détestait. il se fit servir un café, toujours vêtu de cet imper jaune, et tâcha d’y voir plus clair dans ce message. il comprenait que le message, qui venait de la vieille, parlait de l’affaire de la mère guérin. ses yeux s’écarquillèrent et il finit par se demander si cette femme dans le drap noir ne pouvait pas être la vieille guérin. puis, il revint à la raison. c’était parfaitement impossible. rabiaud était comme ça. antipathique et rationnel. la vieille guérin était morte. toute cette histoire était derrière lui. esquissant un rictus qui</Page><Page Number="90">90 terrorisa le tôlier du café qui le regardait du coin de l’œil, il marmonna « merci martin ! » le café resta désert toute la matinée. le gérant suait tellement qu’il dut changer plusieurs fois de chemise. on n’entendait que le bruit des verres qu’il rangeait et le son du téléviseur. rabiaud commanda quatre cafés en tout. a midi et demi les infos régionales ouvraient sur une inquiétante disparition, celle d’annick guérin et de ses deux enfants. annick guérin était l’épouse de paul guérin, chef de la brigade de gendarmerie d’albestroff. paul guérin n’était autre que le fils de jeanine guérin, la fameuse jeanine guérin. rabiaud leva la tête vers le téléviseur, fronça les sourcils, alors qu’au même moment le tôlier tomba dans les pommes. rabiaud souleva sa carcasse, se dirigea derrière le bar, laissa un billet pour ses consommations, et jeta un verre d’eau sur le visage du cafetier en lui disant : « c’est bon, j’me barre. » les journalistes avaient afflué vers la gendarmerie d’albestroff pour recueillir le témoignage de paul guérin. il avait eu la douleur de perdre sa mère dans des circonstances sordides. il se trouvait devant la brigade, complètement livide, en imaginant que sa femme et ses deux enfants aient pu subir le même sort que sa mère. il s’agissait bien maintenant de quelque chose de personnel. guérin avait immédiatement réagi à la libération de rabiaud en déclarant à la presse « vous remettez un meurtrier en liberté. » le préfet appela guérin en lui proposant soutien psychologique, surveillance permanente, et en essayant de le détourner professionnellement de cette affaire.</Page><Page Number="91">91 « guérin, vous êtes trop impliqué pour vous occuper de ça. - justement, je suis le mieux placé pour prendre l’affaire en charge. je dois retrouver annick et les enfants, avec l’uniforme ou non ! - guérin, vous risquez d’être le prochain sur sa liste. » la liste de qui ? tous les regards étaient tournés vers rabiaud. la dernière fois qu’il a été vu, c’était à dieuze. personne ne savait où il était passé. rabiaud avait pris la clef des champs. il s’installa un moment dans un bosquet, reprit le billet de la vieille. son pouce cachait le deuxième mot, ce qui lui donna l’idée de ne lire qu’un mot sur deux. cela ne voulait plus rien dire. a l’envers encore moins. il tenta alors de ne conserver que les premières lettres des mots. il parvint à « ciemetieàlerremonetdlidlier ». en enlevant quelques lettres, celles des conjonctions et articles il découvrit « cimetière montdidier ». montdidier, village haut perché non loin de bénestroff. il décida de s’y rendre. rabiaud était mu par son instinct, uniquement son instinct. il était bestial. evitant les axes routiers, il coupa à travers champs. alors qu’il arrivait près du cimetière de montdidier, une voiture de gendarmerie vint à passer. il prit aussitôt la fuite, par réflexe, mais fut rapidement rattrapé. projeté à terre avec une violence inouïe, il reconnut la voix de guérin, essoufflé mais jubilatoire : « j’te tiens salopard. où sont mes gosses et ma femme ?!, demanda-t-il, assénant un coup de poing à son ennemi juré. - j’en sais rien. » habitué au mutisme du gaillard, guérin s’attendait à cette réponse. il emmena l’énergumène à la brigade, sans en informer la</Page><Page Number="92">92 préfecture, de peur qu’on lui enlève rabiaud au vu des récentes décisions de justice. l’interrogatoire commença. « tu as déjà tué ma mère, fumier. - tu sais bien qu’non. j’ai été innocenté. - conneries ! où sont mes gamins et ma femme ? - aucune idée. - salaud ! dis-moi s’ils sont encore en vie ! - j’sais pas. j’vais pas inventer. » devant le cynisme de rabiaud, guérin entrait en transe. il avait envie de lui éclater la tête sur le sol. guérin appela les autres gendarmes en leur donnant pour consigne de cuisiner rabiaud. il s’éclipsa et prit sa voiture pour une énième ronde de recherche. guérin était croyant et allait à la messe tous les dimanches. en revenant de léning, avant d’entamer la longue descente vers albestroff, il jeta un œil au loin sur la collégiale de munster dont les deux flèches surplombaient les alentours. « j’espère que tout ira bien », se dit-il. l’adjudant-chef devenait complètement fou. saisi de spasmes, il était tantôt excité, tantôt lessivé. les événements devenaient trop lourds à gérer. de retour à la brigade, le suspect numéro un était toujours aussi stoïque et froid. les gendarmes avaient découvert du sang sur le bas de son imper. guérin devint euphorique. son rôle de gendarme supplantait complètement son rôle de père de famille, plus concentré sur le développement de l’enquête que sur l’intégrité physique des siens. il téléphona aux collègues de château-salins qui se mirent en route pour l’épauler dans la suite des procédures tout en</Page><Page Number="93">93 le mettant en garde quant à la dangerosité et la perfidie de l’individu suspecté. le brigadier se souvint alors des paroles du préfet. « guérin, vous risquez d’être le prochain sur la liste. » son regard croisa celui de jacques rabiaud. ce dernier maintint le regard. ses yeux devinrent petits, sa main se dirigea vers sa ceinture. ils étaient seuls dans la pièce. guérin savait qu’en un instant rabiaud pouvait exploser la fenêtre ou l’étrangler. il était à ce moment-là tétanisé. « t’as peur de moi, guérin ? - j’ai pas peur des assassins de ton genre. ce sang sur ton imper, c’est à qui ? - quoi que je te dise ça va me retomber dessus. donc je te dis rien. de toute façon, je te fais pas confiance. t’es pas un type sain. - moi, je suis pas un type sain ?! c’est toi la pire des crapules, et je compte bien te faire couper la tête avant qu’ils décident d’abolir la peine de mort. - c’est peut-être toi qui va avoir la tête coupée avant moi, guérin… tu la perds déjà. » après avoir prononcé ces mots, rabiaud esquissa le rictus qui le rendit célèbre dans toute la lorraine. les collègues castelsalinois n’étaient toujours pas arrivés. guérin se sentait piégé. sa fin était proche. rabiaud se leva et se dirigea vers la fenêtre. guérin attendait qu’il fasse quelque chose en sachant que la tétanie qu’il masquait l’empêchait de contrer le grand gaillard. une fois à la fenêtre, rabiaud leva son regard en direction de montdidier, en se disant que tôt ou tard rien ne l’empêcherait d’aller voir ce qui l’attendait au cimetière.</Page><Page Number="94">94 les collègues de château-salins, accompagnés des collègues de dieuze arrivèrent à la brigade. soulagé, guérin les accueillit. mais en voyant leurs visages fermés, il se figea. « adjudant-chef guérin, on a retrouvé votre femme et vos enfants, » déclara l’adjudant-chef dieuzois. guérin était pâle. « et ils sont en vie, » ajouta-t-il. « des habitants de munster les ont recueillis après qu’ils se sont extraits des liens solides qui les maintenaient ensemble. juste sous les cloches de la collégiale de munster où vous les avez ligotés. paul guérin, je vous arrête ». rabiaud sortit de la brigade les mains dans les poches, comme si rien ne s’était passé. il n’avait qu’une idée en tête : le cimetière de montdidier. il y entra, scrutant les tombes. rien de particulier. pas d’indice supplémentaire. le cimetière était propre, net, bien entretenu, un cimetière comme les autres. en sortant du cimetière, un vieillard le salua. « il est propre le cimetière hein ? c’est moi qui l’entretiens depuis 30 ans. - oui, il est propre, répondit rabiaud de façon laconique. - faudrait pas qu’il devienne comme l’ancien cimetière hein ?! - l’ancien cimetière ? - bah oui, l’ancien, là-bas en contrebas. » avant que le vieux n’en dise davantage, rabiaud se hâta vers l’ancien cimetière. les inscriptions sur les tombes étaient pour la</Page><Page Number="95">95 plupart illisibles. la forêt avait pris le dessus sur le cimetière. les pierres et les croix étaient penchées. c’était sombre, c’était sordide, c’était glauque. au fin fond de ce site, il y avait une sorte de crique. rabiaud s’y engouffra. il entendit un gémissement. l’animal devait être petit car on distinguait très difficilement son cri. en s’approchant davantage, complètement dans le noir cette fois, il tomba littéralement sur une masse, plus exactement un corps, un corps humain, vivant. il sortit ce corps qui gémissait de plus belle. a la lumière du jour le spectacle était horrible. c’était une vieille femme, épouvantable, vêtements en lambeaux, cheveux gris, complètement délavés, dévorés par les poux et les puces. ses yeux étaient devenus blancs translucides. elle était aveugle. elle n’avait plus de dents. c’était un animal décharné. en inspectant son gilet rabiaud vit un nom brodé en lettres violettes « jeanine guérin ». dans un mouvement de recul, l’impassible rabiaud fut épouvanté par ce zombie dont la simple vue pouvait hanter vos nuits pendant des mois. il continuait de reculer et tomba alors dans un trou, sur des planches de bois. c’était là le cercueil de la vieille. rabiaud emmena la vieille chez un habitant du village pour prévenir la gendarmerie. il quitta ensuite la région, estimant qu’il fermait ainsi un chapitre interminable de sa vie. tant d’années perdues. il continuait pourtant à se demander qui était la mystérieuse femme enveloppée d’un drap noir, et comment elle savait pour la vieille. le mystère demeure entier. la vieille ne répondait à aucune question. elle en était rendue au stade animal. son fils l’avait enterrée vivante, ou l’avait enterrée</Page><Page Number="96">96 pensant qu’elle était morte après lui avoir porté atteinte. personne ne sait. paul guérin restait mutique lors des interrogatoires, communiquant uniquement par des rictus qu’il avait fini par s’approprier et qu’il continuait de développer à loisir depuis le fond de sa cellule. la vieille avait dû se réveiller en étouffant dans son cercueil, avait dû gratter, et gratter, frapper, perdre ses ongles après avoir gratté pour finalement s’extraire de son cercueil et du peu de terre qui le recouvrait. elle se réfugia ensuite au fin fond de cette grotte où elle vécut en mangeant des asticots, des insectes, et en buvant l’eau de pluie, refusant de retourner à la lumière du jour, terrorisée par ce qu’elle avait vécue, peut-être folle depuis son calvaire dans le cercueil. aujourd’hui, on écrit même des histoires contant le destin tragique de la vieille. avant que rabiaud ne s’en aille, les gendarmes d’albestroff tinrent à lui poser une dernière question. pourquoi avait-il du sang sur son imper ? rabiaud répondit que depuis l’adolescence il menait une lutte acharnée contre les renards qui décimaient le poulailler chez ses parents et qu’à chaque fois qu’il croisait un renard s’approcher d’un poulailler il faisait tout son possible pour le tuer. c’était une pulsion, c’était plus fort que lui. ce jour d’octobre à tarquimpol, il en avait tué deux. il savait que les tuer n’était pas une nécessité mais se disait que finalement personne n’était parfait.</Page><Page Number="97">97 le trésor convoité du saulnois d’elisa valance la légende veut que dans le saulnois, un trésor gallo-romain composé de pièces d'or et d'argent ait été enfoui. caché à la veille d'une bataille, il est maintenant considéré comme perdu à jamais, après la défaite de son possesseur. depuis bien longtemps, de nombreuses personnes se sont donné pour but de retrouver ce trésor. pour l'instant, aucune n'y est parvenue. récemment, certains chercheurs ont été retrouvés morts… le matin du dix-neuf avril, le docteur auguste duval avait été appelé par la gendarmerie de vic-sur-seille pour constater un décès. une sœur carmélite était décédée au couvent. c'était toujours lui qui était appelé afin de constater la mort d'une personne car il était le seul médecin des environs à avoir une spécialisation en tant que médecin légiste. il aidait aussi les gendarmes à résoudre les enquêtes. lorsqu'il arriva sur le lieu du décès, le docteur duval fut tout de suite frappé par la similitude de la scène qu'il avait sous les yeux avec celle d'une affaire de meurtre qui avait eu lieu un mois auparavant. l'autre affaire de meurtre s'était déroulée dans la synagogue de delme. le rabbin avait été retrouvé dans son bureau. on l'avait étranglé. de même, la sœur elisabeth était étendue sur le sol de la bibliothèque du couvent. on pouvait distinguer une marque très nette autour</Page><Page Number="98">98 de son cour. le cou du rabbin présentait cette même marque, preuve que les victimes avaient été asphyxiées à l'aide d'une corde. de plus, la bibliothèque ainsi que le bureau du rabbin avaient été saccagés. tous les ouvrages qui auraient dû se trouver sur des étagères gisaient à même le sol. les pièces avaient été dévastées méthodiquement. visiblement, la personne qui avait détruit ces rayonnages cherchait quelque chose de précis. le docteur duval s'approcha du cadavre de la sœur pour l'examiner. la rigidité cadavérique ainsi que la température de son corps indiquaient qu'elle était décédée la veille au soir. ne trouvant aucun autre indice sur la dépouille, il décida d'examiner plus en détails les papiers éparpillés sur le bureau. parmi les livres ouverts, il trouva un carnet. celui-ci était posé bien en évidence, au-dessus des autres ouvrages. le docteur le prit dans ses mains et constata que plusieurs pages avaient été arrachées. les pages manquantes étaient les dernières écrites. monsieur duval se souvint que sur le bureau du rabbin il avait aussi trouvé un livre auquel il manquait plusieurs pages. il s'agissait du journal de bord du rabbin, dans lequel il écrivait ses découvertes à propos d'un trésor gallo-romain. lorsqu'il ouvrit le carnet de la sœur elisabeth, le médecin se rendit compte qu'elle y inscrivait aussi des informations à propos d'un trésor enfoui dans le saulnois. il avait peut-être trouvé le mobile de ces deux meurtres. il s'agissait donc d'un tueur en série. le docteur duval alla ensuite interroger les autres sœurs qui avaient</Page><Page Number="99">99 toutes été regroupées dans le réfectoire du couvent. les religieuses lui confirmèrent que sœur elisabeth passait tout son temps libre à chercher des informations sur un trésor gallo-romain qui aurait été enfoui dans la région. personne ne la prenait au sérieux dans la communauté mais depuis deux semaines, elle n'arrêtait pas de répéter qu'elle était près du but. une sœur donna une information précieuse au docteur. elisabeth se rendait une fois par mois à une réunion où plusieurs chercheurs faisaient état de l'avancé de leurs recherches à propos du trésor. le médecin devrait rencontrer tous les participants. ainsi, il pourrait peut-être trouver de nouvelles informations permettant d'élucider ces deux crimes. chaque premier samedi du mois, les personnes qui s'étaient donné pour mission de retrouver le trésor caché dans le saulnois se réunissaient dans la chapelle des templiers de gélucourt. la petite assemblée était composée de l'instituteur de marsal, du secrétaire de mairie de gélucourt, d'un ingénieur des salines royales de dieuze, du gardien du château de bidestroff ainsi que de la regrettée sœur elisabeth du couvent de vic-sur-seille. monsieur duval connaissait bien monsieur jacques lagrange, l'instituteur de marsal. en effet, ils avaient été dans la même classe à l'école primaire. il décida donc de lui rendre visite. lorsqu'il arriva devant la maison de son ami, monsieur duval fut tout de suite accueilli par sa femme. elle l'invita à entrer et lui</Page><Page Number="100">100 prépara une tasse de café. monsieur lagrange lisait le journal dans le salon. dès qu'il vit son vieil ami, il le prit dans ses bras et demanda de ses nouvelles. après plusieurs minutes à parler de leur situation familiale et professionnelle ainsi que du bon vieux temps où ils étaient enfants, auguste annonça à son ami la raison de sa visite. celui-ci parut très affecté par la disparition de la sœur elisabeth. en effet, elle faisait partie des personnes qui s'impliquaient le plus au sein de leur groupe de recherche. le docteur duval fit part de ses découvertes à son ami. il lui demanda s'il croyait possible qu'un tueur en série veuille éliminer ses concurrents dans la chasse au trésor. il trouva cette idée totalement improbable. en effet, il connaissait personnellement toutes les personnes qui s'intéressaient au trésor et il les croyait incapables de commettre de telles horreurs. le médecin remercia son ami pour son aide qui lui était précieuse. il lui recommanda de rester prudent et de l'avertir au plus vite s'il apprenait de nouvelles choses à ce sujet. son camarade acquiesça et lui proposa d'assister à une de leur réunion mensuelle. la prochaine devait justement avoir lieu une semaine plus tard. il accepta et le remercia à nouveau avant de s'en aller. cela faisait une semaine que le docteur duval avait rendu visite à jacques lagrange. le rassemblement à propos du trésor devait avoir lieu aujourd'hui. aucun autre cadavre n'avait été retrouvé depuis la mort de la religieuse, et</Page><Page Number="101">101 l'enquête du médecin ainsi que celle de la gendarmerie piétinaient. monsieur duval arriva le premier à la chapelle des templiers de gélucourt. la réunion qui devait commencer à quatorze heures et il n'était que treize heures trente. il était délibérément arrivé en avance pour avoir l'occasion de s'entretenir avec chacun des chercheurs. la seconde personne qui arriva fut son ami monsieur lagrange. ils se saluèrent chaleureusement puis l'instituteur lui demanda si l'enquête avançait. le médecin lui annonça qu'il n'avait pas beaucoup de pistes mais il espérait que le rassemblement d'aujourd'hui lui apporterait des réponses à ses questions. ensuite, ce fut le secrétaire de gélucourt qui arriva. monsieur duval se présenta et lui expliqua la raison de sa présence. l'homme était au courant des deux meurtres. il en avait été informé par la presse. il paraissait très triste de la disparition de ses deux collègues. malheureusement il ne put donner de nouvelles informations au médecin. il patienta encore quelques minutes puis l'ingénieur des salines royales arriva. le docteur duval se présenta à nouveau. il discuta avec cet homme. il lui apprit la mort du rabbin de delme ainsi que celle de la sœur elisabeth. l'ingénieur parut attristé par le décès de la sœur cependant, il ne montra aucune émotion à l'annonce du décès du rabbin. il expliqua au docteur que celui-ci n'avait jamais voulu partager ses recherches avec le groupe, malgré les nombreuses demandes des membres pour qu'il intègre la petite assemblée. il décrivit</Page><Page Number="102">102 le rabbin comme un homme égoïste qui refusait d'aider les autres chercheurs. en effet, il souhaitait trouver le trésor en premier et tout seul pour ne pas avoir à le partager. de plus l'ingénieur raconta à monsieur duval que le rabbin narguait les chasseurs du trésor en leur disant qu'il avait assez d'informations pour localiser le coffret rempli de pièces. l'ingénieur conclut en faisant remarquer au médecin que la disparition du rabbin était plutôt une bonne chose car il ne risquait plus de trouver le trésor avant eux. monsieur duval fut choqué par ces propos. comment pouvait-il parler de cette façon ? a moins que ce ne fut le meurtrier. il commençait à avoir des doutes sur l'honnêteté de cet ingénieur des salines. peu de temps après le gardien du château de bidestroff arriva. il était le dernier. il fut bouleversé aussi bien par l'annonce de la mort de la religieuse que par celle de la mort du rabbin. il ne put donner de nouvelles informations au docteur. c'était monsieur lagrange, l'ami de monsieur duval, qui présidait l'assemblée. il commença la réunion par une minute de silence destinée au rabbin et à elisabeth. puis, les participants échangèrent leurs nouvelles informations. les nouvelles pistes n'étaient pas nombreuses et les chercheurs semblaient un peu démoralisés. a la fin de la réunion, chacun rentra chez soi. le lendemain, monsieur duval désespérait de trouver le coupable de ces deux crimes. il avait bien un doute sur l'innocence de l'ingénieur des salines royales, mais il n'avait</Page><Page Number="103">103 aucune preuve de son éventuelle culpabilité. il fut tiré de sa réflexion par un gendarme qui frappait à sa porte. il se hâta d'aller ouvrir. celui-ci l'informa de la disparition d'un autre chercheur du trésor gallo-romain. il s'agissait du secrétaire de mairie de gélucourt. il n'était pas rentré chez lui après la réunion de la veille et sa femme ne l'avait pas revu depuis. c'est pourquoi elle avait décidé de prévenir la gendarmerie car il n'était pas dans ses habitudes de disparaître sans donner de nouvelles. le docteur duval partit tout de suite de chez lui pour aller au domicile du secrétaire. sa femme l'accueillit. elle était effondrée par la disparition de son mari. elle sanglotait et avait du mal à s'exprimer. elle accepta que le médecin accède au bureau de son conjoint pour qu'il y cherche des indices. les bibliothèques étaient intactes. la pièce était parfaitement bien rangée. cela ne ressemblait pas aux deux affaires précédentes. il chercha un carnet de notes où le secrétaire aurait pu noter ses découvertes mais il n'en trouva pas. soit l'homme qui cherchait à éliminer ses rivaux avait tout de suite trouvé ce qu'il voulait, soit il n'était pas venu ici. il fallait absolument retrouver le secrétaire avant qu'il ne se fasse assassiner à cause de ses découvertes. monsieur duval retourna parler avec son épouse. il lui demanda de le prévenir le plus vite possible si elle avait des nouvelles de son mari puis il partit. il alla voir son ami monsieur lagrange pour lui faire part de cet événement. il lui demanda s'il avait des renseignements à propos du secrétaire mais l'instituteur n'en</Page><Page Number="104">104 avait pas. cependant, monsieur lagrange lui avait parlé à la fin de la réunion. il lui avait indiqué qu'il comptait rendre visite à un autre chercheur du trésor qui ne voulait pas participer aux assemblées. mais il n'avait pas précisé ni l'identité de cet inconnu, ni où il habitait. monsieur duval connaissait une dernière personne qui s'intéressait au trésor. il s'agissait d'un père et professeur d'histoire qui travaillait au pensionnat de burthécourt. le médecin et son ami décidèrent de s'y rendre sur le champ. avec un peu de chance, ils pourraient retrouver quelqu'un qui aurait vu le secrétaire. lorsqu'ils arrivèrent au pensionnat, les deux amis se présentèrent au frère de garde. il n'avait pas entendu parler du secrétaire de mairie de gélucourt, mais il les autorisa à rendre visite au professeur d'histoire. il occupait une petite chambre au fond d'un long couloir. les deux hommes entendirent une dispute qui provenait de cette pièce. puis plus rien. ils frappèrent à la porte de la chambre mais n'eurent aucune réponse. ils entrèrent et tombèrent nez à nez avec le secrétaire de mairie de gélucourt. il tenait un carnet dans ses mains auquel il tentait d'arracher une dizaine de pages. il arrêta instantanément lorsqu'il vit les deux hommes. derrières lui, le père était assis sur une chaise, de dos. lorsque monsieur duval s'approcha de lui, il remarqua que l'homme ne bougeait plus. autour du cou, il portait une marque très nette de strangulation. a ce moment, le</Page><Page Number="105">105 secrétaire tenta de s'enfuir en courant, mais monsieur lagrange lui barra le passage et le repoussa. les deux hommes appelèrent ensuite la gendarmerie pour qu'on vienne arrêter cet homme. il n'essaya même pas de se disculper. il ne cessait de répéter que c'était idiot de s'être fait attrapé si près du but. la gendarmerie arriva et embarqua le suspect. durant l'interrogatoire, il avoua avoir assassiné le rabbin de delme, la sœur elisabeth, ainsi que le père, professeur d'histoire. il voulait éliminer ses concurrents dans la chasse au trésor. lors de son procès, il fut reconnu coupable et le juge lui imposa un peine de prison à perpétuité. monsieur duval retrouva toutes les informations que le secrétaire de mairie de gélucourt avait volées à ses concurrents. il décida de brûler tous ces papiers car ils auraient apporté de nouveaux conflits. les membres du groupe de recherche du trésor se séparèrent puis progressivement ils arrêtèrent la chasse au trésor du fait du manque d'indices à ce sujet. a ce jour, le trésor gallo-romain enfoui dans le saulnois n'a toujours pas été trouvé mais la légende persiste encore. pourtant, avant de détruire les documents, monsieur duval avait lu que bassing était mentionné…</Page><Page Number="106">106 les inconnues de lindre basse de jean-luc lexa c'est un lundi matin ordinaire. les lundis le site ouvre entre 8 et 9 heures. les responsables sont allés au bureau du chef y prendre les ordres, pendant ce temps les ouvriers échangent les souvenirs du week-end autour des bassins aux poissons. les reflets .dorés du soleil sur l'eau des bassins laissent augurer une agréable journée ensoleillée. au retour les chefs distribuent les ordres et les ouvriers perçoivent les outillages et le matériel indispensable. une équipe nettoiera le long de la digue et les arbres, l'autre, celle de pascal l., ira dans le bois nettoyer les chemins jusqu'à la cabane aux oiseaux. tout à l'heure les visiteurs emprunteront en masse le parcours qui les amènera jusqu'à la cabane observatoire aux oiseaux. l'équipe a pour tâche de débarrasser les restes abandonnés par les touristes du week-end. la composition de cette petite équipe comprend deux femmes, alexandra et sonia, et à elles s'ajoutent cinq hommes. pascal le chef, jean le plus âgé, fabrice dit le bombé -surnom qu'il aurait tiré du film la soupe au chou, fred et ludovic le plus jeune. l'équipe est bien rodée, chacun sachant ce qu'il doit faire. jean ouvre la marche, poussant la brouette qui sert à collecter les déchets à enlever. derrière lui, à une vingtaine de mètres, fred, munit d'une pince et d'un sac poubelle. au centre, les deux femmes pareillement équipées et en arrière sur les côtés fabrice et ludovic qui contrôlent les sous-bois, où</Page><Page Number="107">107 l'on voit hélas que des détritus y sont jetés. pascal reste en arrière, il contrôle tout son monde du coin de l'œil. il fait très beau, les rayons du soleil trouent les feuillages qui bordent le chemin. à 200 mètres de la cabane, le chemin sort du bois, il déboule sur un carré d'herbe d'une cinquantaine d'ares. jean, qui avance seul en tête, aperçoit une forme étendue dans l'herbe. il s'approche encore et en apercevant des cheveux blonds, il n'a plus aucun doute, ça n'est pas un rêve. à ce moment, il ignore encore à qui sont ces cheveux, et qu'est-ce que cette personne fait là. il crie à fred qui marche en retrait : « il y a quelqu'un couché dans l'herbe, juste devant moi, à une cinquantaine de mètres. tu vois la même chose que moi ou je rêve?». fred, qui ne regardait pas dans cette direction, s'approche alors de jean et confirme : « oui tu as raison, il y a quelqu'un d'allongé dans l'herbe. vu les long cheveux blond, je pense, enfin j'espère, que c'est une nana qui se fait bronzer ». les deux hommes s'approchent de la forme étendue; pas de doute, c'est bien une femme nue couchée sur le ventre. jean remonte alors le chemin et annonce à tous ce qu'il y a dans l'herbe. aux questions qu'on lui pose il répond qu'il y a une fille à poil couchée dans l'herbe, ce qui provoque aussitôt l'hilarité des deux femmes qui soupçonnent une plaisanterie. il est vrai que jean plaisante souvent, ce qui le rend</Page><Page Number="108">108 bien peu crédible en cet instant. i1continue son chemin jusque devant pascal, et lui raconte le même discours. le chef lui est impressionné par le sérieux avec lequel jean lui a fait son rapport. ils accélèrent le pas quand soudain pascal aperçoit la forme aux pieds de fred. il s'approche rapidement, il en a le sifflet coupé. dans un premier temps, il reste dubitatif sur la suite à donner à l'événement. il appelle le chef du site et lui annonce la découverte de son équipe, il demande quoi faire et quelles sont les mesures adéquates, à prendre rapidement avant l'arrivée du public. le responsable décide de fermer les ports d'accès jusqu'à ce que les gendarmes de dieuze soient sur place, ça sera à eux d'accorder ou non l'ouverture aux visiteurs. pendant ce laps de temps, sonia, secouriste et curieuse de nature, s'est approchée de la jeune blonde pour vérifier son pouls tout d'abord, regarder ses pupilles et enfin essayer de trouver un souffle de vie. en constatant l'absence de respiration, elle se recule vivement, et arrive à lancer un bref « elle est morte » avant de vomir son petit déjeuner. pascal, toujours en communication téléphonique avec le patron du site qui répète ce qui vient de se passer, et reçoit les consignes appropriées. il expédie ludovic et le bombé fermer le portail d'accès et les autres resteront le long du chemin jusqu'à l'arrivée des forces de l'ordre. ça a été rapide, les gendarmes arrivent 20 min plus tard, et ludovic les guident jusqu'au lieu de la découverte. pendant ce temps, le bombé referme derrière eux et garde seul l'accès. à quelques dizaine de mètres sur sa droite, il y a de nombreuses cigognes. il y a des cigogneaux dans les nids, et seule la quête de</Page><Page Number="109">109 nourriture les intéressent. ce que font les hommes par ici ne les préoccupent nullement. le responsable du site arrive, accompagné par le chef des gendarmes de dieuze. ils rejoignent les premiers enquêteurs déjà à pied d'œuvre. les photos d'usages prises rapidement, ce sont les questions qui pleuvent sur les ouvriers ayant découvert la fille en premier. cela fait, les ouvriers reçoivent l'ordre de rentrer au vestiaire et de ne pas en sortir jusqu'à nouvel ordre. en sortant du bois, intrigués par l'arrivée des voitures de gendarmes, les ouvriers de l'autre équipe sont eux aussi venus aux nouvelles. en peu de temps, le principe du téléphone arabe aidant, chacun en sait autant que s’il avait été présent sur les lieux. a leur tour, les portables de chacun des équipiers informent leurs familles sur le secret qui n'en est déjà plus un. jean explique que d'après lui, c'est une « belle nénette, de 20 à 23 ans maximum, de longs cheveux blonds bouclés, un corps de rêve, vraiment très bien fait, des jambes fuselées très bien proportionnées, des seins comme deux grosses boules, de la taille de mes mains ! un visage beau, un trait régulier et fin, une peau superbe et parfaitement bronzée ! des mains soignées, des petits pieds manucurés, les fesses superbement galbées !».il finit par dire que c'était la plus belle femme qui lui était donné de voir de toute son existence. personne ne sait qui elle est, la jeune femme n'ayant ni vêtements ni bijoux; l'hypothèse du vol est avancé. les gendarmes de leur côté recherchent des traces au sol. comment était-elle venue jusqu'ici? qui est-elle ? le médecin légiste de metz examine à présent le corps in-situ. les enquêteurs, qui ne savent pas à</Page><Page Number="110">110 quel saint se vouer, comptent beaucoup sur lui pour leur donner des indices. la cause de la mort reste pour l'instant un mystère, car il n'y a aucune trace suspecte sur le corps. ne restent que des questions sans réponses. le fait de l'avoir découvert complètement dévêtue, loin de toute route, est déjà très suspect en soit. a la réflexion faite, même un veau trouverait ça louche. on s'oriente alors vers une piste criminelle. d'après les premières constatations, on suppose que la fille a été disposée ici par un ou plusieurs individus. ceux qui lui ont ôtés ces vêtements ont sans doute voulu brouiller les pistes. les enquêteurs n'ont pas grand-chose à se mettre sous la dent. en un mot comme en cent, l'enquête à peine commencée est déjà au point mort, et ceci jusqu'aux plus amples renseignements. tout repose sur le légiste, qui fait transporter le corps jusqu'à metz. les gendarmes s'activent du mieux qu'ils peuvent, mais à l'impossible nul n'est tenu. a défaut d'autre chose, on cherche des traces dans les bois et autour de la cabane aux oiseaux ; c'est à cet instant que la chance arrive (il en faut bien un peu de temps en temps). des ouvriers pisciculteurs du site de lindre basse, max et tom, viennent se plaindre au chef du site de la disparition d'une de leur barque. celui-ci se tient non loin de là avec la gendarmerie, non loin de remplacement où fût découvert le corps sans vie. « ça s'est passé samedi ou dimanche, et c'était la meilleure que nous avions, dit en riant le chef du site aux gendarmes. pendant que vous</Page><Page Number="111">111 êtes ici, vous ne voulez pas faire une enquête pour retrouver notre barque ? ». un gendarme dit que c'était peut-être sur une barque que le corps est arrivé ; enfin un probable début de piste. quelques gendarmes suivent les deux pisciculteurs jusqu'au point d'ancrage de la barque manquante. l'étang de lindre-basse compte 27 kilomètres de berges tortueuses, tous les gendarmes du département n'y suffiraient pas pour inspecter les bords couverts de roseaux. il est évident qu'il faudrait du monde, beaucoup de monde, et rapidement. depuis le départ du 13erdp de dieuze, il y a, en lieu et place, un centre de formation militaire, la cfmi, dix minutes de lindre basse. les gendarmes obtiennent du sous-préfet de château-salins l'autorisation de demander l'aide des militaires. le chef de corps accepte sans traîner et dirige aussitôt 200 hommes en direction de l'étang, ainsi qu'un convoi de véhicules contenant des canots à moteur et des ensembles aidant au franchissement de cours d'eau. les ouvriers du site accompagnent les recherches, puisque ce sont les seuls qui connaissent parfaitement les contours de l'immense étang. les pisciculteurs accompagnent les recherches sur les canots, les autres sont les guides au sol. les camions de militaires déposeront les groupes et chaque équipe et se scindera en deux, marchant dans deux sens opposés, chacune des équipes ayant à sa tête un ouvrier du site connaissant la topographie de l'étang. on recherche la barque verte et toutes traces de passages humains. le vert est un bon camouflage dans ce milieu, ce qui ne facilite pas la tâche des enquêteurs. les roseaux empêchent ceux qui</Page><Page Number="112">112 évoluent sur les canots de voir les bords de l'étang. la berge reste inaccessible aux canots. pour les hommes à terre, la tâche n'est pas plus aisée, et il faut se mouiller les pieds si pour y voir de plus prêt. la journée passe et les recherches n'aboutissent qu'à des laconiques «ras » jusqu'à 18h. un groupe découvre une barque verte sous les roseaux et les branchages, juste le long de la berge, dans un trou naturel. il y a aussitôt convergence des canots sur le lieu de la découverte. les gendarmes arrivés sur les lieux photographient amplement la barque de tout côté avant que son camouflage ne lui soit retiré. le camouflage végétal est enlevé par les gendarmes, qui découvrent contre toute attente une femme, dont l'unique vêtement se résume à un soutien-gorge et des bas noirs mi-cuisse, gisant au fond de la barque verte. cette femme-ci est brune avec de longs cheveux, elle porte des boucles d'oreilles, deux gros anneaux en or, et une bague sur trois doigts de la main gauche. son bas-ventre est rasé, elle a les yeux en amande. au bras gauche, elle porte une jolie montre en or qu'un des gendarmes examine, au cas où celle-ci aurait enregistré l'heure du crime suite à un choc, comme dans un film ; il n'en fût rien. elle porte autour de son cou un superbe collier lui aussi en or. tous pensaient que la découverte de la barque répondrait aux questions ; elle ne fait qu'en soulever d'autres, et le mystère ne fait que s'épaissir d'avantage. on avertit le sous-préfet et le légiste de cette nouvelle déplaisante à souhait. un ouvrier pense « heureusement que sous les képis, les cheveux sont rasés, sans quoi les gendarmes s'arracheraient les tifs ». les découvertes de la journée laissent tout le monde perplexe; deux femmes très belles, dévêtues, retrouvées mortes</Page><Page Number="113">113 à deux endroits différents. les bijoux présents sur le corps de la seconde femme éliminent la piste du voleur. ici encore, il faudra s'en remettre à la science et seul le légiste pourra apporter quelques réponses aux enquêteurs qui pour le moment pédalent dans la semoule. le légiste en route pour lindre-basse, on tire la barque jusqu'à son emplacement d'encrage. ce dernier arrive après 20h, et se met aussitôt à pied d'œuvre. le professionnel fait les premiers relevés sur le corps, qui est aussitôt déposé sur une civière qu'on charge dans une ambulance jusqu'à l'institut médico-légal de metz. le lendemain matin, le site met ses activités au point mort, à l'exception de la nourriture pour les cigognes et les poissons des bassins. l'enquête se poursuit et on dénote la présence d'fr3 et de tele mirabelle canal 23 sur les lieux. un appel à témoin est en cours de réalisation. le républicain lorrain a déjà fait paraître un article en première page dans l'édition du matin. on espère que les familles se manifesteront avec les photos des visages des victimes. les enquêteurs continuent de chercher des traces de passages autour de l'étang, qui constitue 27km de rives tortueuses, dont les deux tiers se trouvent du côté de tarquimpol, guermange et assenoncourt, où des équipes font des recherches. il n'y a toujours aucune piste sérieuse. après une nuit de travail, le légiste a pu déterminer la mort des jeunes femmes comme étant un empoisonnement médicamenteux. le médicament en question serait un antidiabétique, largement détourné comme coupe faim à des patients voulant perdre du poids ou garder la ligne. c'était sans doute le cas des deux jeunes femmes, qui reposent maintenant à</Page><Page Number="114">114 la morgue. une autre question se pose alors; si la mort n'est pas d'origine criminelle. pourquoi cette mise en scène et surtout, qui sont les victimes ? les enquêteurs ont la satisfaction de découvrir une multitude d'oiseau dans leur habitat naturel, ce qui, à défaut d'autre chose, est toujours valorisant. des nouvelles du légiste les sortent de leur contemplation; les adn des jeunes femmes montrent qu'elles seraient originaires d'europe de l'est. une nouvelle hypothèse peut alors faire son apparition ; a-t-on affaire à un réseau de prostitution des filles de l'est? mais un contact à l'office central de la répression de la traite des êtres humains de paris a une autre hypothèse; elles seraient escortes-girls. les jeunes femmes ont dû se voir prescrire ces médicaments afin de garder un corps de rêve, et cela leur a été fatal. on suppose sur le site que ceux qui ont déposé le corps de la première victime sont venus en véhicule 4x4. ils ont empruntés un chemin qui mène à un cul de sac, ce qui expliquerait pourquoi le deuxième corps fût déposé dans la barque; ils ne devaient pas connaître la topographie de l'étang. sur le site, on se pose beaucoup de questions, sans avoir de réponses. les médias s'emparent de l'affaire des inconnues de lindre-basse. cela passe au jt, sur toutes les chaînes télé, et le préfet de moselle aimerait que l'affaire se règle vite, très vite. aussi, on décide à metz de confier la direction de l'enquête à un commissaire de police originaire de bénestroff. son père était cheminot en gare de bénestroff, et il a donc étudié à l'école communale jusqu'à ce que son</Page><Page Number="115">115 père soit muté à metz. le commissaire henri ledur le bien nommé, 56 ans, a exercé son métier à paris pendant 25 ans avant de rejoindre metz voilà 3 ans. il est spécialiste dans les méthodes utilisées par les proxénètes modernes. il est vrai que paris est à tout seigneur tout honneur la première virée par toutes sortes de bandes organisées. pour le milieu, paris est une région pilote, on y tente les crapuleries avant de délocaliser vers le reste du pays. ledur le bien nommé a donc reçu la mission de dépatouiller cette affaire qui empêche monsieur le préfet de dormir. ledur étudie le maigre dossier glissé dans sa pochette, qui constitue tout ce qui est connu pour le moment sur cette énigme. il part directement chez le légiste espérant y trouver des renseignements inédits. il pose des questions précises et exige en retour des réponses précises. il prend congé, rentre chez lui préparer sa valise et roule jusqu'à la gendarmerie de dieuze. on le renseigne alors sur le travail fait par les enquêteurs, et avant le l'emmener sur le lieu de l'enquête, les gendarmes lui conseille un gîte rural, celui de guebling, à 6km de dieuze, pour y déposer ses affaires. ledur téléphone aussitôt à la propriétaire et s'entend avec elle pour réserver une chambre. il monte dans son auto et prend la nationale 22 en direction de bénestroff. il y a 45 ans maintenant qu'il n'a plus prit cette route, et cela fait longtemps qu'il n'a plus vu le nom de bénestroff, sa chère commune, et cela lui pince le cœur. que de souvenirs d'enfance lui remontait maintenant du plus profond de sa mémoire. il roule jusqu'au sommet de la côte qui surplombe le village de bénestroff qu'il voit tout entier. soudain, il se demande si le village n'a pas trop changé en fin de compte. il arrive au carrefour et tourne sur la gauche; à l'entrée, la</Page><Page Number="116">116 plaque n'est plus la même que jadis. il est perdu entre les songes et la réalité qu'il a devant les yeux. au stop de la boucherie dorr, celle-ci n'est plus la même aujourd'hui. les grilles de l'école jusqu'à la place de l'église et la grand rue de sa jeunesse, tout ça lui fait mal tout à coup. il reçoit le coup de grâce en voyant ce qu'est devenue la cité sncf, où résidaient jadis ses parents. il a souvent pensé à son retour à bénestroff, et il avait préparé à la manière du maréchal joffre une phrase du genre ; « j'avais laissé ici il y a 45ans une partie de mon cœur, je suis venu l'y retrouver », mais ce n'est pas ce sentiment qui prévaut en lui. il aurait préféré ne jamais revenir et garder les agréables souvenirs de sa jeunesse. il prend la direction de guébling. une fois sur place, il s'entretient avec l'hôtesse afin de définir les points importants ; il y a une chambre située plein sud dans un cadre campagnard. il s'installe rapidement en saluant laconiquement ceux qui à présent seront des rivaux à l'heure des repas. il colle son assiette contre la cocotte comme les autres et attend que l'hôtesse soulève le couvercle. un gros coq un vin est alors visible, l'atmosphère se détend aussitôt. ledur dévore le contenu de son assiette comme si sa vie en dépendait, et avale de la même sorte le dessert, tarte aux pommes et café. l'après-midi, il ira à château-salins pour y rencontrer le capitaine de gendarmerie. l'officier le reçoit dans son bureau, où sur un mur se trouve une gigantesque carte du saulnois. sur un tableau est fixé une carte de l'étang de linde-basse, et des punaises de couleur matérialisent les emplacements importants de l'enquête en cours. ledur écoute le compte rendu du capitaine sur son enquête. il le crible de questions, et</Page><Page Number="117">117 se rend bien compte que l'officier n'en sait pas d'avantage que le rapport. le capitaine l'accompagne à lindre-basse afin de lui présenter les enquêteurs, toujours à la recherche d'indices. ledur les questionne en prenant des notes. après avoir vu le premier emplacement, il veut aller sur le second. ils prennent alors la route jusqu'à guermange, et le reste se fait à pied. il fait beau et ce n'est qu'une agréable balade autour d'un étang piscicole. en levant la tête, ledur aperçoit dans le ciel des hirondelles et quantités d'oiseaux dont on a du mal à déterminer l'espèce à cette distance. rendu sur le lieu, il redevient un professionnel expérimenté au flair infaillible qu'on lui reconnaît. il regarde le lieu avec insistance et il le photographie mentalement. il se retourne à 180 et regarde le terrain en cherchant pourquoi ici et pas ailleurs. il voudrait l'avis des pisciculteurs et savoir combien d'hommes sont nécessaires pour sortir une barque de l'eau avec un corps à l'intérieur. pour cela, il faudra faire une reconstitution. c'est la partie technique qui détaillera les pistes probables et qui éliminera aussi les autres jugées trop impossibles. ledur rentre à lindre-basse pour voir les deux pisciculteurs qui s'étaient fait voler leur barque, max et tom. il pose des questions sur les capacités de l'embarcation mais leurs connaissances ont des limites et c'est julien, le chef des pisciculteurs, qui apporte les complètements d'information. c'est un vrai pro en la matière. i1 propose d'utiliser un mannequin ayant les proportions de la victime et d'y ajouter un poids à l'identique. enfin, deux de ses hommes prendront place dans la barque avec chacun une rame. finalement, on ignore pourquoi la barque est</Page><Page Number="118">118 utilisée et pourquoi à cet endroit précis elle est sortie de l'eau. son camouflage en revanche pose un souci aux enquêteurs. l'entretien du tour de l'étang nécessite l'abattage de nombreux arbres qui sont considérés comme gênants pour les cultures par les agriculteurs riverains. il est ainsi facile de ramasser les restes des travaux de bûcheronnage de l'hiver passé. on tente la sortie de la barque et son camouflage ainsi que le temps nécessaire à chaque opération. il est 17h et ledur rentre au gîte. a la sortie de sa douche, une odeur de lapin lui monte aux narines; le souper est prêt. le ventre bien plein, il monte dans sa chambre, allume la télé et tombe sur les informations régionales sur fr3, traitant de l'enquête en cours, déterminée de stagnante. il est piqué au vif. il veut rencontrer les chasseurs, et tous ceux qui pourraient faire avancer l'enquête en lui apportant des renseignements utiles. avant de dormir, il regarde un film policier. a 6h du matin, au chant du coq de la basse-cour, le commissaire émerge, et met quelques instants à se souvenir où il est. après sa toilette et le petit déjeuner, il repart poursuivre son enquête. il enfile sa tenue civile qui lui garantit la discrétion pour essayer d'avoir des informations qui auraient échappé aux gendarmes, du fait de l'aversion à l'uniforme de certains, comme les turfistes. il achète le journal hippique au bureau du loto non loin du pmu de dieuze, là où il compte enquêter. il s'y installe de manière à voir les entrées et les sorties, ainsi que les trois sorties du bar. il commande un café au patron derrière le bar. il est trop tôt pour les turfistes, et il ne croise que des ouvriers venus prendre un café avant le chantier, et ça ne l'intéresse pas. il lui faut des</Page><Page Number="119">119 autochtones qui connaissent le lindre. le commissaire ledur ouvre son journal pour étudier consciencieusement le quinté du jour. le temps passant, les clients sortent et sont remplacés par des turfistes retraités, ce qu'il recherche. il voit par-dessus ses lunettes que ces derniers s'intéressent au nouveau venu qu'il est. rien de tel pour faire connaissance que de demander à des spécialistes de quinté leur avis. en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, il est l'un d'eux. il fait ses jeux en tenant compte des observations de ses nouveaux amis. il commence alors à poser des questions indiscrètes, comme de savoir où acheter du poisson dans les environs. « il y avait bien lindre-basse, mais avec l'affaire des femmes qu'ils ont retrouvées mortes, je ne sais pas si c'est ouvert ». d'autres turfistes rentrent dans la conversation. un en particulier pourrait très bien le renseigner. ledur apprend vite que c'est son beau-frère qui travaille sur le site et qui le renseigne aussitôt qu'il y a une nouveauté. « on peut acheter du poisson et si tu veux je peux en parler à mon beauf. » - oh, ça ne presse pas, dit ledur qui ne veut pas être démasqué, mais si tu as des infos sur les femmes mortes ... - mon beauf m'a tout raconté, et là, ils font même une reconstitution cet après-midi, à la demande d'un flic de metz. cela ne fait qu'un tour dans la tête de ledur, qui n'y pensait plus du tout. il sait maintenant que les informations passent par quelqu'un du</Page><Page Number="120">120 site via le beau-frère, et que les renseignements ont probablement tous la même source. pour acquit de conscience, il demande à d'autres clients s’ils ont entendus des échos chez eux. un homme âgé dit être d'assenoncourt, de l'autre côté de l'étang, et dit que dans la nuit qui a précédé la découverte des corps, il n'arrivait pas à dormir. en allant dehors, il aurait vu des véhicules du genre 4x4 noir traversant le village avec de petites lumières. « sur le coup, j'ai supposé que c'était des chasseurs imprudents. il était 2h30 du matin, je m'en souviens bien. cette nuit-là, je n'avais pas trouvé le sommeil et aux alentours de 3h30-3h45, les voitures sont repassées dans l'autre sens, toujours sans lumière. j'ai pensé que c'était peut-être des braconniers. maintenant avec le recul, je suppose que ce sont eux qui ont dû déposer les corps. » - mm mm et il y a beaucoup de 4x4 noirs dans le coin ? demande ledur en notant tout scrupuleusement dans son carnet. - on en compte pas mal à bénestroff ces temps-ci répond un turfiste, habitant de ladite commune. ledur commence alors à sympathiser; ils étaient sur les mêmes bancs d'école. ils échangent leurs numéros de portable. pour le commissaire, il est l'heure de rejoindre lindre-basse, car la reconstitution nécessite quelques réglages. une fois celle-ci opérationnelle, il se renseigne sur le restaurant le meilleur et le plus près ; on lui conseille chez garcia à dieuze. à peine arrivé, il est vite à table, et se régale d'un très bon menu du jour. avec le café, il tente là aussi de tirer des informations sur les clients du bar, mais le patron, qui est lui-même un copain du</Page><Page Number="121">121 beau-frère, n'en sait pas plus que son précédent interlocuteur. toujours le téléphone arabe. ledur rentre au site, lieu de rassemblement prévu dans l'ordre du jour des enquêteurs. la reconstitution piétine, il faut recommencer plusieurs fois avant que la barque chargée daigne sortir de l'eau. il a fallu du monde, les deux rameurs ne pouvaient pas y suffire. quatre personnes sont nécessaires à cela, et ça signifie beaucoup de chose. la piste des 4x4 est très sérieusement à étudier. quatre personnes, c'est beaucoup; ça laisse entrevoir qu'on a affaire à un gang. ledur interroge les enquêteurs chargés de relever des traces et des indices autour de l'étang, il a besoin de connaître les résultats. rien n'y fait ; aucune trace de véhicule visible, à l'exception de celles faites par les enquêteurs et les militaires. il est sûr que ça ne sera pas de la tarte de trouver des traces après le passage d'autant de monde. le commissaire remercie les participants et explique qu'il envisage de réaliser avec eux une réunion de travail brainstorming. il explique que c'est une méthode des pilotes des bombardiers américains sur le japon pendant la seconde guerre mondiale, qui permet d'utiliser toutes les connaissances et de relever les détails importants et minimes utiles. ce procédé semble être le seul ayant une petite chance de situer une quelconque chronologie des faits. « pour cette réunion, je voudrais que les ouvriers de l'équipe soient présents également. je propose de nous retrouver vendredi matin dans les bâtiments du site de lindre-basse. i1 faudra pour cela obtenir l'autorisation du patron du site, et vous lui direz s'il vous plaît et merci</Page><Page Number="122">122 de ma part. tant que vous y êtes, vous essayerez d'avoir une salle avec un tableau et que nous ayons de quoi nous installer autour d'une table.» il est 17h et ledur rentre. en route, il regarde sa montre; ce n'est pas encore l'heure de mettre les pieds sous la table. il pousse alors jusqu'à bénestroff, histoire d'y voir de lui-même les 4x4 noirs dont on lui a parlé le matin. en passant dans la grand rue, il y voit trois véhicules 4x4 garés côte à côte. ça n'a peut-être aucun rapport avec ceux qu'il recherche, mais ça pourrait aussi être le cas. i1 fait demi-tour devant la ferme georges et repasse devant les véhicules. estimant que cela suffit pour la journée, il se promet de mettre les gendarmes à contribution. au gîte, il a juste le temps de se laver les mains et voilà qu'il est déjà le dernier à table. il boit quelques tasses de bon café avant de rentrer dans sa chambre. il allume la télé, regarde un film avec gabin et belmondo, un singe en hiver, avec les dialogues du très grand audiard, et réalisé par henri verneuil. ça le détend. il s'endort aussitôt le film fini. après cette bonne nuit de sommeil, il est « frais et dispo ». arrivé à la réunion, et après plusieurs heures de brainstorming, les résultats sont stupéfiants. les enquêteurs, policiers, militaires et ouvriers en viennent à parler de tout, et vient sur le tapis le sujet les trafics en tout genre qui frappent le pays du saulnois depuis quelques années; certains ont ainsi entendu parler d'un tel qui avait entendu dire</Page><Page Number="123">123 qu'un tel aurait acheté de la drogue à un inconnu dans la région, qu'un tel avait pu acheter une télé écran géant à un « genre de polac » etc. ledur arrive à la conclusion qu'un trafic inconnu traverse le saulnois. les corps déposés à lindre-basse n'étaient que des leurres afin de détourner les yeux des forces de l'ordre du trafic principal. le commissaire demande donc des renseignements sur les petits trafics, qu'il obtient facilement. on sait que les escrocs ont pour habitude d'écumer un secteur pendant trois mois, ensuite ils changent de secteur, et leur remplaçant brouille toutes les pistes de son prédécesseur, et finit par écumer lui aussi la région avant de s'en aller vers d'autres cieux quelques mois plus tard. il y a dans les communes des gens avec un niveau de vie élyséen sans toutefois avoir les revenus adéquats. au final, certaines informations dépassent largement le cadre de l'enquête sur le lindre. apparemment, cela aurait un rapport avec la migration des demandeurs d'asiles originaires des balkans. il était question en effet fui 2012 que des logements libérés par des officiers du 13e rdp soient réquisitionnés par la préfecture pour y loger des kosovars. d'autres fiches découvertes au cours de l'enquête dénoncent un trafic de véhicule à caches aménagées servant à la contrebande. la proximité des frontières allemandes, luxembourgeoises et belges attirent toutes sortes de trafiquants, pour eux l'immatriculation en moselle de ces véhicules permet le franchissement aisé des trois frontières. un détail frappe le commissaire, c'est que la météo joue aussi sur les passages des trafiquants. ceux-ci sont plus nombreux par mauvais temps, les chances d'être contrôlés étant quasi inexistantes.</Page><Page Number="124">124 le lundi suivant, ledur ira à metz. il compte demander au préfet des renforts pour exploiter la mine de renseignements qu'il a entre les mains. il passe un week-end agréable. le samedi soir, il mange avec son copain d'école à la toque blanche, un restaurant à bénestroff. le dimanche, il va à sarrebourg au cinéma le lorrain, où il regarde trois films l'un après l'autre, puis il reprend le chemin du retour jusqu'au gîte de guébling, juste pour l'heure du repas qu'il n'aurait pas voulu manquer. cette nuit-là, il dort du sommeil du juste. au réveil, il est en pleine forme, idéal pour rejoindre metz. il va à la préfecture pour y voir ses chefs, il escompte obtenir des renforts conséquents afin d'exploiter rapidement les informations en sa possession. en ouvrant la porte, il tombe nez à nez avec son supérieur, qui lui explique que son affaire n'intéresse personne, depuis qu'on sait que les deux femmes sont étrangères. le chef est contant de le revoir, il espère que le commissaire ledur s'est bien reposé pendant « ses vacances » dans le saulnois. son bureau regorge d'affaires en attente de son retour. ledur essaye en vain de convaincre son chef de l'importance de renseignements qu'il aurait à obtenir dans le saulnois. c'est un non absolu, et le saulnois est officiellement un endroit où il n'arrive jamais rien. ou presque.</Page><Page Number="125">125 meurtre à l’arsenic d’anaïs laporte jacques crozon, premier adjoint au maire de la commune de marsal, mourut un dimanche de mai. dans le calme de cette fin de journée, les hurlements de la sirène d'ambulance se répercutèrent sur les murs en pierre sèche qui ceinturaient sa maison, éveillant l'intérêt de ses voisins. le corps fut emporté à l'hôpital de metz, mais il était déjà trop tard. le lendemain, le républicain lorrain annonçait le décès, et présentait ses condoléances à marie crozon. les élus du secteur téléphonèrent aussi, et les marsalais eurent tous un regard de compassion pour la veuve lorsqu'elle rentra chez elle le lundi. rien que de très ordinaire dans ce genre de situation. le mardi, l'inhabituel commença. le médecin ayant prononcé l'heure du décès trouvait cette mort étrange et avait provoqué une enquête. ce soir-là, le café de jean dubois, lieu de rencontre préféré du village, fit de très bonnes affaires. tout le monde s'était précipité pour essayer d'en savoir plus - il était de notoriété publique que jean était au courant de tout. il leur confirma ce qu'ils savaient déjà : une mort non naturelle. mais il hochait la tête d'un air sagace, laissant entendre qu'il avait d'autres renseignements de premier choix. on le supplia d'en dire plus, et il se rengorgea, savourant l'instant. quand il sentit que son public n'y tenait plus, il lâcha l'information : c'était un empoisonnement.</Page><Page Number="126">126 — avec quoi ? demanda le premier marsalais à reprendre ses esprits. — comment ça, avec quoi ? s'écria jean pour cacher son ignorance. le silence se fit. on attendait le complément d'information que jean ne pouvait manquer de fournir. il soupira, marmonnant au hasard quelques noms de poison. cyanure, sarin, curare… il vit à l'expression incrédule de ceux qui l'entouraient qu'il était allé trop loin dans l'exotisme, et il se tut. la soirée se prolongea fort avant, et laissa les marsalais tout émoustillés à l'idée des jours à venir. le lendemain fut à la hauteur des attentes des villageois : la gendarmerie vint rendre visite à mme crozon. la voiture bleue déchargea un brigadier à l'air fatigué et - surprise ! - une gendarmette qui compensait sa jeunesse par un air revêche. le brigadier, un vicois pur jus du nom de roger rémillon, commença à interroger marie crozon sur le déroulement de la journée de dimanche. pendant ce temps, sa collègue, une certaine louise nuzier, faisait une rapide inspection de la maison. l'autopsie n'était pas terminée, mais les symptômes laissaient peu de doute sur la cause du décès: ingestion d'arsenic. l'interrogatoire de marie ne donna pas grand-chose. le dimanche avait été marqué par la fête des associations, auxquelles jacques prenait une part active. il avait bien mangé, profitant du barbecue organisé par la mairie, mais c'était le seul à être mort ce jour-là.</Page><Page Number="127">127 l'arsenic ne se trouvait donc pas caché dans les saucisses. de là à croire qu'un marsalais mal intentionné lui aurait glissé une pincée d'arsenic dans sa chope de bière… le soir, toute la maisonnée avait avalé la même soupe de légumes et aucun des enfants ni marie n'avaient eu le moindre problème. le brigadier hocha la tête. monsieur crozon ne prenait-il jamais de café ni de digestif ? marie lui avait préparé un expresso avec leur machine à capsules, et jacques s'accordait un petit verre de whisky les dimanches soirs. le brigadier ramassa les capsules restées dans le placard ainsi que la machine, et voulut faire de même avec le whisky. il ouvrit de grands yeux devant la réserve de jacques crozon. les bouteilles s'alignaient en rangées impeccables dans le meuble en merisier : whisky haut de gamme, de toutes les grandes marques connues ou inconnues du brigadier ; whisky acheté en distillerie lors d'un rapide séjour en écosse ; et même des whiskys bretons et japonais. — euh… de quelle bouteille s'est-il servi dimanche soir ? marie haussa les épaules. comment l'aurait-elle su ? par mesure de précaution, le brigadier prit toute la réserve d'alcool, puis il appela louise. — t'as trouvé quelque chose dans la salle de bains? — non… on embarque tout ça ?! le brigadier fronça les sourcils. la jeune génération l'agaçait profondément, avec sa manie de tout remettre en question. et cette petite louise, c'était une bonne gendarme, rien à dire, mais elle n'était</Page><Page Number="128">128 pas du coin. elle ne pouvait pas vraiment comprendre. l'expertise légale avait confirmé l'empoisonnement à l'arsenic. ce qu'on ignorait, c'était le mode d'administration. café, whisky, saucisse ? le jeudi matin, le commandant provoqua une réunion à la gendarmerie pour en discuter avec les chargés de l'enquête. il fallait donner du grain à moudre au procureur, et vite. — faisons le point sur ce que vous avez appris hier, dit le commandant. jacques crozon a mangé à la fête du village… — la fête des associations, précisa le brigadier. saucisses grillées et pain du boulanger de vic. — pas de cas de vomissements ou de diarrhées chez les autres convives? — aucun. sauf un gamin, mais c'était une simple indigestion. — bon. et le soir, crozon n'a rien mangé d'autre que la soupe familiale ? — non. mais il a bu un café et un whisky. on a ramassé tout ça pour l'équipe scientifique, ajouta fièrement le brigadier. il avait l'impression d'être dans un épisode des experts, ce qui lui arrivait rarement, pour ne pas dire jamais. le saulnois n'était pas très prodigue en meurtres par empoisonnement. plutôt des règlements de compte entre époux, des accidents de matériel agricole. — qu'en est-il des mobiles ? demanda le commandant. apparemment, le brigadier n'était pas le seul à se rejouer une série policière dans sa tête. — les plus fréquents : argent et amour, énuméra le commandant. monsieur crozon a travaillé dans les assurances, n'est-ce pas ?</Page><Page Number="129">129 récemment retraité, mais il semblait avoir du bien. je l'ai vu passer le mois dernier en maserati… la femme hérite ? — oui, intervint louise. mais elle a l'air effondré. — un air, ce n'est pas un alibi, fit le commandant sur un ton grave. une meurtrière peut être une bonne comédienne, vous savez. quoi d'autre ? — euh… — une maîtresse ? sa femme l'aurait appris et… dans ce cas, l'amour peut être le mobile, mais l'argent aussi : c'est devenu si facile de divorcer, de nos jours. une brave femme qui a trimé pour élever les enfants peut voir rouge si elle sent le pactole s'éloigner… louise se tourna vers la cafetière, faisant mine de se resservir pour masquer son agacement devant cette avalanche de clichés. — vous avez l'air remonté contre marie crozon, mon commandant, dit le brigadier. — les meurtres de ce type sont souvent révélateurs de problèmes intimes. louise se rassit, ne cachant plus son air dubitatif. on n'était pas dans un polar, ni à la télé. elle avait l'impression que ses collègues ne se basaient que sur leur expérience de la fiction policière. sans doute n'y avait-il pas assez souvent de meurtres dans le saulnois pour se faire la main… — et une vengeance ? suggéra-t-elle. dans le monde associatif, tout n'est pas toujours tout rose…pareil pour un conseil municipal. le commandant haussa les épaules, guère impressionné. le brigadier rémillon eut pitié de la petite jeune et intervint charitablement.</Page><Page Number="130">130 — mon commandant, elle a raison, il ne faut rien laisser au hasard. le commandant hocha la tête d'un air absent. cette histoire de meurtre ne lui plaisait pas. il tenait là un cadeau empoisonné, c'était le cas de le dire: ou bien ses services allaient se distinguer par leur efficacité, ou bien, plus probablement, il serait pointé du doigt pour avoir laissé filer un assassin. — rémillon, vous déterrez tout ce que vous pouvez sur la femme. nuzier, faites votre enquête sur les autres aspects de la vie de monsieur crozon. vous avez raison, ça ne peut pas faire de mal. après deux semaines d'enquête, louise nuzier en avait assez de marsal. le village était très joli, mais chaque personne qu'elle y avait interrogée avait voulu savoir d'où elle venait. pas du saulnois, évidemment, disaient-ils. comment pouvaient-ils donc en être si sûrs? ou alors, on lui racontait pour la énième fois l'histoire du village: le sel, les fortifications vauban. et toujours, toujours, il fallait aller voir les ruines gallo-romaines. — je les ai déjà vues, merci ! s'empressait-elle de répondre. pourtant, ces discussions avaient du bon. autant le brigadier avait fait chou blanc jusqu'ici avec la femme de crozon, autant louise avait pu en apprendre de belles sur le défunt. elle remercia marie-thérèse lhuillier pour le café et les petits sablés, et se leva pour se rendre à sa réunion au commissariat. sa nouvelle meilleure amie marsalaise, une vieille dame aux cheveux neigeux et au visage tout ridé d'avoir trop souri, ramassa les exquises tasses en porcelaine fine : elle en faisait la collection depuis toujours.</Page><Page Number="131">131 — vous me tiendrez au courant, n'est-ce pas ? demanda-t-elle de sa voix chevrotante. comme tous les marsalais, elle se passionnait pour cette histoire de meurtre, mais louise lui trouvait des excuses. à la différence des autres villageois, elle n'avait plus grand-chose à faire de ses journées, et elle devait bien s'occuper l'esprit. de plus, elle connaissait chaque villageois depuis sa plus tendre enfance, ou en tout cas depuis son arrivée à marsal. — alors, dit le commandant, une fois que le brigadier rémillon lui eut déroulé son enquête infructueuse, vous avez mieux à me proposer, ma petite louise ? — mon commandant, j'ai appris qu'il y avait pas mal de tensions dans le village. en particulier entre crozon et la majeure partie du conseil municipal. et le président du conseil de fabrique ne le portait pas non plus dans son cœur. louise s'interrompit, quêtant une parcelle d'intérêt de la part de son chef. mais le commandant tournait sa cuillère dans sa tasse à café d'un air morose. l'affaire marsal commençait à l'ennuyer profondément. — mon commandant ? — oui, allez-y, dites-nous de quoi il s'agit. — monsieur crozon soutenait un projet de vente d'un bien patrimonial à une société de production de concerts. — quelqu'un voulait faire une salle de spectacle à marsal ? quelle drôle d'idée, se dit le commandant en son for intérieur. — oui. mais pas n'importe où… dans l'église. — comment ?</Page><Page Number="132">132 à la grande satisfaction de louise, le commandant en oublia son café, et écouta avec attention ses explications. point d'orgue tentait de racheter plusieurs églises du secteur pour les transformer en salles de spectacle. il y en avait pour plusieurs millions d'euros, entre l'acquisition et les travaux, mais ce concept faisait fureur dans les campagnes anglaises, et un promoteur avait eu l'idée d'en faire autant en france. il avait commencé en alsace, et il passait maintenant au saulnois. point d'orgue avait déjà réussi à mettre la main sur l'abbaye d'oriocourt, pour y faire des chambres d'hôtes de luxe ainsi qu'une grande salle de fêtes pour accueillir séminaires, mariages, ou spectacles en tous genres. une idée révolutionnaire, mais après tout, les chorales organisaient bien des concerts dans les églises. — quel est le lien avec crozon ? — c'était le plus fervent défenseur du projet. — tiens donc ! — le président du conseil de fabrique est très remonté contre lui. je l'ai interrogé. il m'a expliqué que la collégiale saint-léger était un monument religieux exceptionnel, et qu'il était hors de question de le céder. — alors pourquoi faire tant d'histoires ? — point d'orgue est géré par un type malin. il s'est intéressé à l'église de marsal parce qu'il sait que la commune a des problèmes d'argent. c'est la seule façon pour eux de renflouer les caisses. apparemment, ils ont utilisé le même procédé partout où ils se sont implantés auparavant. le commandant fronça les sourcils.</Page><Page Number="133">133 — alors c'est ça, l'idée ? le président du conseil de fabrique… — ou le second adjoint, fervent catholique. ça chauffait pendant les conseils municipaux. — oui mais était-ce une raison valable pour empoisonner crozon ? à l'arsenic en plus… — justement… — quoi ? — j'ai poussé l'enquête un peu plus loin. louise avait été fureter du côté de l'exploitation agricole de laurent jacquemain, le second adjoint. elle était tombée sur son employé, un grand bonhomme pas très dégourdi qui lui avait expliqué qu'il devrait bientôt faire le ménage par le vide dans l'entrepôt. il y avait là des vieux pesticides, de plusieurs dizaines d'années, dont une relique d'avant-guerre contenant de l'arsenic. — c'est ça votre idée ? louise hocha la tête. le commandant frotta sa barbe de cinq jours d'un air pensif. après tout, pourquoi pas ? au moins, la solution de louise avait le mérite de répondre au « pourquoi ? » et au « comment ? » du meurtre. mais le « quand ? », lui, restait mystérieux. louise n'avait jamais connu un mois de juin aussi pluvieux. elle jeta un coup d'œil dépité à ses godillots pleins de boue, tout en se hâtant d'entrer dans la maison de marie-thérèse. cette dernière l'attendait avec le thé et les petits gâteaux de rigueur. précautionneusement, louise enleva ses chaussures boueuses dans</Page><Page Number="134">134 l'entrée puis longea le couloir à la suite de marie-thérèse. encore une caractéristique mosellane à laquelle elle n'arrivait pas à se faire : le long couloir borgne en guise d'entrée. elle n'avait jamais rien vu d'aussi sinistre. marie-thérèse lui fit signe de s'installer dans le salon. louise s'assit, essayant de faire abstraction du papier peint vieillot et des fauteuils recouverts de velours vert feuille passablement élimé. sa vieille amie parut, chargée d'un lourd plateau. louise se releva d'un bond pour l'en délester, et le posa sur la petite table basse. les deux femmes s'installèrent face à face. — alors ? demanda marie-thérèse. louise soupira. — rien, toujours rien. c'est invraisemblable. pourquoi toutes ces pistes ne mènent nulle part ? vous avez une idée ? louise avait beau dédaigner le commissaire et rémillon et leur façon de se prendre pour les experts, elle aussi avait parfois l'impression de se trouver dans un roman policier. sauf qu'elle était de la vieille école. sa référence absolue, c'était agatha christie. de là à espérer trouver la miss marple du saulnois dans la vieille dame assise en face d'elle, il n'y avait qu'un pas. — vous avez interrogé jacquemain ? demanda marie-thérèse. — oui. très agressif. mais de toute façon, ça ne servait à rien. le laboratoire m'avait confirmé juste avant l'interrogatoire que ce n'était pas son pesticide qui avait tué crozon. — vous n'avez rien trouvé dans la vie de crozon qui justifie ce</Page><Page Number="135">135 meurtre ? — eh bien… sa femme ne semble pas l'avoir tué. son rival à la mairie non plus. j'ai bien enquêté sur le président du conseil de fabrique, mais il était absent de marsal, ce fameux dimanche. — rien dans sa vie présente. et son passé ? — euh… je ne crois pas qu' il y ait beaucoup à en dire. il a passé toute une vie de notable respectable. la vieille dame s'agita dans son fauteuil. — personne ne passe toute une vie sans faire d'écart. croyez-moi. — que voulez-vous dire ? vous savez quelque chose sur jacques crozon qui pourrait expliquer son meurtre ? marie-thérèse fixa longuement louise. celle-ci finit par se sentir mal à l'aise. pour se donner une contenance, elle tendit la main vers la théière en porcelaine et versa le thé. elle n'avait pas fait attention jusqu'à présent au service à thé sorti par marie-thérèse. connaissant son goût pour l'ordre et sa collection, elle s'étonna de voir les tasses dépareillées sur le plateau. l'une était décorée d'oiseaux bleus, assortis à la théière. la seconde était ornée d'un feuillage vert pomme. louise posa la théière et tendit la main vers la tasse verte, qui était la plus proche d'elle, mais marie-thérèse l'arrêta. — prenez l'autre tasse, je vous prie. — oh, bien sûr ! pas de problème. les deux femmes burent en silence à petites gorgées. louise vit le visage de marie-thérèse se crisper.</Page><Page Number="136">136 — qu'y a-t-il ? — vous me demandiez si je connaissais un détail dans le passé de jacques qui pourrait expliquer son meurtre. — oui… — j'avais une nièce. élodie. très jolie fille. — euh… crozon la connaissait ? — oh oui, fit marie-thérèse. il la connaissait, comme vous dites. très bien. trop bien. louise reposa sa tasse, intriguée. marie-thérèse avait toujours parlé de crozon d'une manière neutre jusqu'à présent. — il n'a pas voulu l'épouser, quand elle est tombée enceinte, et elle a dû quitter marsal pour éviter le scandale. à l'époque, on n'acceptait pas ce genre d'accident. — je vois… dit louise, pour dire quelque chose. que répondre à cela ? — elle a eu un fils. elle l'a élevé avec les moyens du bord. mais sans père… il a mal tourné, bien sûr. elle, elle l'aidait comme elle pouvait, et elle ne pouvait pas grand-chose, ma pauvre élodie. mais elle est morte il y a six mois. cancer. louise avait l'impression qu'une grosse boule de tristesse s'était logée dans sa gorge. elle but un peu de thé pour la faire passer. — et… ce fils… il est venu voir crozon, n'est-ce pas ? — oui. il a passé la nuit chez moi. j'aurais préféré éviter, car il me faisait peur. mais il n'avait pas d'autre endroit où aller. — et… il a tué crozon ?</Page><Page Number="137">137 — oh non ! marie-thérèse eut un semblant de sourire. — il n'en aurait pas eu la force. c'était un drogué, en manque depuis plusieurs jours. crozon n'est resté que le temps de lui faire comprendre qu'il ne voulait plus jamais avoir affaire à lui. — je ne comprends pas… ce n'est pas son fils qui l'a tué ? — non. yoann est mort avant lui. il a réussi à se procurer de la cocaïne, probablement à vic-sur-seille, où on l'a retrouvé sans vie. c'était deux jours après l'entrevue avec son père. la veille de la fête du village. louise fronça les sourcils. elle avait peur de comprendre où marie-thérèse voulait en venir. mais c'était trop incroyable… — voyant cela, j'ai demandé à jacques de venir me voir, dimanche soir. — je l'ignorais. personne ne m'en a parlé. — normal, puisque personne ne l'a su. nos parcelles se touchent, les maisons ne sont séparées que par les jardins, à l'arrière. je lui ai annoncé la mort de son fils. il a dit qu'il était heureux d'être débarrassé de cette histoire. elle s'interrompit, et louise vit des larmes briller dans ses yeux. elle perçut à cet instant toute la haine qui animait la vieille dame à la pensée de cet homme sordide et lâche, qui avait ruiné la vie de sa propre chair. marie-thérèse lhuillier désigna la tasse qu'elle tenait entre ses mains. — vous avez dû remarquer que cette tasse n'est pas du même service</Page><Page Number="138">138 que la vôtre. — oui… — elle provient d'un service qui n'a jamais été utilisé, car la peinture est à base d'arsenic. louise ouvrit de grands yeux. tout devenait clair, brusquement. le « pourquoi ? », le « quand ? », et maintenant le « comment ? ». — ce soir-là, je lui ai servi son thé dans cette même tasse. — mais… vous allez mourir ! marie-thérèse lui sourit. — belle façon de clore le dossier et votre enquête, vous ne trouvez pas ?</Page><Page Number="139">139 vengeance d'outre-tombe de cindy maille je suis élève au lycée agricole de château-salins ou plutôt je suis interne, depuis la 4ième. aujourd'hui je suis en terminale, je m'appelle noa, je suis plutôt bon élève et assez populaire. j'ai même une petite amie formidable. mais depuis trois semaine, plus rien n'est pareil. des disparitions d'animaux sont recensées dans tout le saulnois mais surtout centrées à la marchande, le site relié au lycée. etant dans la section cgeh (conduite et gestion d'une exploitation hippique) cela me concerne, nous concerne un peu. pour le moment deux chevaux et dix vaches ont disparus ou sont morts, le reste de la classe, préfère laisser les policiers s'en occuper, moi ça m'inquiète trop. on est mercredi. je décide de mener mon enquête et monte à la marchande. en passant devant le cimetière quelque chose retiens mon attention. une ombre, on dirait une femme .quand je m'approche elle disparait, laissant derrière elle une tulipe de variété queen of the night ou reine de la nuit. qu'est-ce que ça veut dire ? au même moment mon portable sonne. - allô ?</Page><Page Number="140">140 - noa ? c'est eléonore. - qu'est-ce qui se passe ? il t'est arrivé quelque chose ? - mais non ! ne panique pas autant. -c'est parce que je t'aime, souriais-je. je l'entends rire. - je t'aime aussi, et je t'aimerais encore plus quand tu me diras où tu es. -sur le chemin de la marchande, je suis au cimetière. - encore cette histoire ? - oui sauf que cette foisj7aivu l'ombre d'une femme et quand je me suis approchée elle a disparue, .laissant derrière elle une tulipe reine de la nuit ». -... - elène ? - oui, oui, je suis là. reviens, on va en parler en face-à-face. - j'arrive. je redescends et croise des policiers partout, pas étonnant. des policiers qui prennent le chemin du lycée, c'est pas bon. je me mets à courir, m'imaginant déjà le pire.</Page><Page Number="141">141 malheureusement pour moi, mon imaginaire n'atteint pas le seuil de monstruosité que j'ai devant les yeux. c'est peut-être un hasard, un cauchemar, seulement, c'est clara, ma meilleure amie, qui se trouve au sol, inanimée. gilles, mon ami et son copain, se trouve à ses côtés, effondré, anéanti. je chancèle jusqu'à son corps. je ne veux pas y croire, je ne peux pas y croire. mon regard dévie vers sa main, sur ce détail, sur cette fleur. une tulipe de la variété reine de la nuit. je m'écroule en pleurs. - non !!pourquoi elle ?! quelqu'un court vers nous, elle s'arrête, se fige. - clara !! c'est eléonore. clara était sa sœur de cœur, sa meilleure amie. en rentrant à l'internat, après l'étude, je trouve un mot dans mon armoire « il y a des choses que des fois, il faut s'abstenir de voir. ». le mot est anonyme. ce soir-là je fus une nuit blanche, entre pleurs et questions. le lendemain, je mis ma copine au courant. - quoi ?! tout à l'heure on a une heure de libre, avant midi, tu m'accompagne on va chez les flics. - non, ils ne feront rien, je vais mener ma propre enquête. demain on est en week-end, je serais tranquille. - mais-mais... .tu es fou ! tu veux mourir !</Page><Page Number="142">142 - non. je veux que ce carnage cesse. elle soupire et se mord les joues, signe qu'elle réfléchit. - d'accord, mais je viens avec toi. - a deux ça sera plus simple. on pourra dormir dans un hôtel pas loin d'ici. mais au moindre souci, je veux que tu t'enfuis, d'accord. -compris. le soir même je prends ma voiture et nous montons à la marchande. là-haut une sorte d'instinct m'attire derrière le bâtiment des bovins. là je revoie cette femme, accroupie elle est vêtue de noire et est habillée comme à l'époque victorienne. eléonore retient un cri d'horreur en voyant cette ombre, entité ou je-ne-sais-quoi d'autre, je prends mon courage à deux mains. - qui êtes-vous ? elle se relève surprise et effrayée. son visage est caché par un voile, une brume apparue de nulle part, l'enveloppe. quand elle se dissipe, il ne reste plus qu'à sa place le corps, sans vie, d'une vache accompagnée d'une tulipe. eléonore se précipite vers la vache. - elle est morte elie. - mais pourquoi fait-elle ça ? c'est elle qui as tué clara n'est-ce pas ? et puis qui est-elle ? j'en ai marre!</Page><Page Number="143">143 je la prends dans mes bras, elle craque, ça fait trop d'un coup. en plus clara était la meilleure pour nous remonter le moral en un clin d'œil. je promets de retrouver celui qui a fait ça et je te vengerais. mon téléphone sonne. je me reprends, c'est gilles. - oui ? - où vous êtes ? - pourquoi tu veux savoir ? - aucun de vous deux n'est chez lui, clara… clara n'est plus de ce monde, je crois que j'ai le droit de m'inquiéter un peu ! - ok, ok. on est encore à château. on enquête. - quoi ? ah, cette histoire. ça donne quoi ? je lui explique ce que nous avons vu. - 0k. ecoute-je vais faire des recherches de mon côté, je te tiens au courant si j'ai un indice. - bien merci. - je t'en prie. bonne chance. nous cherchons des indices, en vain. on ne sait même pas comment est apparue cette brume, ni comment cette femme a tué la vache. aucun indice ne nous laisse le savoir.</Page><Page Number="144">144 une semaine passe, une vache disparaît. ce n'est pas son œuvre, elle n'est pas signée d'une tulipe. gilles m'appelle. - t'as un indice ? - oui. votre femme ? tu m'as bien dit qu'elle était habillée comme à l'époque victorienne ? - c'est ça. - eh bien, j'ai trouvé une histoire ancienne, comme quoi une femme aurait épousé un homme de pouvoir, qui chaque jour lui offrait une tulipe blanche. mais un jour il disparut, la laissant complétement anéantie. elle se laissa mourir de chagrin, à son dernier jour elle reçut une ultime tulipe, cette fois une noire. une tulipe reine de la nuit, elle mourut en jurant de venger, - t'es sérieux ? tu crois vraiment que c'est un fantôme ? - ben elle veut se venger de son ex-mari, quoi de mieux que de ruiner son troupeau ? - elle se croirait à notre époque ? mais comment elle tuerait les vaches? - oui, simple elle leur fait peur et pouf, elles meurent d'une crise cardiaque. - ça fait un peu grotesque ton histoire. - bah oublie cette histoire, la police s'en occupe. - oublie là si tu veux, moi je ne peux pas.</Page><Page Number="145">145 - je vois. alors bonne chance. - merci elène me regarde attendant que je lui raconte l'histoire, ce que je fais. - ce serait donc une histoire d'amour brisé ? c'est donc un fantôme qui veut se venger, elle se croit à notre époque. - tu crois ? - ça me paraît logique. cet homme lui as fait du mal, elle lui fait du mal. - oui comme le dit gilles - oui. - sauf que ça ne peut pas être un fantôme. - peut-être que si. si elle se croit vivante et qu'elle a assez de haine en elle, elle peut peut-être se rendre visible sans le faire exprès, pour autant. - tu regardes trop de films, ma puce. non, réfléchissons sérieusement. - alors ça pourrait être une personne de sa famille. ses enfants ou petits-enfants qui chercheraient à se venger. - oui, c'est ça! ii faut trouver qui est dans ce cas, dans le coin, faudra aussi l'interroger. mais il faudra des preuves pour ne pas qu'elles nous jettent... - on savait dès le début que ça ne serait pas simple.</Page><Page Number="146">146 - je sais. mais je me suis fait une promesse et je compte bien la tenir. je la vengerais. cette fois ce fut ma copine qui me prit dans ses bras. je n'avais pas vu que je tremblais terriblement et je viens seulement de m'apercevoir que je pleure. - on la vengera, promis. j'appelle gilles. - oui ? - je peux te demander un service ? - lequel ? - tu peux trouver si cette femme a de la famille vivant ici ou travaillant dans le coin ? - je peux faire ça. - merci. - mais il va me falloir du temps. - j'imagine, fais le plus rapidement que tu pourras. - je m'y mets immédiatement. un mois passa pendant lequel aucune bête ne trouva la mort. gilles m'appela.</Page><Page Number="147">147 - du nouveau ? - oui, il y a bien de la famille qui travaille là-haut... . - vraiment qui ? - deux femmes et un homme. - dis-moi qui c'est. - alors on a: elodie norson, marion norson, ce sont des sœurs, des descendantes directes, qui n'habitent pas ensemble. elles habitent à delme, mais pas dans la même maison. pour l'homme, il s'appelle frédéric irlof, il habite seul avec son chien à vic-sur-seille, c'est une sorte de cousin éloigné de la famille. - ok, t'as plus d'info sur les sœurs. - euh attends. oui …une des deux, marion, tient une serre de fleurs. il ricane. tu ne devineras jamais ce qu'elle produit comme fleurs. - des « reines de la nuit n.. . - c'est marqué que c'est sa plus grande fierté. - eh ben ce sont mes préférées, je vais lui rendre une petite visite, ironisais-je à moitié. - seul ? - non faut encore que j'en parle à elène. - faîtes attention à vous. -promis.</Page><Page Number="148">148 beaucoup de promesses sont dîtes. arriverons-nous à les tenir, ça reste un mystère. je téléphone à eléonore pour lui donner les nouvelles et lui exposer mon plan. - d'accord, on y va quand ? - dès qu'on peut. - demain. - on rate les cours ? - oui. - ok, alors à demain, devant le lycée, je t'attendrais sur le parking. - d'acc. a demain. - a demain. le lendemain, à 9h00 elle m'attendit comme convenu sur le parking. - dépêchons-nous, on ne doit pas se faire remarquer. je lui répondis par un hochement de tête, je monte dans sa voiture et nous nous mettons en route. comme prévu gilles m'a envoyé les adresses de ces personnes. nous commençons donc par marion norson. en arrivant dans delme nous nous mettons à chercher « la serre aux miracles ». nous trouvons après dix minutes de recherches. nous bifurquons sur un petit chemin,</Page><Page Number="149">149 tranquille est arrivons sur des hectares et des serres en fleurs. un miracle pour le cœur, un paradis pour les yeux. nous entrons dans le petit bureau à côté des serres. une petite femme nous accueille, elle est très chaleureuse et très belle. - bonjour, comment puis-je vous aider ? oh il fait froid aujourd'hui, puis-je vous proposer un chocolat ou un café. - bonjour. oui, je veux bien un chocolat et toi elène ? - moi aussi je veux bien un chocolat, -bien, suivez-moi. elle nous emmène jusqu'à une petite véranda chauffée, très agréable. elle commence à préparer les chocolats. - alors dîtes-moi ce que vous venez faire ici, un jour d'école. elle sourit, sachant bien que l'on sèche. - eh bien, en fait, nous venons pour vous demander, vous élever bien des tulipes de la variété « queen of the night » ou « reine de la nuit»? - oui, j’en suis très fière. - vous connaissez la légende qui y est attachée, demande eléonore. - non, laquelle ? - je vais vous la conter. elle se redressa, la femme s'assit et elène commença à lui conter son histoire, je regardais les émotions de la femme.</Page><Page Number="150">150 - un jour une femme tomba éperdument amoureuse d'un bel homme, qu'elle rencontra par hasard, cet homme était le prince, mais elle ne le savait pas encore. a chacun de leurs rendez-vous, il lui apportait une tulipe blanche. le jour où il lui apporta une tulipe jaune elle lui demanda la signification de cette fleur, il lui répondit, que c'est un amour extrême, pur et sincère et que cette tulipe jaune, à ce moment il se mit à genoux, lui dit que c'était parce qu'il fallait qu'il lui pose une question et il lui demanda sa main. alors elle répondit oui et ils se marièrent, elle apprit alors que c'était un prince, elle eut d'abord peur, puis aimée du peuple, y pris goût. mais un jour, alors qu'elle attendait un enfant, son prince disparu. l'accouchement fut dur et long, avec le chagrin elle ne tarda pas à mourir, laissant son enfant aux servantes. seulement peu de temps avant de mourir, elle reçue une tulipe noire, une tulipe « queen of the night ». elle versa une larme promis de se venger de cet être qui les avait abandonnés et mourut. même si il souffrait d'amour pour elle, elle ne pouvait le pardonner. depuis elle essaye de le faire s o u f i par n'importe quel moyen, comme il l'a fait souffrir, laissant derrière elle une tulipe, sa tulipe. - c'est vraiment affreux comme histoire. c'est une histoire vraie ? - oui madame. cette femme s'appelait louanne midlez. - vous avez bien dit louanne midlez ? avec un « z » au bout de midlez ? - c'est ça. - c'est mon ancêtre... .</Page><Page Number="151">151 marion semble dévastée. une chose est sûre elle ne joue pas la comédie, elle ne sait pas pourquoi on vient, elle ne jouerait pas la comédie pour des enfants qui s'interrogent sur ses fleurs. - vous travaillez seule ici ? - non j’ai beaucoup de main d'œuvre. - je suis désolé mais il va falloir que nous y allions. - oui je comprends. elle sourit. mais si vous voulez venir ici en stage, je vous prendrais avec plaisir. -merci, répond elène. -nous en prenons note, merci. passez une bonne journée. -vous aussi les jeunes. nous sortons. eléonore se mord les joues. - ce n'est pas elle. mais elle n'a pas annoncé sa sœur quand elle a parlait de sa main d'œuvre, en général on le dit ou si on le cache c'est qu'il a anguille sous roche. - on va rendre visite à qui ? a sa sœur ou à fred ? -fred, je pense. nous arrivons devant une maison mitoyenne. nous nous regardons et sonnons. un homme brun vient nous ouvrir. - que puis-je pour vous ?</Page><Page Number="152">152 il est avachi sur le bord du la grille, visiblement on le fait chier. ça va être chaud pour lui soutirer des infos. - bonjour monsieur. nous faisons des recherches sur une vieille histoire, racontant la mort de louanne midlez. vous connaissez ? - l'histoire de cette vieille folle ? oui je connais, mais pourquoi vous venez me voir ? - eh bien en cherchant, nous avons trouvé, que vous faisiez partit de sa famille et on se demandait si vous connaissez les lieux qu'elle hante? - j'en ai aucune idée, vous n'avez qu'a demandé aux deux sœurs, elles sont de la famille directe, elles seront peut-être plus que moi. - bien merci. au-revoir. -ouais, au-revoir. on s'éloigne. eléonore soupire. -eh ben, on n'est pas tombé sur le plus sympa... -non, je te le confirme. on fait une escale chez elodie ? - elle démarre la voiture et me regarde en souriant. - allons-y, allons chez notre coupable. - et si ça ne n'était aucun des trois ? - ne sois pas pessimiste. qui voudrait rejouer cette vengeance si ce n'est sa famille ? - je sais pas.</Page><Page Number="153">153 - voilà. - mais comment tu as fait pour savoir autant de choses sur cette histoire ? - j'ai fait mes petites recherches. - tricheuse. - il faut savoir de quoi on parle, pour les interroger. - oui et il faut que l'on trouve ce qui les poussent à faire ça. - on verra ça sur place. une fois que l'on a découvert qui c'était on peut tout lui faire dire. - d'accord, je suis prêt. elle doit répondre de ses actes. le reste du trajet ce fit en silence. nous réfléchissions, on ne doit pas se laisser submerger par nos émotions. pour elène ça va être difficile. pour moi aussi, d'ailleurs. plus nous approchons et plus je vois les jointures des doigts de ma copine devenir blanches, crispés sur le volant. - euh elène calme-toi chérie. -oh oui, pardon. ses doigts de desserrent. -tu veux que je conduise ? -non, ça ira.</Page><Page Number="154">154 elle sourit, avec la bouche seulement. ses yeux trahissent ses émotions. colère, incompréhension, souffrance, tristesse, peur, se lisent dans ses yeux, qui menacent de lâcher les larmes, retenu derrière son sourire. je voudrais l'aider mais je ressens la même chose. je ne comprends pas pourquoi autant de cruauté. le trajet fut d'autant plus long, que les questions sans réponses, s'accumulaient dans ma tête. - on est arrivés. -quoi ? oh, j'étais perdu dans mes pensées. - je vois ça. elle sourit tristement. nous sortons de la voiture après quelques minutes de silence. il commence à pleuvoir. ne faisant que rajouter un peu de morosité à notre humeur. on s'avance jusqu'à la porte. elle sonne. une femme un peu plus grande que sa sœur vint nous ouvrir. - oui ? - bonjour, nous. .. - rentrez, rentrez, vous êtes déjà trempés. nous rentrons donc. -donnez-moi vos manteaux et installez-vous dans le canapé, j'arrive. nous lui donnons nos manteaux, enlevons nos chaussures dans l'entrée et nous installons. -alors dîtes-moi tout. -eh bien nous venons pour parler de votre aïeul louanne midlez.</Page><Page Number="155">155 - ah, elle. il y a longtemps ma mère m'en avait parlé. elle m'avait racontée l'histoire de cette pauvre femme, abandonnée par l'être qu'elle aimée, juste après avoir mis au monde son bébé. c'est une tragique histoire, vous ne trouvez pas ? - je trouve ça horrible de laisser une personne, à laquelle on tient, mourir, sans avoir rien fait pour la sauver. - oui je vous comprends jeune fille. - vous avez entendu cette histoire comme quoi elle rôderait dans les parages ? lui demandais-je. - quoi ? comment ça ? rit-elle. - une tulipe noire « reine de la nuit » est posé sur chaque corps de vaches ou d'animaux mort. - mais pourquoi se serait-elle qui mettrait cette tulipe ? - car c'est la dernière qu'elle a reçu. celle qui lui a fait le plus mal. - oui, peut-être, mais comment pourrais-t-elle... attendez, vous voulez dire que quelqu'un tue des animaux en se faisant passer pour mon ancêtre... c'est horrible. - cette personne utilise le prétexte de la disparition d'animaux dans le saulnois pour s'attaquer à la marchande, -je-je...vous pouvez vous en aller les enfants ? je dois passer un appel.</Page><Page Number="156">156 je n'arrive pas à y croire. nous nous rendons dans le hall, alors que je mets mes chaussures, je jette un œil à elène que je vois pâlir. - elène? - no-noa, regarde ce que je vois. je regarde ce qu'elle pointe et l'horreur me gagne. je n'aurais jamais cru tomber sur ça. cet objet l'incrimine directement. - c'est-c'est... - la robe et le voile que la femme porte. - je vais lui demander des comptes ! -non, nous reviendrons. je la retiens mais elle se débat. - noa ! lâche-moi, je veux savoir ! - pas maintenant ! nous reviendrons promis. elle se retourne et pleure dans mes bras. -nous devons partir et vite. -oui. elle enfile son manteau et je la soutiens jusqu'à la voiture. nous retournons au lycée. la nuit passe, le lendemain nous retournons chez elle.</Page><Page Number="157">157 - re-bonjour. - encore vous ? - oui, elle entre de force et se dirige vers la robe qui est toujours accrochée au même endroit. cette robe et la preuve de votre culpabilité. - cette robe, c'est à ma sœur. elle me demande de la garder et quand elle veut elle vient la récupérer. d'ailleurs ça fait presque un mois qu'elle n'est pas venue la chercher. - vraiment ? - oui. ça voudrait dire que… elle devient blanche, nous la posons sur un fauteuil. - madame, ça va aller ? demande eléonore. - oui, je crois. je lui ramène un verre d'eau. -buvez, ça vous fera du bien. - merci. laissez-moi vous accompagner. - vous êtes sûre ? - certaine. -bien, alors allons-y. nous la soutenons jusqu'à la voiture.</Page><Page Number="158">158 - mais il faut que vous montiez à la marchande, je me rappelle qu'elle m'a dit qu'elle montait là-bas aujourd'hui. - merci. je nous conduis donc jusqu'à la marchande. en arrivant là-bas nous la trouvons au même endroit que la dernière fois, cette fois habillée en civile. -marion ! crie elodie. celle-ci souffle et se retourne. - qu'est-ce que tu fais ici ? avec les mioches en plus. - on sait que c'est vous qui avez tué tous ces animaux ! elle rit sadiquement. - eh bien, vous êtes long à la détente, mes petits. votre amie, elle, l'a découvert beaucoup plus tôt. eléonore deviens rouge et ses yeux se transformèrent en éclair, j'eus à peine le temps de la retenir, avant qu'elle n'essaye d'arracher les yeux, au monstre qui se tenait en face de nous. - mais pourquoi l'avoir tuée !?! pourquoi ?! - elle aurait tout dit à la police ? non, je ne pouvais pas la laisser faire. - vous êtes un monstre. - eh oui bonhomme.</Page><Page Number="159">159 - mais comment connaissais-tu l'histoire ? demande sa sœur. - j'écoutais aux portes. - et pour le brouillard ? la lettre dans mon casier ? - j'avais mis une boule fumigène juste avant que vous n'arriviez, vous êtes à temps pour croire que ça vous était destiné, point et j'ai payé une femme de ménage. - et le cimetière ? - je n'ai jamais été au cimetière. mais alors qui y étais ? - mais quel est votre raison pour avoir fait ça !? - l'histoire se répétait et j'ai frappée où ça fait mal. - quoi ? demande-t-elle en pleurs. - je vois. vous êtes amoureuse du chef d'exploitation, mais il vous refuse, il est déjà marié. - nous étions ensemble au lycée et quand je reviens pour lui, il me dit qu'il est déjà marié, alors qu'il devait m'attendre ?! il devait payer ! - vous devez aussi payer ! répondit eléonore en se jetant vers elle, arrêtée par marion. -je t'en prie. elodie en profite pour s'échapper par le parc.</Page><Page Number="160">160 nous voulions la courser, mais mère nature se chargea d'elle. un taureau, vint la charger, la transperçant au niveau du cœur. eléonore se colla à moi, pour ne pas voir la scène, elodie s'effondra, voyant sa sœur mourir devant ses yeux. - voilà, le sort en est jeté, la nature à décider de se venger… elène relève la tête. - mais en fait si ce n'étais pas elle au cimetière, qui était-ce ? - je crois bien que cette histoire de fantôme à sa part de vérité. mais ça on le ne sera peut-être jamais…</Page><Page Number="161">161 lilah de madette ast cette année, 2013, je suis allé au feu de la st jean à aulnois. j'avais vu dans le quotidien régional, le républicain lorrain, qu'un château avait été édifié pour être brûlé. comme je sais que la façade dix-huitième siècle du château des armoises, en arrière-plan du feu, offre un spectacle exceptionnel, je n'ai pas hésité à m'y rendre. j'étais très curieux de voir quelle œuvre on avait pu réaliser pour la mettre en cendres en une seule soirée. arrivé à l'endroit voulu environ une heure avant le crépuscule, je constatai que les bénévoles de la manifestation avaient fait preuve de créativité: le nouveau château s'élevait en palettes et palissades de bois, en contre bas du monument historique. flanqué de deux tours et agrémenté de meurtrières, son embrasement promettait un beau feu d'artifice. d'abord il était important de se restaurer. tout était prévu. dans une atmosphère surchauffée par un orchestre rock à fond sur les décibels, on avait le choix entre des sandwichs, des hamburgers et des saucisses grillées. les effluves d'un immense barbecue me chatouillèrent immédiatement les narines. un double hamburger et une bonne bière pression firent taire les gargouillis de mon estomac. quand je fus calé, le ciel commençait à s'obscurcir et je terminai mon repas, assis sous un chapiteau de toile, un café dans une main, une part</Page><Page Number="162">162 de tarte au fromage dans l'autre. (si la diététique n'était pas respectée, du moins le plaisir était-il de la partie). je discutai avec des connaissances diverses puis, pour être sûr de ne pas me faire griller le point de vue il y avait en effet un monde fou et le temps s'avérait beau et chaud -je me -dirigeai, avant que la nuit soit complètement tombée, vers l'escalier monumental qui s'ouvrait sur les jardins. là, appuyé à la balustrade en pierre blanche, j'étais aux premières loges pour admirer le spectacle qui s'annonçait pour bientôt. devant l'escalier, des prés s'étalaient sur plusieurs dizaines de mètres, puis un étang luisait faiblement et enfin, à l'arrière, le château-bûcher. autour de moi, une bonne trentaine d'enfants s'égaillaient en tous sens. et brusquement, dans l'obscurité devenue complète, on distingua les phares de deux voitures, puis, quelques personnes à pied, lampes de poches à la main qui laissaient &viner le bûcher. l'étang demeurait encore dans l'ombre. un murmure se fit entendre dans la foule. on avait éteint la sono. c'est alors que l'incendie s'éleva, magnifique, hypnotisant tous les regards. a l'instant même se ralluma dans ma mémoire un souvenir vieux de quarante ans. a ce même endroit, un 24 juin, lors d'un autre feu de saint jean, les enfants couraient également partout, dans les allées et même dans les prés et les fourrés alentours. on venait à peine d'allumer le feu. a cette époque, c'était un énorme empilement de troncs d'arbres et on n'utilisait pas de palettes. seul comptait le rituel hérité des païens qui</Page><Page Number="163">163 célébraient la venue de l'été, le retour de la belle lumière et des longues journées chaudes et pleines des promesses de récoltes abondantes, la musique s'était tue. un cri strident retentit : «- lilah !lilah !où es-tu ? » le son métallique et hyper aigu du i et la résonnance du a amplifiée par la nuit et l'eau me donnent encore aujourd'hui la chair de poule, lorsque j'y repense. ce prénom ! rare, il me rappelait vaguement un personnage antique de la bible. mais surtout, fit ressurgir à mon esprit le voyage de strasbourg à metz que j'avais effectué en train, une semaine auparavant. dans le même compartiment, une jeune femme, entourée de trois fillettes, avait immédiatement attiré mon attention. les trois gamines étaient vêtues de chemisiers à carreaux vichy rouges et blancs, de jolies salopettes en beau coton rouge coquelicot et de sandalettes en cuir, du même rouge éclatant, bien repérables. tendant malgré moi une oreille curieuse, je surpris la conversation de la maman avec un couple de personnes âgées qui avaient osé, elles, poser les questions qui me brulaient la langue. venant de strasbourg où demeuraient les parents de la jeune mère, elles y avaient passé une semaine et se rendaient dans un petit village du saulnois, chez des cousins, avant de repartir pour israël, le pays où elles vivaient. le mari et père y était resté, accaparé par son travail d'ingénieur. je vis briller les yeux bruns de la maman d'une flamme passionnée lorsqu'elle répondit à la question du vieux monsieur :</Page><Page Number="164">164 - n'est-ce pas trop dangereux de vivre en israël, dans ce pays où les deux religions juive et musulmane et les deux ethnies israélienne et palestinienne se font régulièrement la guerre, ouvertement ou sournoisement? - non. c'est un pays extraordinaire où il fait vraiment bon vivre avec des enfants i tout y est fait pour eux. vous devriez venir le visiter ! le temps y est presque toujours beau et les paysages si attachants ! ! j'ai vu de la publicité : l'agence du républicain lorrain vous propose le séjour pour 2000 francs les 10jours, au départ de metz. c'est alors que je me rendis compte que la coiffe de la jeune femme m'avait intrigué de prime abord, sans que je m'y arrête. ca n'avait rien à voir avec un foulard musulman, ça ressemblait plutôt à une sorte de casquette en tissu léger, à visière courte, qui dissimulait entièrement ses cheveux. elle les avait probablement noirs, vu les chevelures denses et sombres de ses trois filles, aussi sombres et brillantes que leurs yeux. j'appris les trois prénoms, toujours par inadvertance. l’ainée, esther avait six ans. la cadette, sarah, n'avait que dix-huit mois. quant à la seconde, allongée sur la banquette, somnolant, elle avait quatre ans et se nommait lilah. j'eus la confirmation qu'elles étaient juives. la petite, au bout de quelque temps, commença à pleurnicher, alors la maman lui donna le sein, discrètement, mais sans se cacher. (l'allaitement maternel, surtout en public, était peu fréquent dans les années soixante-dix en france. aussi efficace pour calmer</Page><Page Number="165">165 l'enfant que pour la nourrir). esther demanda ensuite à manger et elle reçut des biscuits secs que sa mère avait pris la précaution d'emporter. (a cette époque, les voyages étaient plus longs qu'aujourd'hui : pas de tgv, et il n'y avait pas de jeux vidéo pour occuper les enfants). lilah se réveilla et s'assit pour grignoter avec sa sœur . je vis alors que, si les fillettes étaient toutes trois très jolies, c'était assurément la seconde qui avait les traits les plus réguliers et le visage le plus attirant. plus renfermée que l'aînée, qui était bavarde, elle avait assurément le comportement d'une deuxième. n'ayant pas connu le statut d’enfant unique et n'étant plus la petite dernière, objet de tous les soins de sa mère, c'était ce qu'on appelle l'enfant du milieu et j'y prêtai attention car j'en avais été un moi-même. la mère précisa au vieux monsieur qu'elle habillait les trois filles des mêmes vêtements colorés pour pouvoir mieux les avoir à l'œil. et maintenant ? comment cette enfant avait-elle pu échapper à son attention ? la famille d7aulnois, les cousins, les cousines et les amis de la famille de son mari, tous se mirent à ratisser les alentours du feu. celui-ci éclairait brutalement des parties de pré, d'arbres, de buissons- ca aidait à la recherche. les deux sœurs de la disparue restaient tout près de la mère. celle-ci ne cachait pas son anxiété. la petite dans les bras, elle courait en tous sens, affolée.</Page><Page Number="166">166 - ce n'était pas dans les habitudes de lilah de s'éloigner, ni de faire des farces- on devinait la peur dans les gestes, les pas et les regards de tous ceux qui participaient à la fouille du moindre buisson. plus d'une heure après, les flammes commencèrent à diminuer d ' intensité . les troncs d'arbres étaient devenus des amas de braises rougeoyantes. beaucoup de personnes continuaient à déambuler en tous sens dans la prairie, criant par moments le prénom de la disparue : lilah ! qui résonnait tragiquement dans la campagne. quant aux autres enfants ils avaient tous été rassemblés autour de leurs parents. on n'en voyait plus aucun courir. on n'entendait plus de rires cristallins parmi les herbes et les haies. la plupart des spectateurs quitta les lieux sans connaitre l'issue des recherches. après avoir jeté un dernier regard vers la jeune maman qui, je l'appris plus tard, se prénommait judith, je me décidai, moi aussi à rentrer à delme où j’habitais à dix kilomètres de là. le lendemain, dès sept heures, je me précipitai à la boite aux lettres. déployant le quotidien régional, je lus, sur la première page, le titre, en gras, en lettres énormes : « une fillette de quatre ans disparait au cours du feu de la saint jean à aulnois. » suivait un article expliquant les circonstances, relatant l'arrivée de la police sur les lieux et stipulant qu'à quatre heures du matin, à l'heure</Page><Page Number="167">167 où le journal avait été mis sous presse, la petite n'avait toujours pas été retrouvée. les deux jours suivants, je cherchai des traces de cette affaire dans le quotidien. j'écoutais également à longueur de temps la radio régionale. régulièrement, des informations au sujet de cette affaire me parvenaient. trois jours après on retrouva le corps. j'appris qu'il avait fallu sonder l'étang. la petite lilah gisait là, dans la vase, en plein milieu de la fête sans que personne n'ait rien remarqué. certes, les abords de l'étang étaient ensauvagés. des roseaux y poussaient ainsi que de hautes plantes aquatiques dissimulant la surface de l'eau aux regards de ceux qui en frisaient le tour. d'en haut, lorsque le feu brûlait, on aurait pu apercevoir quelque chose, mais tous les yeux étaient alors dirigés vers l'attraction principale. qui aurait pensé à observer l'étang, à quelques dizaines de mètres en avant du bucher ? même moi, qui regarde souvent dans d'autres directions, j'étais subjugué par la danse des flammes. esther, la grande sœur de lilah fut interrogée : - j'étais avec ma sœur, avant que le feu brûle. nous avons bien joué, à la cachette, à 1'attrape... tonton joseph et tata marthe nous surveillaient, lilah ne s'est pas approchée de l'étang. j'en suis sûre. nous étions dans le pré, derrière</Page><Page Number="168">168 les buissons, et nous avons surtout joué dans les escaliers du jardin.» le jour suivant, le quotidien annonçait : « lilah, la fillette d’aulnois; ce n'était pas un accident ! » suivait l'article circonstancié décrivant les traces de strangulation sur le cou de lilah ainsi que sa sandalette rouge perdue puis retrouvée tout au bord de l'eau. un ouvrier agricole un peu simple, employé dans une ferme à aulnois, a été aperçu sur les lieux du crime le soir de la saint jean. il a déjà eu des ennuis avec la justice. la police l'a appréhendé pour l'interroger. l'homme nie farouchement. i1 ne connaissait pas cette gamine. mais, ayant déjà fait de la prison suite à des attouchements et des gestes contraires la pudeur, « le louis » apparait comme le suspect numéro un. deux jours s'écoulent. « de nouvelles informations sur la noyée d’aulnois! » le médecin légiste ayant procédé à des examens intimes' il s'avère que lilah aurait pu être violée. aucune confirmation pour l’instant. encore deux jours puis : « le louis » est innocenté. un autre ouvrier agricole, un commis de culture comme on les appelait encore à cette époque, affirme avoir passé toute</Page><Page Number="169">169 la soirée avec le louis. digne de confiance, il donne des détails. a aucun moment leur chemin n'a croisé celui de lilah. c'est alors que se répandent des bruits suspects. l'oreille aux aguets, lorsque je fais mes courses dans la petite ville où j'habite, j'apprends que le frère loïc, de l'école des frères maristes d'aulnois, située au château, le frère infirmier, a vraiment l'air bizarre. bossu, il se promène souvent dans la campagne, les yeux toujours baissés, un panier à la main. sous prétexte d'herboriser n'aurait-t- il pas des intentions malveillantes ? les rumeurs s'amplifient et un matin je peux lire dans le républicain lorrain : « le frère loïc d’aulnois a été arrêté pour être interrogé au sujet du crime de la saint jean ! » nom d'une pipe !l'affaire s'oriente vers un crime sexuel. je commence déjà à gamberger au sujet de ces religieux, curés ou enseignants, mal dans leur peau, qui acceptent le célibat sans hésiter car dissimulant, pour beaucoup d'entre eux, des tendances pédophiles inavouées. puis, au fil des jours, la police a de nouveau interrogé l'entourage de lilah. personne n'a aperçu le frère loïc le soir de la saint jean. apparemment, ces réjouissances, plus païennes que religieuses, n'attirent pas les frères maristes, pourtant à proximité immédiate du spectacle. d'autre part, l'interrogatoire des autres frères a montré que</Page><Page Number="170">170 le frère loïc n'était pas sorti ce soir-là. on l'a laissé repartir à son école. encore quelques jours, puis le républicain lorrain lance un nouveau pavé dans la mare.(a cette époque, dans les années 70, la présomption d'innocence n’embarrassait pas les journalistes qui jouaient, sans scrupule aucun, le rôle de « fouille merde ». un nouvel article, en deuxième page cette fois, dans les faits divers, car l'affaire commençait à durer. elle avait été remplacée en première page par un scandale politique, plus payant). on a de nouveau interrogé l'ainée de la famille, esther. malencontreusement, dans la discussion avec les enquêteurs, celle-ci a laissé échapper que tonton joseph était très gentil. c'est alors, qu'essayant de savoir ce que l'enfant entendait par là, le juge a décidé que prendre les enfants sur ses genoux, leur caresser la joue, leur faire plein de bisous, surtout à lilah, si mignonne, sont des gestes qui relèvent du délit. nouvelle mise en examen. l'oncle, qui est en fait le cousin du père des enfants, est marié depuis une quinzaine d’années. avec sa femme, marthe, ils forment un couple uni. un peu triste car ils n'ont pas pu avoir d'enfant. la venue, assez rare, à peine une fois par an, des petites du cousin qui habite en israël leur apporte de la vie et de la gaité dans la maison. pour le juge, il y a vraiment lieu de se poser des questions. la pédophilie n'était pas exposée en pleine page comme aujourd'hui, à ce moment-là. on en parlait à mots couverts et il fallait vraiment des</Page><Page Number="171">171 preuves flagrantes pour faire condamner quelqu'un. mais chacun savait que ça existait. et, même sans réseau internet, il y avait des familles où - on se le disait en aparté - de telles pratiques étaient courantes. et, comme on le sait mieux maintenant pour avoir étudié le phénomène, ce sont rarement les enfants qui se plaignent de ce type de sévices, surtout lorsqu'ils émanent de leurs proches. donc, après que les différents pédophiles supposés aient été innocentés, il s’avérait que, si c'était le tonton qui avait abusé de sa petite cousine, le scandale était encore plus grand ! rebondissement dans l'affaire lilah: « le médecin légiste affirme que l'enfant n’a pas été abusée ! » eh ben! mince alors ! les scribouillards sont allés un peu trop vite en affaires. joseph reste néanmoins sous les verrous. des policiers scrupuleux et musclés sont bien décidés à percer à jour les secrets d'alcôve de la famille. pendant ce temps, cela fait plus de deux semaines que le corps de la petite lilah a été retiré de l'étang. on n'ose pas imaginer dans quel état il se trouve. a cette époque il n'est pas encore question de tests adn. le médecin a pu recueillir tous les éléments utiles. le papa est venu d'israël. le juge donne l'autorisation de procéder à l'enterrement. celui-ci se déroule au nouveau cimetière juif de delme situé juste à</Page><Page Number="172">172 côté du cimetière catholique. le jour de l'enterrement une foule énorme se presse au cimetière ou aux abords. pas question de religion; les catholiques ou les athées se sentent aussi concernés par cette affaire que la famille ou les amis juifs de lilah. le meurtre d'un enfant est toujours révoltant et chacun se sent empli de sympathie pour les parents affligés. on essaie d'apercevoir le père, marc, un bel homme, très brun, portant habituellement une barbe courte et bien taillée. là en signe de deuil, il l'a laissée pousser. il soutient sa femme, judith, effondrée, le visage ravagé par les larmes, qui essaie de se tenir droite malgré le poids de son chagrin. très près d'eux, la cousine marthe semble également sous le coup d'une énorme peine, son mari, encore emprisonné, n'est pas là pour la réconforter, mais heureusement, le frère de celui- ci, son beau-frère, luc, lui prête main-forte. a ses côtés, madeleine, sa femme, fait preuve d'un courage exceptionnel. c'est elle qui a assumé les enfants depuis le drame, les trois siens et les deux filles de judith. plusieurs jours s'écoulent. un autre article parait dans le quotidien montrant une photo du cimetière lors de l'enterrement. (alors, rien n'arrêtait l'information). une interview des divers protagonistes laisse apparaitre que personne ne croit à la quelconque culpabilité de joseph. il a toujours eu un comportement ouvert avec tous les enfants de la famille et, même si, probablement, lilah était sa préférée, rien ne peut laisser supposer qu'il ait eu des rapports abusifs avec elle.</Page><Page Number="173">173 le temps passa : un mois, deux mois. on n'entendait plus parler de cette affaire. de temps à autre, quelqu'un d’aulnois donnait des nouvelles du tonton joseph. on le gardait en prison, contre toute logique. probablement qu'on n'avait rien de mieux à se mettre sous les verrous ! judith, marc et les deux fillettes étaient retournés en israël. la famille et la justice les tiendraient au courant s'il y avait du nouveau. on aurait presque pu oublier cette histoire, si, de temps en temps, on n'avait entendu quelqu'un se plaindre que la police était vraiment nulle et qu'elle n'était même pas capable d'arrêter le vrai meurtrier d'un enfant. en israël, 1973, tout n'était pas rose. il s'y déroulait régulièrement de nombreux conflits. les pays musulmans qu'on appelait les pays arabes alentour étaient également le théâtre de plusieurs guerres, plus ou moins longues. des morts aussi, par dizaines, par centaines. mais le pays continuait à vivre comme si tout cela était normal. pour arriver à l'indépendance, chaque juif d'israël, quelles que soient ses convictions, à cette période-là, était prêt à donner sa vie. en france on en parlait de loin en loin. et maintenant, quarante ans après, aucun des problèmes de cette époque n'a trouvé de solution pacifique. au contraire, de nouveaux embrasements dégénèrent en guerres civiles. je me disais qu'après tout, si vous vous trouvez au mauvais endroit au mauvais moment, vous avez autant de risque de rencontrer la mort en france qu'en israël ou ailleurs. l'exemple de la mort de lilah le</Page><Page Number="174">174 prouvait bien. et je repensais souvent à la mine inquiète du vieux monsieur interrogeant judith dans le train. s'il savait… six mois avaient filé depuis ce 24 juin 1973. je ne pensais plus à ce crime non résolu que de temps à autre. j'avais bien essayé, par jeu et aussi parce que la psychologie humaine m'a toujours intéressé, de chercher les mobiles ayant pu conduire un proche de lilah à l'étrangler et à la faire disparaitre dans l'étang, un soir de fête, au milieu de la foule. une si jolie fillette, si douce, si timide, qui attirait apparemment à elle l'amour de tous ! j'avais essayé de connaitre mieux les personnes de sa famille, ses amis, vivant au village. rien ne m'apparaissait suspect. et voilà qu'un jour j'entendis dire que marthe, la tata marthe, à qui on n'avait pas encore rendu son mari, commençait à manifester des signes de démence. elle disait que c'était sa faute si son mari était en prison. elle n'avait pas été gentille avec les fillettes. elle leur avait fait sentir que, comme elles étaient juives, elle ne les aimait pas. (alors que tous pensaient le contraire ; elle, si douce !) finalement, un matin, très tôt, elle craqua. elle se rendit à la gendarmerie du chef-lieu de canton et s'accusa du meurtre. elle fut transférée à la prison de metz puis entendue par le juge. quelques semaines plus tard, son procès révéla qu'elle était malade de jalousie envers la famille de son mari. elle ne pouvait enfanter.</Page><Page Number="175">175 plutôt terne, pas vraiment laide, elle était sans éclat. son mari, bien que gentil avec elle, ne la regardait plus beaucoup. il était souvent triste, lointain, indifférent, sauf lorsque la famille de judith débarquait à aulnois. et celle-ci, avec ses fillettes resplendissantes la mettait complètement dans l'ombre. et surtout la seconde, lilah ! tout le monde l'adorait cette gamine ! joseph, surtout, l'adorait. il en était gaga il aurait fait n'importe quoi pour lui faire plaisir. quand elle l'avait vue, ce soir-là, sur les épaules de son mari, rire aux éclats avec lui, la jalousie lui était montée dans la gorge comme de la mauvaise bile, amère et dévastatrice. elle avait attendu, profité de l'obscurité, puis entrainé la fillette dans les buissons. c'avait été d'autant plus facile que lilah, toute excitée par le jeu, ne se méfiait absolument ni de rien ni de personne. et là, brutalement, elle avait utilisé son propre foulard, très léger, très fin, pour lui serrer le cou en se débattant un peu la gamine avait perdu une sandalette. marthe, hors d'elle, serra jusqu'au bout, dès qu'elle vit la petite inanimée, elle récupéra son foulard, la porta au bord de l'étang où elle la fit couler doucement. horrifiée par ce qu'elle venait de faire, suite à une longue colère rentrée, elle réagit pourtant avec beaucoup de sang froid. elle vint rechercher la chaussure rouge et la jeta également dans l'eau il était temps. les troncs d'arbres commençaient à s'enflammer. mine de rien, elle avait rejoint joseph pour admirer le feu de la saint jean. et chacun était persuadé qu'il ne manquait personne pour le spectacle. hélas, la chaussure n'avait pas coulé, marthe avait fait trop vite, n'avait pas pris le temps de vérifier. on retrouva lilah, mais marthe</Page><Page Number="176">176 pensa qu'avec tout ce monde il n'y avait aucune raison pour qu'on la soupçonne. cachant sa confusion, elle réussit à faire taire ses remords. mais quand joseph avait été arrêté, elle ne réussit plus à les museler. elle ne dormait plus. ce fut un soulagement pour elle lorsqu'elle réussit à se constituer prisonnière. aujourd'hui, en 2013, très âgée, elle croupit encore en prison, seule. personne n'est allé lui rendre visite. quant à joseph, il aimait vraiment sa femme. il aimait également ses petites cousines d'un amour pur et désintéressé. les six mois de prison l'avaient déjà bien affaibli. ses cheveux étaient devenus gris alors qu'il n'avait guère plus de 40 ans. la culpabilité de marthe finit de l’anéantir. il ne sortait plus guère de chez lui que pour aller travailler à nancy. a cinquante-deux ans, il disparut suite à un infarctus. et aujourd'hui, en 2013, regardant tous ces enfants insouciants courir autour de moi, je ne peux m'empêcher de trembler pour eux. un coup de folie est si vite arrivé ! pourvu qu'une autre personne frustrée ne déverse pas sa haine sur un enfant innocent... involontairement, je cherche à apercevoir une salopette et des chaussures rouges parmi la horde des petits... je me retiens pour ne pas crier aux parents : «attention ! surveillez vos enfants!» et je me dis qu'il n’y a rien de plus dangereux pour un enfant que d'être beau et gentil. ceux qui se</Page><Page Number="177">177 comportent comme de vraies petites pestes, ont plus de chance. les adultes, justement agacés peuvent les remettre sur le droit chemin, sans scrupule et sans risquer de ternir la belle image d’eux-mêmes qu’ils aiment donner.</Page><Page Number="178">178 le virage de la mort : enigme au cœur de la forêt de bride de didier ferry a fond… le regard fixé sur la roue avant de son vtt, max filait sur le chemin forestier. avec tom et valentin, les 3 copains s'étaient donné rendez-vous pour une après-midi de vélo. après presque deux mois de pluie sans discontinuer, il était temps de sortir se dérouiller. après tout, ses parents n'avaient pas tort. il y avait quelque chose de chouette, de positif, à être dans la vraie vie, avec des vrais gens, et à faire de vraies choses. il y a toujours une foule de choses qui peut arriver, des rencontres, des surprises, des joies... son père lui avait dit une fois que les plus belles choses qu'il lui était arrivé dans sa vie étaient survenues dans des moments où il les attendait le moins. qu'il fallait provoquer le destin en étant dans la vie car c'est nous qui devions passer à travers elle, et non elle qui vient à notre rencontre. il n'avait pas très bien compris, mais maintenant qu'il grandissait, il avait l'impression que tout cela était important pour le moment, sa vie était d'être devant tom et valentin, à fond... la roue du vtt sursautait et projetait des gravats du chemin,</Page><Page Number="179">179 procurant à max un sentiment de puissance et de victoire. la vie, la vraie. ses parents avaient raison. c'était encore mieux que d'être premier sur starcraft2. il ne saurait dire pourquoi, mais c'était mieux. son regard se perdait dans l'herbe des bas-côtés du chemin pierreux. les abords étaient devenus des parois lisses et filantes, telles les couloirs de l'étoile de la mort de starwars, pendant la poursuite entre luke et dark vador. le vert en plus. il y eut soudain comme un blanc. un flash de lumière. max sentit un choc sourd dans ses avants bras et sentit son corps propulsé vers l'avant au-dessus du vélo. tom et valentin crièrent derrière lui, mais max était loin, concentré sur la chute inéluctable qu'il allait devoir négocier avec le moins de casse possible. il reprit conscience doucement. la voix de valentin lui parvint. « bon sang, max, quel vol plané ! ça va ? max, répond ! ho !» max rouvrit les yeux. que s'était-il passé ? ahh… oui, la chute… le vélo… bon sang… il baissa les yeux sur ses jambes. quelques égratignures sévères. son coude également luisait, éraflé sur 15 bons centimètres sanguinolents. apparemment rien de grave. il chercha du regard son vélo. dans quel état allait-il le re-</Page><Page Number="180">180 bon sang!- « max ! max ! répond ! ça va ? » valentin était inquiet. max leva les yeux sur son pote. « qu'est-ce qu'il y a max ? répond! » puis, enfin, max put parler. il se remémorait la chute. son regard attiré vers les bas-côtés du chemin, et la vision fugitive de quelque chose d'inhabituel dans le fossé. il se souvint de son regard bloqué sur… sur... qu'est-ce que c'était ? « bon sang, max, merde, dis quelque chose ! » max tourna son regard vers le chemin en amont, puis lui revint l'image de deux jambes blanches dépassant du sous-bois. il leva les yeux vers valentin et tom, puis revint au sous-bois. « je crois que j'ai vu un cadavre les mecs… -tu rigoles ? -non, j'vous jure. y'avait deux jambes qui dépassaient de l'herbe haute, là-bas ! j'les aies vues en passant ! toutes blanches! tom et valentin échangèrent un regard angoissé, tandis que max, courageux, se dirigeait en boitillant vers le bas-côté, une quinzaine de mètres en amont de l'endroit où ils étaient assis au sol…</Page><Page Number="181">181 « allez viens, c'est dimanche ! sors un peu prendre l'air ! viens avec moi on va acheter du pain et des croissants pour le petit déjeuner…» citadine il y a encore peu de temps, le hasard de la vie avait posée mme nowicki à vic-sur-seille avec ses deux enfants. une solitude à fuir après la séparation d'avec son mari parti précipitamment et sans scrupules apparents vers une seconde jeunesse. une explosion de douleur, et puis une brusque conscience de la vie à nourrir, à recolorer, pour elle et pour ses deux enfants à qui elle devait l'apprentissage du bonheur. elle avait échoué il y a trois ans à vic-sur-seille, et très vite avait trouvé sa place parmi cette population qui l'avait accueillie. la vie avait repris un second souffle. « allez max, bouge-toi ! regarde dehors, il y a tom ! » max regarda par la fenêtre du salon, situé dans l'ancien bâtiment de la pharmacie sur la place du village. tom était là, sur son vélo. il attendait. « ok m'man ! on y va, hop ! au pain ! » mme nowicki regarda son fils enfiler ses baskets en finissant sa tartine de beurre, pressé soudain qu'il était d'en finir avec son petit déjeuner. un sourire au coin des lèvres, sa mère le suivit dans l'escalier qui descendait sur la place jeanne d'arc.</Page><Page Number="182">182 que c'est drôle les enfants, pensa-t-elle. imprévisible, fragiles, beaux et forts à la fois… c'est drôle comme on se trompe parfois… elle n'aurait jamais cru être aussi heureuse il y a quatre années de cela… aujourd'hui, dimanche, la vie était belle… a la gendarmerie de château-salins, l'adjudant-chef mathis récapitulait les quelques affaires qui lui avaient été données à traiter dans la semaine. appels téléphoniques, voisins bruyants, débordements de jeunesse, et quelques paperasseries d'usage qu'il s'empressait de classer dans son bureau, afin d'être tout à fait à l'aise sur les éventuelles réponses à donner à tel ou tel interlocuteur, agent, supérieur hiérarchique ou particulier. il officiait dans la région depuis 15 ans, et aimait cette vie à la campagne. certains de ses agents se plaignaient du peu de cas à traiter, engendrant un ennui quelque fois pesant. lui n'était pas de cet avis. il appartenait à la vieille école. son travail était de participer au maintien d'une certaine forme de bien-être collectif, et de permettre aux habitants de vivre en harmonie. si la délinquance et les délits étaient rares, il fallait au contraire en être heureux. c'était un comble, disait-il fréquemment, de vouloir plus de travail quand on était gendarme ! la seule présence d'une gendarmerie en milieu rural suffisait à justifier leur travail, même si justement celui-ci était rare.</Page><Page Number="183">183 l'adjudant mathis en était là de ses réflexions quand le téléphone retentit sur son bureau. « gendarmerie de château-salins, adjudant-chef mathis à l'appareil. - allo, bonjour monsieur mathis, je vous appelle pour vous signaler une voiture abandonnée qui traine depuis une semaine à l'entrée de la forêt. - d'accord. avez-vous une description et le lieu exact de l'emplacement ? - heu… c'est une golf noire, elle est à l'entrée de la route forestière de la forêt de bride, vous savez, près de la maison du garde forestier, sur la route de hampont… - oui, je vois, repris monsieur mathis, calmement. avez-vous par hasard noté un numéro d'immatriculation ? - ahh, non, je revenais des champignons, et j'ai juste vu cette voiture que j'avais déjà vue la semaine dernière. j'ai jeté un œil à l'intérieur, mais j'ai préféré appeler, on ne sait jamais. - vous avez bien fait monsieur. je vais envoyer quelqu'un là-bas. merci pour votre appel et au revoir. - au revoir monsieur mathis » l'adjudant-chef consulta sa montre. 10 h 45. il regarda la pile de papiers à classer, puis se leva d'un bond en appelant de sa grosse voix bourrue: « bernier!»</Page><Page Number="184">184 le gendarme bernier, de garde ce dimanche, entra dans le bureau de son chef, un café fumant à la main. « bernier, vous allez venir avec moi, on va faire un petit tour dans la forêt. prenez les clés de la voiture ». sur la place jeanne d’arc se pressaient des dizaines de touristes venus des quatre coins de la région. il y avait aussi des étrangers. certains parlaient anglais, d'autres en allemand. on n'avait rarement vu cela dans le village, de mémoire d'ancien. en ce mois d'aout 2009 se tenait depuis deux mois au musée de vic une grande exposition sur l'œuvre d'emile gallé. dessins, sculptures, faïences rares et précieuses venus du bout du monde attirent une foule de visiteurs depuis début juin. les habitants de vic-sur-seille vivaient depuis lors dans une ambiance inhabituelle de vacances, le village grouillant de centaines de touristes colorés et bruyants. katia nowicki, légèrement impressionnée par ce monde, profitait de cette incroyable ambiance en regardant par la vitrine de la boulangerie où elle était descendue acheter son pain. « eh bien max, tu penses à quoi ?, rit la boulangère. dites donc, mme nowicki, il est dans la lune ce matin, max ! eh bien max ! tu es amoureux ? »</Page><Page Number="185">185 dans sa poche arrière, la vibration caractéristique de son iphone fit sursauter max. il sortit son portable de sa poche et lut le message de tom : « j'y suis. c'est ok » doucement. pas de panique. ils étaient tombés d'accord très vite. ils ne parleraient à personne de ça. au moins un temps… sur son vtt, max filait tout droit rejoindre son pote parti en reconnaissance. il se rappelait l'excitation, l'impression d'être détenteur d'un secret terrible, de cette impression qu'ils avaient eue d'avoir accès à quelque chose qui faisait d'eux des privilégiés. valentin s'était retiré du jeu, après avoir juré qu'il garderait ça pour lui. craché, juré. max arrêta son vtt à l'entrée du virage. tom était là, assis dans l'herbe du bas- côté, un brin de paille au coin des lèvres. il se leva à l'arrivée de max. tous deux échangèrent un long regard, puis ensemble tournèrent la tête vers la sortie du virage. ils l'avaient baptisé «le virage de la mort». les deux jambes étaient encore là, blanches, luisantes de rosée. le silence de la forêt enveloppa max et tom, la brise fraîche du matin déposant sur leurs vies l'ambiance caractéristique du mystère et de l'aventure.</Page><Page Number="186">186 ils n'avaient à vrai dire pas vraiment parlé de ce qu'ils allaient faire. ils étaient d'accord pour prolonger ce moment. eux, détenteurs d'un secret terrible. mais après ? voilà, ils y étaient. ils se levèrent et se dirigèrent vers les deux jambes luisantes. « tu as peur ?, interrogea max d'une voix calme, s'arrêtant un instant. - carrément, repris tom. - moi aussi… - on y va ? - oui. il restait un vingtaine de mètres à parcourir. ils reprirent leur marche. la forêt devint à mesure de leur progression une terre hostile et mystérieuse d'où pouvait surgir tous les dangers possibles. devant le musée georges de la tour d'où s'étirait la longue queue des visiteurs de l'exposition emile galle, didier, gardien du musée, sortit fumer sa cigarette matinale, saluant au passage ces gens qui s'agglutinaient joyeusement dans cette ambiance estivale. mme nowicki sortit de la boulangerie, contournant la queue, et prit le chemin de sa maison, son pain frais sous le bras.</Page><Page Number="187">187 « salut didier, fit-elle, ponctuant ce dernier d'un large sourire. - bonjour katia, comment vas-tu ? - très bien. quel monde dis-donc ! c'est drôle de voir cela ici hein ! on se croirait à paris ! - oui. c'est bien non ? ca va durer tout l'été ! moi j'adore et max ? il était avec toi, tout à l'heure. il est déjà reparti ? - eh bien oui… filé comme le vent avec son vélo. - ah, ah ! les jeunes ! ils ont toujours des aventures en cours, hein ! - oui, reprit katia en riant. là, ça avait l'air urgent. il a filé rejoindre tom qui l'attendait quelque part. - certainement une attaque d'extra-terrestre, ou une ville à sauver des attaques de zombies, se pencha didier en rallumant son mégot. ils rirent tous les deux, et katia reprit sa route vers sa maison, après avoir souhaité bon courage à didier pour sa journée de travail au musée. didier la regarda s'éloigner en terminant sa cigarette. il aimait beaucoup cette femme. il avait entendu dire que leur père était parti un jour sans prévenir, en laissant tout ce petit monde tout seul, katia et ses deux enfants. sans plus donner de nouvelles. elle était arrivée au village il y avait 4 ou 5 années, seule avec ses deux enfants, max et sa petite sœur lisa.</Page><Page Number="188">188 il y a des gens tout de même… comment peut-on faire cela ? c'est dingue ! ou était-il cet homme maintenant ? qui sait ? tant de questions pour de si fragiles existences… il retourna sur ces réflexions à ses visiteurs et à son musée, pour ne pas laisser cette impression de tristesse qu'il sentait poindre en lui s'installer. il reverrait son père, bien sûr, ce petit max… la renault clio de la gendarmerie stoppa sur le terre-plein de l'entrée de la route forestière de la forêt de val de bride. la voiture abandonnée était là. l'adjudant-chef se dirigea vers la golf noire, garée au fond du terre-plein sous les arbres. pas de traces d'effraction apparente. il jeta un œil à l'intérieur avant d'ouvrir la portière côté conducteur. celle-ci, non verrouillée, s'ouvrit sans problème. une légère odeur d'alcool flottait dans la voiture. des boites de cd, un autoradio apparemment en état de marche, des affaires diverses dans les vide-poches. un téléphone portable posé sur le tableau de bord. visiblement, le propriétaire de cette voiture comptait revenir. il se tourna vers son adjoint, resté dans la clio un peu plus loin :</Page><Page Number="189">189 « pascal, regarde dans le fichier central, qu'on sache déjà à qui appartient cette voiture » pascal pianota sur le clavier de l'ordinateur de bord de la voiture de gendarmerie. il saisit le numéro d'immatriculation de la golf, et presque instantanément les coordonnées du propriétaire de la voiture s'affichèrent sur l'écran. « lisa ! tu veux bien baisser un peu le son s'il te plait ! », cria katia par l'entrebâillement de la porte de la cuisine. katia s'affairait à la cuisine, terminant de ranger les restes du petit déjeuner. ils avaient convenu d'aller à la piscine, ce dimanche. « maman, max ne vient pas ? cria lisa par-dessus le son de la télé. - si, je lui ai envoyé un message. il n'a pas répondu mais je vais l'appeler pour qu'il rentre. » le téléphone fixe de la maison interrompit à son tour la conversation. katia s'essuya les mains sur un torchon et s'en saisit. « madame nowicki ? fit une voix masculine au téléphone. - heu… oui, qui êtes-vous ? - excusez-moi. je suis le commissaire demoulin de la brigade de gendarmerie de metz. - une appréhension naquit, sourde, au fond d'elle-même. la gendarmerie. que se passait-il ? l'inspecteur reprit.</Page><Page Number="190">190 - vous êtes mariée avec monsieur alain nowicki, né le 25 juin 1972 à saint-dié ? - heu… oui, c'est moi. elle était encore mariée. c'était vrai. il était parti. disparu sans laisser d'adresse. les quelques recherches effectuées pour le retrouver avaient été vaines. elle s'était persuadée doucement qu'il était parti. - madame, reprit le commissaire, nous venons de retrouver la voiture de votre mari dans la forêt de val de bride. katia, en même temps qu'une partie du sol de la cuisine se dérobait sous ses pieds, sentit son portable vibrer dans la poche de son jean. elle s'en saisit tout en essayant de répondre à l'inspecteur. - mon… mon mari? mais… c'est… elle ouvrit son portable et lu le contact qui s'affichait : max. max l'appelait. zut. - heu… monsieur l'inspecteur, mon mari est, je veux dire ce n'est pas possible… elle décrocha de son autre main le portable, ne voulant pas rater l'appel de max. - pouvez-vous passer à la gendarmerie madame s'il vous plait?» dans le portable, la voix de max criait. katia entendait son fils lui crier quelque chose. quelque chose se passait. elle porta son portable</Page><Page Number="191">191 à l'oreille, mettant mentalement le commissaire et son incroyable histoire en attente. la voix de max se fit entendre, claire, affolée. « maman ! au secours ! vite ! maman, viens vite ! allo ! au secours! - maaaxx ! cria katia ». le portable de max raccrocha soudain. « madame nowicki ? fit la voix du commissaire dans son oreille droite. » lisa passa la tête dans l'entrebâillement de la porte du salon. la télévision s'était tue. « maman ? ça va ? ou est max ? il vient ou pas alors ? on y va ou pas à la piscine ? tom et max étaient maintenant au-delà du fossé qui les séparait du corps. armés chacun d'un grand et gros bâton solide, ils se confrontaient à leur peur grandissante au fur et à mesure que la distance qui les séparait du cadavre s'amenuisait. « on le retourne ». la voix de max avait refroidi l'air, déjà glacial. « chiche, répondit thom - prêt ? - oui ». les entrailles de max se liquéfièrent lorsque son bâton toucha la peau froide. il sentit une chaleur monter dans ses tempes, et un bruit de chute tout prêt de lui fit reprendre pied dans la réalité.</Page><Page Number="192">192 tom était tombé, raide. il avait failli lui-même tourner de l'œil quand le bâton avait touché le corps, mais c'était tom qui avait tourné de l'œil et qui s'était effondré. la prise de conscience de la morbidité de la scène fit chanceler son esprit. il était là, debout, tremblant, avec un cadavre à ses côtés et son copain évanoui - du moins l'espérait-il- au milieu de la forêt. son regard se posa soudain sur le bras de tom, à terre, et il réalisa avec horreur que la main de son ami touchait le dos du cadavre. la main de tom, en tombant, était atterrie sur le corps sans vie. l'horreur de la scène le frappa, et rendit cet amas de chair froide bien plus réel qu'il ne l'aurait voulu. il se détourna avant de s'évanouir lui aussi, sortit son téléphone portable, et composa le numéro de sa mère, paniqué. tandis que le portable sonnait à son oreille, il se retourna, pris d'une soudaine intuition, et fermant les yeux, dégagea avec son bâton la main de tom du dos de l'homme mort. il resta muet et tremblant devant l'impression que lui fit cette main glissant sur la peau blanche et luisante. sa mère décrocha. la forêt s'éclaira soudain et la voix de sa mère qui parlait au loin redonna à tom la force de crier. «maman ! au secours! vite! maman, viens vite! allo! au secours! »</Page><Page Number="193">193 la clio du commissaire demoulin fonçait sur la route qui menait à morville-les-vic. katia, assise sur le siège arrière, tremblait de peur. les deux policiers avaient été là étonnamment vite. le commissaire ayant compris qu'il se passait quelque chose de grave, avait coupé court à la conversation téléphonique, et dit à katia de ne pas bouger. il était arrivé cinq minutes plus tard. katia était monté dans la voiture, indifférente au regard des touristes du musée et des riverains, surpris par cette voiture de police arrivée à toute allure sur la place jeanne d'arc. « madame nowicki, dit le commissaire en arrivant, l'appel de votre fils a été localisé. venez vite, nous y allons ». ils avaient sauté dans le véhicule de police et s'étaient dirigés vers la route forestière. max allait souvent trainer là-bas avec tom et valentin. elle leur faisait confiance. qu'était-t-il arrivé ? il hurlait tellement le commissair katia que le téléphone avait coupé suite à une interruption du réseau. elle ferma les yeux. que faisait la voiture de son mari ici, après 5 années d'absence ? le commissaire courait maintenant devant elle, sur la route forestière. elle vit au loin max, à terre, assis sur le bas-côté du chemin. il bougeait. dieu soit loué.</Page><Page Number="194">194 katia, haletante, se jeta sur son fils qui l'étreignit de toute la force de son angoisse. « maman, maman ! c'est horrible ! - c'est rien, max, on est là… la police est là, répondit-elle avant de demander des explications, sans le laisser parler ». le commissaire sortit du sous-bois où il était entré en précédent katia. il était blême, portant dans ses bras tom, évanoui et ruisselant. katia tourna son regard vers le sous-bois. elle suivit à l'inverse le parcours du commissaire, et ses yeux tombèrent sur le cadavre blanchi, à demi caché par la végétation. un hoquet de surprise et d'horreur lui fit perdre un moment la respiration. puis elle se reprit pour ne pas s'évanouir. la réalité de la scène la submergea, puis elle se tranquillisa un peu. max et tom avait vu le cadavre. c'était cela. il ne s'était rien passé d'autre. elle serra max dans ses bras et lui murmura des paroles apaisantes au creux de l'oreille. une idée affreuse commença à emprunter doucement la route de son esprit, tout occupé à max. la voiture. qu'avait dit le commissaire ? elle rechercha dans la brume de son souvenir quelque chose d'important qui s'était dit tout à l'heure. la voiture. oui, et alors ? une golf. elle tourna son regard vers le sous-bois, et le lien se fit, lui assénant une poussée de nausée qu'elle réprima à grand peine. c'était la voiture de son mari qui réapparaissait 5 années après. il était là… et si…</Page><Page Number="195">195 elle se força à regarder encore une fois le corps luisant. mon dieu… ohhh non… elle regarda max doucement, qui regardait sa mère. etait-ce possible que ?... elle n'allait jamais oser lui poser la question… la place jeanne d'arc, grouillante des touristes habituels venus admirer l'exposition gallé, se réchauffait au soleil matinal d'octobre. le petit village lorrain de vic sur seille avait repris le chemin de la rentrée des classes. malgré la reprise de l'école, les touristes étaient encore là, nombreux. katia regardait cette foule de gens, indifférents à l'affaire qui avait secoué le village des semaines durant. certains avaient certainement lu dans les journaux cette étrange affaire du cadavre de la forêt de bride, découvert par deux gamins pendant les vacances. en posant son front sur la vitre embuée du salon surplombant la place, elle se remémorait ces journées affreuses. toutes ces révélations s'enchaînant, les policiers, la peur, max qu'il avait fallu accompagner, soigner pendant près de quinze jours pour qu'il se remette du choc éprouvé. les mots du commissaire, la serrant dans ses bras : « c'est fini madame, tout va bien…venez…». la suite, comme dans un brouillard. le retour à la maison, l'école qui reprend, les regards, les cancans des villageois qu'il allait falloir affronter et supporter pendant encore longtemps…</Page><Page Number="196">196 les bras croisés, elle ferma les yeux et soupira, laissant sur la vitre un cercle de buée qui s'estompa rapidement. en bas, sur la place, didier, le gardien du musée, leva les yeux vers la fenêtre. katia croisa son regard quand elle ré-ouvrit les yeux. d'un geste de la main, il la salua, et dans ce geste passa un élan de sympathie et de solidarité envers elle. katia sourit, et serra contre elle l'exemplaire du journal qu'elle avait conservé suite à l'affaire, qu'elle tenait entre ses bras croisés…</Page></Pages></Search>